Le cycle menstruel, un véritable gestionnaire de projets

Rédigé par: Philippe Van Lil
Date de publication: 20 déc. 2023
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Durant les cycles menstruels, les fluctuations hormonales ont un impact sur l'énergie des femmes. Pour Gaëlle Baldassari, Autrice et Fondatrice du mouvement « Kiffe ton cycle », il faut battre en brèche certaines idées reçues : elles ont aussi des conséquences positives, notamment dans le monde professionnel.

KIFFETONCICLE

En quoi le cycle menstruel impacte-t-il l’énergie des femmes ?

Gaëlle Baldassari : « Le cycle menstruel induit très naturellement quatre phases d'énergie. La première est ‘l’énergie posée’, qui correspond à une baisse d’énergie, synonyme d'apaisement et de repos. Cette phase, durant laquelle les hormones sexuelles sont au plus bas, est propice à se ressourcer et à prendre du recul par rapport à son travail quotidien. Durant la 2e phase, les œstrogènes commencent à augmenter et on assiste à une remontée d'énergie. Les femmes se remettent alors en mouvement et en action ; elles exécutent alors souvent leurs ‘to do list’ à une vitesse incroyable. Arrive alors la 3e phase, où les femmes arrivent dans la zone de l'ovulation, avec un pic d'estrogène et de testostérone qui les amènent à avoir davantage envie de communiquer, de partager, d'interagir. Enfin, la dernière phase, où les estrogènes et la progestérone sont à la manœuvre, permet aux femmes de regarder ce qui ne fonctionne pas ou ne leur convient pas et de rectifier les choses. »

Voyez-vous dès lors une correspondance entre cycle menstruel et cycle professionnel ?

G. B. : « Oui, très clairement. Si on accepte de prendre le cycle menstruel en tant que tel, il va soutenir le cycle professionnel. Le cycle menstruel fonctionne comme un gestionnaire de projets : les femmes font des plans dans la période où elles se ressourcent, puis se mettent en action, après quoi elles communiquent et interagissent, pour finalement voit ce qui ne va pas, avant de se ressourcer à nouveau et de refaire des plans. »

À vous entendre, les règles contribuent à l'épanouissement professionnel des femmes…

G. B. : « C’est le cas. Ces quatre phases amènent les femmes à vivre leur vie professionnelle en accord avec elles-mêmes. Il faut toutefois pouvoir les accepter. Pour ma part, ça n’a pas toujours été le cas, car je n’avais tout simplement pas conscience de ces phases. J'étais alors en lutte permanente contre moi-même. Lorsque, par exemple, j’étais dans une phase avec énormément d'énergie, je tentais de me persuader que j’étais trop dans l’action et que je faisais les choses trop vite. À l’inverse, lorsque j'étais dans une phase de basse énergie, j'essayais continuellement de me remettre en action. Ceci amène à des tensions internes qui se répercutent notamment sur la vie professionnelle. »

Les femmes, comme les hommes d’ailleurs, sont-elles toujours conscientes de cette corrélation ?

G. B. : « Non, car le plus souvent elles n’ont pas été éduquées à porter un regard sur ces phases. Elles n’ont dès lors pas conscience de ce qui est en train de se jouer. La prise de conscience n’est d’ailleurs pas tout ; il faut aussi un certain niveau d’acceptation. Dans le cas contraire, les luttes permanentes que l’on mène contre soi-même peuvent mener à des pertes de confiance en soi, voire à des états de burn-out. Ceci explique aussi en partie l’origine du fameux plafond de verre au-dessus de la tête des femmes, qu’elles se créent elles-mêmes, parfois inconsciemment, du fait qu’elles se pensent ne pas être dignes de confiance. »

Comment remédier à cette situation ?

G. B. : « « Il faut réussir à faire prendre conscience de l’impact positif du cycle menstruel et le présenter comme tel. En pratique, il faut aussi pouvoir permettre aux femmes de rester moins longtemps au travail lorsqu’elles ont moins d’énergie et, éventuellement, d’être plus présentes lorsqu’elles ont un regain d’énergie. Tout être vivant passe par des fluctuations d'humeur et d'énergie. C’est aussi le cas des hommes ; ils passent par des cycles hormonaux quotidiens basés sur le rythme circadien, avec notamment une hausse de la testostérone le matin. À l’heure où l’on parle plus que jamais de bien-être en entreprise, il est essentiel d’apprendre à parler de ces sujets, encore trop souvent tabous. »

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Gaëlle Baldassari