Le physique joue-t-il lors d’un entretien d’embauche ?

Rédigé par: Virginie Stassen
Date de publication: 23 janv. 2024
Catégorie:

Sauf exception, l’apparence ne relève normalement pas d’un critère de recrutement. En effet, le physique n’est pas une compétence. Pourtant, il impacterait quand-même la carrière, d’une façon ou d’une autre… Mais pas toujours comme on le croit !

BARBIE

La France et la Belgique font figure d'exception depuis 2001 dans le monde du recrutement. En effet, les deux pays reconnaissent l'apparence physique comme un motif de discrimination. Pourtant, selon un sondage effectué en France en 2016 pour « Le Défenseur des droits », il serait acceptable, pour la moitié des sondés, de refuser d'embaucher un candidat à cause de son poids ou de son manque d'attractivité physique. Pour 6 Français sur 10, un maquillage mal exécuté ou trop prononcé pourrait également justifier un refus d'embauche, tout comme une petite taille chez les hommes (pour 4 Français sur 10). Les hommes petits seraient également moins bien respectés (et moins payés) que les hommes grands.

Séduction = rentabilité ?

Selon l’ouvrage « Psychologie des beaux et des moches » (aux Éditions Sciences Humaines), un recruteur serait davantage enclin à embaucher une personne au physique attractif pour un job en contact avec la clientèle, afin que le ou la candidat (e) puisse plus facilement « séduire » les clients.

Ceci dit, les femmes se trouvent désavantagées par rapport aux hommes. 

Une équipe de l’University of the West of Scotland (Écosse) a en effet montré que les recruteurs (hommes comme femmes) jugeaient plus facilement un candidat sur son apparence lorsqu’il s’agissait d’une femme. Plus de deux tiers des employeurs admettent d’ailleurs rechigner à embaucher une femme qui n’est pas maquillée.

Une simple recherche Google (avec les mots clé « femme » et « entretien d’embauche ») le confirme : des dizaines de pages de résultats expliquent en effet aux femmes comment se pouponner avant un entretien d’embauche. On y trouve même la phrase suivante : « La beauté que vous dégagez joue un rôle prépondérant dans le fait que vous décrochiez ou non le poste de vos rêves. »

Du maquillage, oui, mais point trop n’en faut !

D’après une étude réalisée par Monster, 70% des recruteurs sont sensibles, pendant l’entretien d’embauche, à la manière dont la candidate est maquillée. Avoir la main trop lourde ou trop légère étant à tous les coups discriminatoire. Une femme un peu plus « lourdement » maquillée aurait en effet moins de chances d’être perçue comme possédant des compétences de leadership. Dans un autre rapport publié en 2019, on signale en outre qu’une femme française sur quatre a déjà été mise en garde sur son look au travail, d’abord pour cause de maquillage « excessif », et ensuite pour la longueur des jupes, trop enclines à distraire ces messieurs…

Trop belle, trop conne ?

Si le physique semble influencer les chances de recrutement, la thèse défendue par Leah D. Sheppard, professeure adjointe à l’université de l’État de Washington, et Stefanie K. Johnson, maître de conférences à l’université du Colorado, va dans le sens inverse.

Concrètement, les deux femmes ont rédigé de faux articles sur de supposés licenciements au sein d’une entreprise, assortis de photos. Elles ont ensuite demandé aux participants de l’étude de lire les articles et d’évaluer la sincérité des personnes figurant sur les photos pour savoir qui devait être licencié. D’après leurs observations, plus les femmes étaient belles, plus elles méritaient d’être sorties de l’entreprise, car jugées moins sincères que les autres. Étrangement, pour les hommes, les résultats ont montré que les hommes beaux étaient au contraire jugés plus sincères que les autres. Conclusions : l’attrait physique n’aurait pas le même poids que l’on soit une femme ou un homme. Rien d’étonnant, donc, à ce que les hommes gâtés par la nature ne voient aucun désavantage à être beaux sur le marché de l’emploi…

Pour Claudine Sagaert, docteure en sociologie, professeure de philosophie et auteure de «L’Histoire de la laideur féminine » (Éditions Imago), cette discrimination envers les femmes trop belles tirerait son origine de la philosophie grecque ancienne. « La femme n’a toujours été réduite qu’à une beauté de l’apparence, analyse-t-elle dans Place Gre’net. Le paraître féminin n’est qu’une beauté de surface. » Autrement dit, une femme belle serait vide et incompétente.

En conclusion, il existerait bien une injustice au fait d’être beau ou laid : si les beaux sont payés en moyenne 15% de plus que les autres, pour les femmes, il y aurait quand même un risque de se faire virer pour inaptitude lorsqu’elles sont « trop » belles…