Le recrutement pourra dorénavant se faire via l'intérim

L’insertion, une nouvelle mission pour l’intérim ? À partir du 1er septembre, les entreprises pourront officiellement engager des travailleurs intérimaires. Pour pourvoir à des postes en CDI.

Il faut parfois tordre le cou à certains préjugés. On accroche tellement à l'intérim le mot précarité que, après deux années de chômage, je n'y avais même pas songé, assure Olivier, un ingénieur industriel de 37 ans converti à l'intérim cadre. Encore rétifs au travail temporaire, les profils hautement qualifiés pourraient devenir les nouveaux chouchous des agences. Avec un argument de taille : dès le 1er septembre, les entreprises de travail temporaire seront autorisées à recruter directement pour le compte de leurs clients des CDI.

Jusqu'à présent, le travail intérimaire n'était autorisé que dans trois situations : pourvoir au remplacement d'un travailleur permanent, répondre à un surcroît temporaire de travail ou assurer l'exécution d'un travail exceptionnel. La nouvelle loi reconnaît dorénavant le motif d'« insertion ». Traditionnellement, l’intérim répond à un besoin de flexibilité et offre une solution à très court terme. Mais depuis les années 90, les entreprises demandent à engager les intérimaires à titre définitif, confie Philippe Lacroix, Managing Director ManpowerGroup BeLux. Cette mesure légalise enfin ce qui existe déjà dans les usages : elle apporte une sécurité juridique aux entreprises qui utilisent l’intérim comme canal de recrutement. Désormais, elles ne devront plus recevoir l’accord préalable de leur délégation syndicale. Avantage pour le travailleur ? Une plus grande sécurité, selon Federgon, la fédération des prestataires de services RH. Car des conditions sont assorties pour limiter les engagements successifs d'intérimaires sans concrétisation de contrat.

Éviter l’effet carrousel

En pratique, les employeurs devront respecter la règle « 3-6-9 ». Concrètement, pour un poste de travail bien défini, seuls trois intérimaires pourront être mis à l’essai. Ces trois tentatives ne pourront s’effectuer que dans un délai de neuf mois. Enfin, s’il est recruté au moyen du motif d’insertion, la « mission intérimaire » du candidat sera limitée à six mois d’occupation. Après quoi, il sera engagé sous contrat à durée déterminée ou indéterminée. C’est une bonne nouvelle, car cette règle limite toute tendance abusive, se réjouit Pascale Sauveur, responsable du réseau d’agences Trace, en Wallonie et à Bruxelles.

Chaque année, 540 000 candidats (dont des étudiants jobistes) décrochent des missions d'intérim de plusieurs mois dans les PME et dans les grands groupes. Aujourd'hui, toutes les fonctions sont recherchées : finances, comptabilité, R & D, informatique, ressources humaines ou production... Et, du tertiaire à l'industrie en passant par la construction, l’éducation et la santé, pas un secteur n'échappe au travail temporaire. L’avantage de l’intérim, c’est qu’un consultant s’occupe de chaque candidat. Il va non seulement vous accompagner et vous coacher, mais surtout vendre vos compétences aux employeurs, poursuit Pascale Sauveur. Côté rémunération, le salaire versé par la société d'intérim est calqué sur la grille interne de l'entreprise utilisatrice. Dans la panoplie-séduction des grands réseaux d'intérim, on trouve également des mutuelles, des participations aux bénéfices, des aides au logement ou même de la formation.

Reste une difficulté majeure pour les agences : attirer des collaborateurs hautement qualifiés, mobilisables immédiatement. Une demande croissante de la part des employeurs, qui oblige les agences intérim à affiner leurs processus de sélection. Et les intérimaires à se… spécialiser. Nous espérons que la modernisation de cette loi va lever certaines barrières et qu’à côté des aficionados de la mission, les cadres seront de plus en plus nombreux à tenter leur chance dans l'intérim pour accéder à un CDI, confie Wilfrid de Brouwer, Managing Director de Hays Belgique, qui vient d’ouvrir trois nouvelles agences intérim, spécialisées dans les fonctions administratives, de soutien commercial, ainsi que comptables ou financières. Les emplois temporaires d'aujourd'hui sont les emplois durables de demain, assure Wilfried de Brouwer. Une mission sur trois se finit par un CDI, et cette proportion est bien supérieure chez les cadres. De quoi vaincre les réticences culturelles.

80 %

Actuellement, environ 80 % des missions intérimaires mènent au CDD et au CDI.

1 sur 2

Un intérimaire sur deux se voit proposer un contrat à durée indéterminée chez l'employeur qui l'occupait.

23,2 %

des intérimaires sont engagés pour remplacer un membre du personnel absent.

48 %

des intérimaires considèrent le secteur comme un tremplin efficace en matière d'emploi.

31,8 %

des travailleurs intérimaires ont entre 31 et 45 ans. L'intérim attire principalement les jeunes : 27 % ont entre 21 et 25 ans, alors que 18,5 % ont entre 26 et 30 ans.

166,4 millions

C'est le nombre d'heures de travail intérimaire prestées en 2012.

1 274

C'est le nombre d'agences actives en Belgique. En 2012, elles étaient réparties à travers 142 entreprises.

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