Le covid accentue les tensions du secteur des soins infirmiers

Rédigé par: Pauline Martial
Date de publication: 6 avr. 2021
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Le covid accentue les tensions

Sous tension depuis des années, le secteur des soins infirmiers accusent un manque cruel de personnel, renforcé par la crise sanitaire. 5000 postes d’infirmières et infirmiers seraient vacants en Belgique. Un chiffre largement sous-estimé, selon les acteurs de terrain.

Au plus fort de la crise, ils ont été applaudis tous les soirs par la population. Plus d’un an après le début de la pandémie, infirmiers et infirmières bataillent toujours pour des revendications déjà formulées bien avant l’apparition du covid-19. Ils ont besoin de reconnaissance, mais surtout de bras. Car dans tous les hôpitaux du pays, la situation est la même : les infirmières arrivent en haut du palmarès des métiers en pénurie. Au mois d’août dernier, l’Association belge des praticiens de l’art infirmier annonçait que 5000 postes étaient vacants en Belgique. « Et encore, ce chiffre ne tient pas compte des infirmières en absence longue durée. C’est donc une estimation minimum », signale Joëlle Durbecq, directrice du département infirmier des Cliniques universitaires Saint-Luc. Dans cet hôpital, 127 postes sont ouverts à des infirmiers et infirmières mais aussi à des aides-soignant(e)s. « Les services de soins-intensifs et les quartiers opératoires se portent relativement bien, probablement parce qu’ils rétribuent mieux leur personnel. Mais les services de gériatrie, d’oncologie et de pédiatrie sont en souffrance. Nous manquons aussi cruellement d’infirmières, non spécialisées, qui travaillent au chevet des patients en chambres », précise Joëlle Durbecq.

 

Des études plus longues, une carrière plus courte

Une situation expliquée en partie par les changements opérés au niveau de la formation à ces métiers, le bachelier en soins infirmiers étant passé de trois à quatre ans. Mais aussi par la fuite du personnel formé qui quitte bien souvent la profession après seulement quelques années pour d’autres métiers de la santé. Un fonds « blouses blanches » a bien été créé par le gouvernement pour améliorer le sort du personnel infirmier (un montant de 67 millions d’euros auquel viendront se greffer 402 millions supplémentaires sur base annuelle). Une enveloppe d’apparence importante, mais jugée insuffisante par de nombreux acteurs du secteur. « Ce n’est certainement pas suffisant pour renverser la vapeur. Et puis, c’est bien beau de vouloir recruter, mais encore faut-il trouver les candidats », rétorque la directrice du département infirmier.

 

Repenser les soins infirmiers

Plutôt que de courir après du personnel dont on ne dispose pas, Joëlle Durbecq estime urgent de repenser la manière dont sont administrés les soins : « On entend souvent dire que la solution se trouve dans l’augmentation des salaires, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Certes, des revalorisations salariales doivent être opérées car la plupart des infirmiers et infirmières ne sont pas rémunérés à hauteur des responsabilités qu’ils endossent au cours de leur travail, mais selon moi, la clé est également de procéder à un retour aux tâches pour lesquelles nous avons été formés. Dans le contexte actuel, ce n’est qu’en déchargeant les infirmières des tâches qui peuvent être effectuées par d’autres, à l’instar des toilettes, qu’elles pourront réellement occuper leur rôle. Aujourd’hui, il est nécessaire de mettre l’infirmière là où elle possède de la valeur ajoutée ». Pour mettre à l’honneur cette profession, soumise parfois à certains a priori et idées préconçues. Les Cliniques universitaires Saint-Luc, ont organisé la deuxième édition de leur « challenge infirmier », en ligne. Son but ? Attirer l’attention afin peut-être de susciter des vocations. Les plus de 1300 participants ont pu tester leur connaissance du métier grâce à un quiz en ligne, composé de 18 questions allant des plus simples aux plus compliquées. Les cinquante gagnants étaient invités à mesurer leur savoir lors d’une finale, organisée le jeudi 1er avril dernier. Avec un espoir, que le cri d’alarme de la profession: « Urgent: les hôpitaux cherchent infirmières et infirmiers désespérément », se fasse entendre plus longtemps que les applaudissements aux fenêtres lors du premier confinement.

 

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