Le présent du futur

Date de publication: 24 déc. 2012
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De nombreux emplois qui nous paraissent aller de soi vont bientôt disparaître, tandis que d’autres, jusqu’ici inimaginables, prendront le relais. Voici cinq métiers qui appartiennent déjà au passé et ce par quoi ils pourraient être remplacés.

Manager d’intranet >> Gestionnaire de plateforme de collaboration

Dans les entreprises, c’est la ruée vers le web collaboratif. L’explosion des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou LinkedIn bouleverse les dogmes du discours « corporate ». Mais aussi les formes de management. Exit la communication verticale et descendante, le travail devient flexible, nomade et s’effectue en peer-to-peer. D'après Marc Christoph de Sogeti, l'un des métiers de l'informatique de demain, ce sera le gestionnaire de plateforme de collaboration. Au sein des entreprises où les employés travaillent en réseau sur un même projet, de plus en plus de plateformes « maison » se développent. Et renvoient les intranets aux oubliettes. Déjà, des outils comme Sharepoint de Windows permettent de simplifier les contacts et les interactions sur un même document. Reste à savoir comment les utiliser. Il faut une personne qui aide à organiser, à réfléchir aux besoins de la société pour, après, implémenter une solution adaptée. Ergonomie des interfaces, intégration de progiciel, architecture réseau… Le gestionnaire de plateforme de collaboration doit déployer une armada de compétences techniques. Et faire preuve d’empathie. À peine créée, la fonction est déjà en pénurie de talents, tant la demande est forte.

Archiviste d’entreprise >> Record Manager

Une personne qui manie en sous-sol des cartons poussiéreux... Voilà ce qu’évoque l’appellation d’archiviste d’entreprise. Le métier est pourtant en pleine mutation. Et ce n'est pas seulement lié à la numérisation. Courrier, documents administratifs, blogs internes, wikis, travaux collaboratifs entre les experts techniques et le management... C’est bien l’ensemble des documents produits ou reçus par l’entreprise qui passe sous ses fourches caudines. L'enjeu des prochaines années, c'est la gestion de cette masse de données qui est devenue extrêmement croissante, que ce soit en format papier ou numérique. C'est de se demander comment on va gérer l'organisation de l'information pour les années à venir, explique Didier Devriese, archiviste à l'ULB. La vraie évolution, c'est de décloisonner les métiers entre les archives classiques et les documents numériques. Avec, désormais, un besoin de technicité pour comprendre la production du document, garantir sa fiabilité et pour pouvoir donner accès aux documents au public. On va vers une vraie fusion des métiers entre celui d'archiviste et d'informaticien, nos métiers sont en constante interaction, poursuit Didier Devriese. Je suis persuadé que l'avenir est dans une multiplication des approches techniques pour valoriser, numériser, diffuser, ordonner, indexer toutes les archives sur lesquelles nous travaillons. À l'ère du numérique, on parle de Record Manager.

Aide-soignant hospitalier >> Roboticien médical

Il n'est pas certain que ce seront des infirmières qui prendront demain la tension d'un patient. Car l'utilisation des TIC dans les métiers des soins de santé va s’accélérer dans les prochaines années en Belgique avec la télémédecine qui permet de poser le diagnostic d'un patient à distance, mais aussi avec le télémonitoring, qui permet de consulter à distance les données médicales des patients. Actuellement, dans le domaine de la santé publique, la plateforme fédérale e-health permet déjà de consulter à distance les données d'un patient. Mais le phénomène de l'e-health va s’accélérer et va complètement repenser notre modèle social, en favorisant toute une série de métiers autour des services à la personne. L'utilisation des nouvelles technologies va permettre de gérer la pénurie de personnel, le manque de moyens et de revisiter complètement les métiers de soins de santé, explique Simon Alexandre responsable du CETIC, le Centre d’excellence en technologies de l’information et de la communication, situé à Charleroi. Un médecin passe trop de temps aux actes administratifs et aux prises de données. Des actes qui n'ont pas beaucoup de valeur ajoutée d'un point de vue médical. Les technologies peuvent aider à réduire ces actes administratifs en les simplifiant, mais vont aussi favoriser l'apparition de nouveaux métiers pour la gestion de ces données. C'est une réelle opportunité de remise au travail de personnes peu ou pas qualifiées, conclut-il.

Chargé d’études de marché >> Analyste de données prédictives

L’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en deux millions d’années. Chaque minute qui passe, quarante-huit heures de vidéo sont mises en ligne sur YouTube, 684 478 contenus sont partagés sur Facebook et 2 millions de requêtes émises sur Google. Cette masse vertigineuse de datas est déjà considérée comme le pétrole du XXIe siècle. Avec la multiplication des données accessibles, il faudra de moins en moins de gens pour assembler l’information, mais il en faudra de plus en plus pour analyser, croiser et « faire parler » ces milliards de téraoctets. Certains des postes les plus recherchés et les mieux payés des dix prochaines années vont revenir à des statisticiens, prospecteurs de données et autres data scientists. Grâce à la rareté de leurs compétences et à leur maîtrise des théories mathématiques complexes, ils ne se contentent pas de récolter des données. Il faut pouvoir les interpréter, confie Patrice Latinne, responsable de projets d’Advanced Analytics chez CSC. Les entreprises souhaitent bénéficier de données pouvant réellement prédire les tendances à venir. Santé, sécurité, assurances, transports, finance, sciences, marketing… Les domaines d’application semblent sans limites.

Contremaître dans le bâtiment >> Installateur de maison intelligente

Des logements durables, sains, qui produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment... L'équation semble complexe. En Europe, le bâtiment représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre et 40 % de la consommation totale d’énergie. Pourtant, les briques et le ciment ne sont plus ce qu’ils étaient. Les bâtiments s’équipent de matériaux durables, deviennent passifs, à énergie positive, bourrés de domotique et de technologie. D'ici à 2020, rien qu’en Europe, le couplage entre les technologies d'internet et celles des énergies renouvelables permettra de transformer 190 millions d'immeubles en centrales vertes. Des « maisons intelligentes », connectées entre elles et à leurs occupants ? Le scénario est déjà à l’œuvre. L'idée est de concevoir des bâtiments autonomes sur l'énergie, la consommation d'eau et la gestion des déchets. Demain, un bâtiment de bureaux qui consomme la journée pourra partager son énergie produite, son recyclage de déchets avec d'autres bâtiments, dans une vraie démarche d'écoquartier, explique Thierry Michaud, directeur technique chez Norpac, une filiale de Bouygues Construction. De nouveaux profils d’ingénieurs, d’électroniciens et de techniciens vont être mis à contribution pour intégrer harmonieusement à nos logements les technologies numériques. L'histoire commence seulement à s'écrire.