Le papy-boom booste les soins à domicile

À cause du vieillissement de la population, des coûts élevés des maisons de repos, mais aussi des durées de séjours hospitaliers toujours plus courtes, la demande en professionnels de soins à domicile devient pressante. Infirmiers, gardes malades, aides familiales, kinés, ergothérapeutes… Un secteur qui ne connaît pas la crise.

Ils sont à la fois victimes collatérales et bénéficiaires du papy-boom. Les soins à domicile tantôt se réjouissent, tantôt subissent ce phénomène. Certes, le vieillissement galopant de la population apporte au secteur ses bonnes nouvelles : une demande grandissante et, par conséquent, un besoin toujours plus important de professionnels de la santé pour y répondre. Bon point pour l’emploi. Si ce n’est que dans cette branche, le recrutement est loin d’être une sinécure…

L’explosion actuelle et future du nombre de seniors n’est pas la seule raison. Une majorité de personnes âgées ne souhaite pas être institutionnalisée, précise Claude Mercenier, présidente de la commission des soins à domicile au sein de l’Association belge des praticiens de l’art infirmier. Sans doute est-ce lié au coût des maisons de repos. En plus de ce souhait de vivre plus longtemps chez soi, il y a aussi la durée des séjours hospitaliers qui ne cesse de raccourcir, ce qui implique que des patients en complète convalescence sont renvoyés à domicile, avec des besoins particuliers, ajoute Brice Many, directeur général de la FASD (Fédération aide et soins à domicile).

Du coup, les soins se révèlent de plus en plus spécialisés. Ce n’est plus la « simple » piqûre ou le pansement !, décrit Catherine Ballant, responsable de la plateforme Soins chez soi. Les demandes deviennent également multiples, nécessitant l’intervention de professions diversifiées, des plus au moins qualifiées : kinés, ergothérapeutes, aides familiales, gardes malades, voire dentistes… Une nouvelle fonction a même dû être créée : celle de coordinateur, un assistant social ou un infirmier dont la principale tâche sera de planifier les interventions des professionnels chez les patients. S'ajoute un besoin croissant de managers dans le secteur, avec un bagage plus technique. Par exemple, pour l'assistance respiratoire ou les traitements par pompe à insuline. Les recruteurs cherchent à la fois des managers opérationnels, qui dirigeront les personnels intervenant au domicile du patient, et d'autres experts de l'encadrement chargés de piloter une équipe et de superviser le processus de soin. La perle rare ? Un infirmier, diabétologue ou endocrinologue devenu gestionnaire.

Le secteur recrute en permanence. Les besoins sont énormes, tant en ce qui concerne les infirmières que les aides familiales, confirme Marc Xhrouet, directeur de la fédération des Centrales de services à domicile (CSD, mutualités socialistes). Problème : ces deux jobs souffrent de pénurie, même s’ils ne figurent pas sur la liste du Forem, essentiellement pour des raisons de procédure de recrutement.

Un métier de confiance

Au rang des principaux employeurs, on retrouve en première ligne les mutuelles. Chez nous, cela représente environ 5 000 emplois côté francophone, le double des effectifs de la mutualité, glisse Alda Greoli, secrétaire nationale de l’alliance des mutualités chrétiennes. Le secteur reste toutefois majoritairement constitué de professions libérales. Plus de 60 % des infirmiers à domicile seraient des indépendants, travaillant seuls, en binômes ou regroupés au sein de plateformes.  

Point de tensions, toutefois, entre les deux statuts. Car il y a du boulot pour tout le monde, répètent nos interlocuteurs. La concurrence viendrait plutôt du milieu hospitalier et des institutions, confrontées à la même pénurie et, paraît-il, légèrement plus avantageux au point de vue salarial.

Chaque branche possède ses spécificités, mais beaucoup choisissent le domicile parce que la pression n’est pas la même qu’en institution, plaide Marc Xhrouet. Il s’agit d’un travail de proximité, avec un rapport fort à l’humain. Une profession où l’on peut trouver du sens. Puis ce métier se revalorise, enchaîne Claudine Baudart, responsable de l’Association des infirmières indépendantes de Belgique. On réalise de la chimio, des dialyses… Des gestes de plus en plus techniques. 

Étant donné la pénurie de profils spécialisés, certains se mettent à réfléchir à des technologies qui permettraient de soulager une partie de la demande. Grâce à l’aide d’un compagnon digital, par exemple, ou d’un tapis capable d’alerter les secours en cas de chute. Deux innovations récentes parmi d’autres, qui témoignent d’un pan informatique en plein développement dans l’aide à domicile. Cela peut être une solution parmi d’autres, conclut Alda Greoli. Même si rien ne pourra remplacer les soins et l’intervention humaine !  

 

2 228 €

Une infirmière graduée qui débute comme salariée dans les soins à domicile peut s’attendre à recevoir un salaire mensuel de 2 228 € brut. Dix ans de carrière plus tard, ce montant s’élève à 3 011 € et atteint 3 926 € en fin de carrière, selon les barèmes en vigueur. Des chiffres auxquels il faut généralement ajouter différents avantages en nature : voiture, GSM, PDA ou ordinateur… Ainsi qu’un sursalaire lié au travail en soirée ou le week-end, qui se chiffrerait au moins à 200 € par mois.

1 916 €

Tel est le salaire brut mensuel d’une aide familiale, garde à domicile ou garde d’enfants malades ne possédant pas d’expérience, selon les barèmes actuellement en vigueur. Après dix années de métier, ce montant est de 2 282 € et grimpe à 2 711 € au bout de 29 ans de carrière.

24 000

Selon les dernières statistiques de l’Inami, entre 24 000 et 26 000 personnes officieraient comme infirmiers à domicile en Belgique. Des chiffres qui reprennent tant les travailleurs salariés qu’indépendants, mais qui seraient toutefois à nuancer, car ils engloberaient ceux qui exercent cette profession à titre complémentaire, ceux dont l’activité est très réduite, etc.

7 % à 10 %

Les infirmiers travaillant en milieu hospitalier ou en institutions ont bénéficié par le passé d’une revalorisation salariale. Ce qui n’est pas le cas des infirmiers à domicile, au grand dam de leurs employeurs. La différence de rémunération pourrait atteindre 7 % à 10 %. Ce qui n’aide pas au recrutement…

Mélanie Geelkens

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