Le credo de Pieter Timmermans

Fraîchement nommé à la tête de la FEB, Pieter Timmermans publie un livre. Son « Credo pour gagner » défend des réformes importantes pour maintenir la prospérité des entreprises belges. Avec plusieurs pistes concrètes à la clé. Et quelques états d’âme très… patronaux. À titre personnel, le patron des patrons n’épargne ni les syndicats, ni le système de Sécurité sociale, ni les médias. Rencontre avec un (vrai) faux provocateur.

Crise de l’euro, incertitudes du marché, attentisme sur le front de l'emploi… La période est emplie de doutes. Alors, pourquoi cet élan d’optimisme ?

Parce que je crois qu’aujourd’hui, c’est nécessaire. Nous vivons une situation économique extrêmement fragile. La croissance était de + 0,2 au premier trimestre et de – 0,6 au deuxième. Résultat : il y a beaucoup d’inquiétude, tant dans le chef des employeurs que des travailleurs et des pensionnés. Et même au niveau politique. Or, la Belgique et l'Europe ont de nombreux atouts à faire valoir face aux puissances émergentes, mais à condition de prendre conscience des défis auxquels nous sommes confrontés et d'oser certaines réformes.

Quels sont ces atouts ?

L’enseignement, la formation, la recherche et le développement, les centres logistiques de notre pays... Nous sommes un acteur important, mais sur un même pied d'égalité avec d'autres blocs économiques dans le monde.

Dans le sous-titre de votre livre, vous vous dites « Optimiste quant à notre prospérité ». La prospérité, selon vous, c’est quoi ?

La prospérité relève, à mon sens, d’une notion plus large que le seul PIB. Elle reste liée à la croissance économique, mais dépend également de l’état de notre environnement, de la qualité de l’emploi et des impacts des entreprises sur notre société.

Partant du même constat, l’économiste anglais Tim Jackson propose une prospérité sans croissance. Avec un projet de société durable. La poursuite de la croissance est-elle la solution aux problèmes de notre époque ?

Mon credo, c’est de d’abord créer de la richesse pour ensuite la répartir. Or, pendant des années, les gouvernements belges ont mené des politiques inverses. Avec l’envie de répartir d’abord ce qui n’a pas encore été créé. Il faut d’abord un tissu économique fort et une croissance potentiellement élevée avant de pouvoir financer la Sécurité sociale.

Justement. Dans votre livre, vous avez des mots durs pour le droit du travail et le système de Sécurité sociale actuel, allant jusqu'à dire qu'il est « adapté à la révolution industrielle »…

Notre législation en matière de Sécurité sociale date des années 50. À cette époque, notre tissu économique était surtout industriel. Aujourd’hui, notre économie évolue vers les services et la connaissance. Et cette transition demande une autre approche. Le contrat à durée indéterminée, avec une présence au bureau du lundi au vendredi de 9 h à 5 h, n’est pas toujours justifié. C’est est en contradiction avec la multiplication des plans cafétéria, des emplois intérimaires, de l’intérim management ou des travailleurs indépendants. De nombreuses personnes en font le choix délibéré. Ces modalités de travail arrangent tant le travailleur que l’employeur. Mais plutôt que de libéraliser ces formes de travail flexibles, comme dans d’autres pays, le droit du travail belge reste inspiré par la crainte d’abus d’employeurs.

À travers votre livre, vous lancez un appel solennel pour des réformes d’ampleur. Notamment en matière de chômage…

Il y a trente ou quarante ans, quand on avait un taux de chômage de 3 % ou 4 %, tout le monde criait au drame. Aujourd’hui, 8 % de la population est sans emploi. Et personne ne bouge. Par comparaison aux autres pays, notre système est très passif. Et très onéreux. Plutôt que de préserver des allocations passives, je plaide pour des allocations plus élevées, mais limitées dans le temps. Des études démontrent que de nombreux chômeurs reprennent le travail lorsque la fin de l’allocation de chômage approche. Je considère que nous pouvons aussi améliorer l’accompagnement des chômeurs.

Parmi les chômeurs, il y a aussi des personnes très qualifiées et volontaristes qui, malgré les efforts, ne parviennent pas à trouver d’emploi…

Les employeurs aussi ont une mission. Ils ont pour devoir de faciliter l’insertion professionnelle et la transition vers l’emploi. C’est illusoire de croire qu’un candidat aura toutes les qualifications requises. Une formation en interne permet souvent de résoudre cette fameuse incompatibilité entre l’offre et la demande. J’aimerais sensibiliser les entreprises à la formation en alternance, en leur montrant que les salariés recrutés ainsi sont performants et très vite efficaces.

C’est une formule qui fonctionne très bien en Allemagne. Pourquoi pas ici ?

Nous avons l’inconvénient de vouloir tout réglementer jusqu’à la dernière virgule. Ailleurs, on se montre un peu plus flexible. Et les liens entre les entreprises et l’enseignement se créent plus naturellement. N’empêche, ça peut marcher ici aussi. Un des meilleurs exemples reste Audi Forest, qui a conclu un accord avec une école technique à Halle. Les étudiants se rendent à l’usine trois jours par semaine pour apprendre un métier.

Rafal Naczyk

Credo pour gagner, Pieter Timmermans, éd. Racine Campus, 2012, 232 p., 25 €.

L'interview vidéo de Pieter Timmermans

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