Le nombre de salariés recherchant un nouvel emploi a doublé en un an

Rédigé par: Mehdi LAGHRARI (st.)
Date de publication: 22 févr. 2021
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Le nombre de salariés recherchant un nouvel emploi

En pleine crise sanitaire, le nombre de personnes déjà en poste et cherchant à changer d’emploi est passé de 5 à 10% en an. Une augmentation surprenante alors que la mobilité est généralement réduite en période de crise, et qui appelle à une réflexion nouvelle sur le sens du travail.

Alors que l’emploi sera très certainement l’un des grands chantiers du gouvernement belge après la crise, les réflexions autour de la qualité et le contenu du travail restent, pour l’heure, largement mises de côté. Ces questions suscitent pourtant un intérêt croissant chez beaucoup de salariés belges, qui s’interrogent de plus en plus sur le sens de leur travail, au point de songer à changer d’emploi.

Ainsi, une enquête réalisée par l’agence RH Tempo-Team, en collaboration avec la professeur Anja Van den Broek, experte en motivation du travail à KU Leuven, révèle que le nombre de salariés belges en quête d’un nouvel emploi a doublé en un an. Ils sont 10% aujourd’hui à chercher un emploi différent, alors même que la pandémie a généré une tension sur le marché de l’emploi qui est peu propice au mouvement.

Dégradation des indicateurs de bien être

D’ordinaire, la mobilité se réduit en période de crise, compte tenu de la primauté de la sécurité de l’emploi sur les désirs de changement. Mais le chiffre avancé par l’enquête prend tout son sens lorsqu’on s’arrête sur les autres indicateurs de l’enquête: depuis le début de la pandémie, un travailleur sur cinq affirme se sentir moins bien, et plus de 30% des travailleurs disent se sentir plus stressés. Par ailleurs, un répondant sur cinq juge que les relations entre collègues et l’esprit d’équipe se sont détériorés depuis le début de la crise sanitaire.

La pandémie n’est bien évidemment pas étrangère à cette dégradation observée chez les salariés. Distanciation sociale pour certains, télétravail pour d’autres… leur quotidien a été chamboulé par les restrictions sanitaires. Au point de les amener à s’interroger sur leur emploi. «La crise sanitaire a probablement conduit les salariés à avoir un regard plus critique sur leur travail, à se demander si telle ou telle tâche en valait la peine», affirme Anja Van den Broek, chercheuse coréalisatrice de l’enquête.

Un changement de paradigme qui explique les nouvelles tendances dans les résultats de l’enquête. Si le salaire et la sécurité de l’emploi restent les deux premiers critères avancés par les personnes qui cherchent à changer d’emploi, le contenu du travail et l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle ont aussi leur importance. 40% des sondés affirment en effet que ces aspects sont déterminants dans leur recherche d’emploi.

Donner un nouveau sens au travail

«Quand on regarde ce que les gens espèrent trouver chez un nouvel employeur, la rémunération est bien évidemment la raison principale», confirme Anja Van den Broek. «Mais si l’on analyse statistiquement, ce qui fait qu’ils sont plus fonctionnels dans leur travail – c’est-à-dire, qu’ils se sentent bien, qu’ils ont une image positive de leur travail et qu’ils sont performants–, le salaire n’est pas si important que cela. Le plus souvent, c’est le contenu du travail qui est mis en avant.»

L’enquête semble corroborer cette hypothèse. Ainsi, les salariés les plus optimistes – qui sont aussi les plus performants – reconnaissent facilement que le contenu du travail influe grandement sur le fait qu’ils se sentent mieux dans leur travail, et qu’ils sont plus heureux. Ils sont par ailleurs plus nombreux à se déclarer impliqués, satisfaits et productifs.

Pour Anja Van de Broek, se baser sur la rémunération pour choisir un emploi peut même conduire à des conséquences dommageables pour les deux parties. «Lorsqu’un employeur recrute un salarié ayant choisi le travail en se basant uniquement sur le niveau de salaire, on peut déjà prévoir que cet employé se sentira moins concerné, moins performant, et plus susceptible de faire un burn-out.»

La rémunération – essentielle pour s’assurer de la fidélité des travailleurs – doit donc nécessairement s’accompagner d’une réflexion sur le contenu du travail, ainsi que d’un changement de paradigme au sein des entreprises. «ll s’agit d’investir dans la teneur du job, principal critère pour stimuler l’optimisme des travailleurs et en faire de vrais jobtimistes», affirme Sebastien Cosentino, porte-parole de Tempo-Team. «Il reste beaucoup de pain sur la planche, car un salarié sur cinq déclare que ses tâches ne sont pas assez variées et qu’il s’ennuie souvent.»

Comment redonner du sens au travail?

«Bien que la Belgique soit un des seuls pays européens qui a une législation sur le contenu du travail – la loi du 4août 1996 relative au bien-être des travailleurs–, nous remarquons dans nos recherches que les employeurs ne considèrent pas toujours qu’ils peuvent influer sur la qualité de l’emploi», regrette Anja Van de Broek.

Pour elle, les employeurs disposent d’un certain nombre d’options pour rendre le travail de leurs salariés plus intéressant et ainsi faire en sorte qu’ils soient plus heureux dans leur travail. «Bien qu’un emploi puisse sembler monotone aux yeux d’un salarié, ils peuvent le rendre plus intéressant en invitant la personne à participer à des projets nouveaux, en lui donnant plus de responsabilités et d’autonomie dans ses missions. Ce sont des petites choses que les entreprises peuvent prendre en considération et changer le cas échéant.»

«Les employés eux-mêmes peuvent faire certaines choses et organiser différemment leur travail», complète-t-elle. «Appeler un collègue pour chercher un contact social ou avoir un soutien psychologique, se porter volontaire pour certains projets, voire en proposer, sont autant de choses qui peuvent améliorer le contenu de leur travail et la perception qu’ils en ont.»

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