"Le cross canal, c’est l’avenir"

Le business sur le web ? Un ciel bleu, sans trou d’Ogone. Rencontre avec Jurgen Verstraete, le nouveau directeur général de cette pépite belge, désormais sous pavillon français.

C’est une société belge qui compte. Et elle vient de se faire racheter. Installée comme leader européen des services de paiement en ligne, avec 42 000 clients et un chiffre d’affaires de 42 millions d’euros, Ogone a basculé en mars dans le giron d’Ingenico. Une société française. Tout récemment encore, Ogone avait annoncé qu’elle comptait engager une centaine de personnes dans le courant de cette année, après avoir créé quatre-vingts postes en 2012. En ligne de mire : des profils IT, sales et Customer Care. 70 % rejoignant son siège bruxellois. Après avoir occupé différentes fonctions chez IP Globalnet, Telindus et PerkinElmer, Jurgen Verstraete vient d'être promu directeur général d'Ogone. Le business sur le web, il connaît. Et il explique pourquoi ça pulse et pulse encore.

Vous avez exercé au sein de différentes sociétés pionnières du numérique. Quel est votre pedigree ?

J'ai suivi des études en informatique appliquée à Courtrai. À l'époque, le « bug du millénaire » commençait à affoler les marchés. Ça a créé un effet d'aubaine : tout le monde voulait engager des développeurs. Mais l'informatique n'a jamais été la priorité dans ma carrière, plutôt un background extrêmement utile. Ce qui m'intéressait, c'était de partir de zéro. De rallier les pionniers. J'ai trouvé mon premier emploi dans l'un des tout premiers helpdesks internet. C'était chez IBM pour CERA qui, avant de devenir KBC, était l'un des premiers groupes à se lancer dans la banque en ligne. Après un an et demi, je suis passé par Telindus, où je m'occupais de gestion de réseaux. Puis chez PerkinElmer, que j’ai quitté en 2004 après avoir été IT infrastructure manager Europe. Ensuite, j'ai effectué un passage chez IP Globalnet, en tant que senior team leader. À l'époque, on m'avait confié un projet à l'abandon : développer le call center externe d'une petite société belge, Ogone. Peter De Caluwe, l'ancien CEO d'Ogone qui occupe désormais le poste d'Executive Vice President e-payment d'Ingenico, m'a remarqué. Tout a ensuite été très vite.

Vous avez assisté à l'éclosion du paiement en ligne. En l'espace de ces dernières années, comment cet environnement a-t-il évolué ?

J'ai démarré chez Ogone en 2005. À l'époque, toute l'attention portait sur le routage des paiements. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un élément de la chaîne parmi d’autres. Les services et les joueurs sur le marché se sont multipliés. Et les besoins se sont complexifiés. Le principal écueil de l'e-commerce, aujourd'hui, c'est la sécurité et la multiplication des formes et des canaux de paiement, électronique et mobile. Pour cela, il faut répondre par des services appropriés. Notamment autour de la gestion et du traitement des transactions entre les commerçants et les acquéreurs de paiement. Dans le chef d'Ogone, les transactions sont très sécurisées. Mais nous ne pouvons pas sécuriser des opérations qui, par exemple, sont effectuées par des fraudeurs disposant de codes d'accès volés. Nous avons mis sur pied un centre de sécurité géré à Bruxelles, comptant une vingtaine de personnes, mais nous serons une cinquantaine à la fin de cette année.

Justement, en fin d'année dernière, vous annonciez vouloir embaucher cent nouvelles recrues. L'acquisition d'Ogone par Ingenico va-t-elle booster vos recrutements ?

Ces prévisions avaient été calculées sur base d'un scénario dans lequel Ogone continuerait à évoluer en stand-alone. Mais avec le rachat par Ingenico, notre plan de recrutement est revu à la hausse. Tout comme notre marge brute d’exploitation, chiffrée à 20 millions d'euros supplémentaires d’ici 2015. En plus de la mise en place d'une offre adaptée à tous les canaux de vente (physiques, en ligne et sur mobile), Ingenico va ajouter des services associés aux terminaux de paiement, accentuer notre présence dans certains pays émergents, poursuivre nos efforts de R&D et notre stratégie de croissance externe.

Concrètement, sur quels profils portent vos besoins ?

Nous recherchons plus que jamais des profils IT. Des informaticiens, des développeurs .NET, des ingénieurs système, des administrateurs de bases de données, des spécialistes de la sécurité, des chefs de projets… Sur les quarante postes à pourvoir en ce moment, nous avons vingt postes ouverts uniquement pour les digital experts. Mais les métiers de l'e-commerce sont loin de se limiter aux informaticiens. Nous recrutons dans tous les secteurs d’activité. À commencer par les spécialistes des fraudes (éventuellement des comptables orientés vers ces questions). Mais aussi des personnes actives dans le marketing, la vente, la finance, le support technique, le droit ou encore des agents de call centers (de préférence bilingues).

Depuis des années, la fédération de l'industrie technologique Agoria pointe une pénurie de digital experts. Comment faites-vous pour les attirer ?

Dénicher de nouveaux profils n'est vraiment, vraiment pas évident… Par exemple, rares sont les candidats qui ont de l'expérience dans le m-commerce. C'est une discipline très jeune qui requiert des compétences encore plus poussées. Du coup, nous nous efforçons d'être beaucoup plus créatifs dans nos recrutements. Que ce soit à travers les réseaux sociaux ou par un banner posé sur notre bâtiment, toutes les occasions sont bonnes à prendre. Souvent, aussi, nous essayons de réembaucher le personnel de sociétés qui auraient fermé leurs portes. Parallèlement, nous nous échinons à améliorer constamment nos conditions de travail. Le marché est tellement tendu pour les profils IT, que nos collaborateurs sont souvent sollicités par d'autres employeurs. Nous ne devons pas seulement les retenir, mais leur montrer que nous les méritons. Par exemple, en plus du salaire fixe, nous accordons des bonus liées aux performances individuelles, mais aussi à celles de l'équipe et de la société.

L'avenir du paiement en ligne passe aussi par la multiplication des canaux de vente, le cross canal. Comment cette nouvelle donne impacte-t-elle vos recrutements ?

En effet, le parcours du client s'est digitalisé : le cycle d'achat débute dans les deux tiers des cas sur le web, mais les gens vont chercher leurs biens dans un magasin physique. À l'avenir, les consommateurs passeront par une ou plusieurs « étapes » digitales, y compris en magasin. Ces évolutions vont nécessairement agrandir nos recrutements de développeurs. Notamment pour permettre à nos clients d'intégrer les paiements en ligne dans leurs propres applications mobiles, via une plateforme unique. Le cross canal, c'est le mot-clé chez Ogone pour les prochaines années.

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