Le "hackathon", marathon de recrutement

Popularisés par Facebook, Google et Microsoft, les "hackathons", ces marathons de codage informatique, font florès. Et ils sont de plus en plus prisés par les recruteurs. Avec un constat en forme de provocation : si vous n’êtes pas un programmeur, vous êtes un programmé.

Éparpillés dans le café Moskau, sur la célèbre Karl-Marx-Allee, à Berlin, près de trois cents geeks pianotent sur leur ordinateur, avachis dans des poufs et des transats multicolores. Des lignes de codes informatiques incompréhensibles envahissent leurs écrans, des fils en pagaille jonchent le sol. Flashback : c’était en septembre dernier. Venus de toute l'Europe, des créateurs d'applications avaient répondu à l'appel de Facebook, toujours à l'affût des talents capables de développer de nouvelles applications ou jeux "sociaux" dont se nourrit le réseau social aux 955 millions d'utilisateurs. Popularisés par le film The Social Network, les hackathons, ces événements où l'on passe la nuit à écrire des lignes de codes, intéressent de plus en plus de recruteurs. Le principe ? Concevoir dans l'urgence la meilleure app possible sur une thématique, la coder et la mettre en pratique... en moins de 24 heures. À la fin de la journée, un jury attribue un prix aux meilleures réalisations.

Comme souvent, le concept a germé outre-Atlantique. Les premiers ont été créés en 1999 par des développeurs de logiciels libres, avec notamment Sun et Open BSD (Linux). À l'instar de Facebook, qui s'est lancé dans les hackathons dès 2006, Microsoft, Yahoo! ou PayPal organisent aussi ce type de manifestation. Google en proposait un en février dernier, pour faire naître les futurs usages de ses lunettes à réalité augmentée. Côté médias, le premier marathon a eu lieu en septembre 2010 avec Hack The Press, organisé par le site français de data-journalisme Owni. Depuis, les hackathons sponsorisés par les grosses entreprises du web fleurissent aux quatre coins du globe.

Selon la société BeMyApp, spécialisée dans l'organisation de ces événements, cinq hackathons se déroulent par semaine en moyenne dans de grandes villes comme San Francisco, New York, Paris, Berlin ou Tokyo. En 2012, on en recensait une dizaine en Belgique, dont trois sont de grands événements, explique Cédric Couvreur, l’initiateur du BeMyApp belge, qui a rassemblé deux cent cinquante codeurs en juin dernier. Selon lui, plusieurs géants de l'énergie, de la banque et de l'automobile devraient prochainement s'essayer à l'exercice. Mais en Belgique, les initiatives n'en sont qu'à leurs balbutiements. Chez nous, les hackathons sont organisés par des sociétés de développement très spécialisées. Le but est double : détecter les développeurs talentueux égarés dans la nature, mais surtout susciter l'émulation autour de leur marque, constate Cédric Couvreur. Alors que c’est un vivier inespéré pour le recrutement.

Hacker n'est pas jouer  

Aux dires des employeurs qui l’ont adoptée, la formule permet de faire coup double, voire triple : expérimenter une nouvelle méthode de sourcing, dénicher des profils atypiques et renforcer leur image d’employeur innovant. Les développeurs peuvent ainsi découvrir concrètement les projets qui les attendent, tandis que les recruteurs peuvent, en retour, les évaluer de façon pertinente. Ces événements créent aussi de nouvelles solidarités : Ce sont des concentrés de développeurs, de designers et de marketers expérimentés. En quelques heures, on peut y apprendre énormément l’un de l’autre. Et rapidement, des équipes de choc peuvent se créer, résume Renaud Dumont, évangéliste IT au Microsoft Innovation Center de Mons. Enfin, c'est un moyen de s'essayer aux méthodes qui font le succès des géants du web américain : cocréation, innovation ouverte, développement agile… Dans les organisations, les équipes s'autocensurent en raison des rivalités entre services ou de barrières technologiques qui semblent insurmontables. Les hackathons, eux, font fi de ces carcans politico-techniques, lâche David, un jeune hacker auto-entrepreneur, adepte de ces événements. Pour moi, c'est une sorte d'"atelier de recherche et développement", en plus ludique. Pendant un ou deux jours, on côtoie des profils mixtes tels que les développeurs et les ergonomes. Résultat, on peut ébaucher jusqu'à 70 % de la maquette d'un projet informatique. Pour ce free-lance, l'essentiel est bien là : faire grandir son cercle d'"amis".

Les hackathons sont d’excellentes cartes de visite pour les programmeurs indépendants. Ils permettent aussi de développer les soft skills, observe Tanguy De Lestré, responsable de l’App Alliance chez Agoria et initiateur des Mobile Mondays, des événements qui visent à promouvoir les applications belges existantes. Mais pour lui, les recrutements sont encore rares. Développer une application coûte cher, beaucoup plus cher qu'un site web, explique Tanguy De Lestré. Certains prestataires de services y voient parfois une menace pour leur propre business. Pour eux, les hackathons donnent l’impression de pouvoir développer une application en quelques heures, alors qu’il faut des semaines pour les réaliser en interne. Pourtant, les retombées sur le business sont positives. Fin avril, la fédération sectorielle Agoria et l'Open Knowledge Foundation organisaient Appsforgeo, un hackathon sur le thème des données géographiques : trois équipes de développeurs issus du monde professionnel se sont attelées à développer des applications faisant appel à des jeux de données publiques ouvertes. Résultat : quatre applications ont vu le jour. En théorie, les entreprises organisatrices reprennent les meilleures applications développées et les industrialisent avec les gagnants, constate Tanguy De Lestré. Pour autant, ces événements restent trop souvent isolés et sans suivi. Sans quoi cette vague prometteuse risque de se briser aussi vite qu'elle a déferlé.

100 000 $

C'est le premier prix (en dollars américains) qu’offre PayPal pour son premier hackathon mondial, Battle Hacks. Cette compétition a été lancée le samedi 8 juin à Berlin et se décline dans dix villes à travers le monde. Lors de chaque hackathon local, les développeurs devront résoudre un problème spécifique à leur pays : développer l’internationalisation, lutter contre la bureaucratie…

1 156

C’est le nombre de participants au dernier Codingame, un concours de programmation en ligne organisé dans vingt-quatre pays différents. Durant trois heures, les participants ont dû résoudre des problèmes de programmation dans les langages C, C++, Python, PHP, Java, C# et Ruby. Les quatorze employeurs sponsors y ont trouvé leur compte avec, en moyenne, une quarantaine de candidatures recueillies à l’issue du tournoi.

 

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