Le travail à remonter le temps

Le travail se renouvelle en même temps que l'époque. Comment travaillait-on en 1900 ? Quel type de management prédominait en 1950 ? Tous nomades en 2020 ? Du fordisme au taylorisme, en passant par le Nouveau Monde du Travail, petit théâtre du management en entreprise de 1900 à 2025.

1918-1940

Les premiers droits des travailleurs

C'est l'époque de la consolidation de la classe ouvrière dans une période de grande industrialisation et de luttes sociales importantes. Ces années sont des années de transition : avant la Première Guerre mondiale, le travail exclut de la société, la pauvreté est causée par le travail. Dans l'entre-deux-guerres, les travailleurs ont dorénavant des droits politiques et syndicaux : le droit de vote pour les hommes, la diminution du temps de travail, les congés payés, l'apparition des commissions paritaires... Les conflits les plus importants portent alors sur le chômage et l'assurance maladie, des droits qui seront acquis en 1944 avec l'instauration de la sécurité sociale, explique Mateo Alaluf, historien du travail à l'ULB. Dans les entreprises, à côté d'une vision traditionnelle et paternaliste, une autre vision s'impose, celle du taylorisme, à savoir une organisation scientifique du travail où toutes les opérations sont standardisées. Cette époque est un laboratoire d'idées, avec l'idée de plus en plus prégnante en Belgique qu'on doit sortir de la logique des bas salaires et qu'on doit accompagner le développement social des travailleurs entre les patrons et les syndicats, souligne Pierre Tilly, historien du travail à l'UCL.

1945-1970

Les Trente Glorieuses

Après la guerre, ce qui importe, c'est de protéger le pouvoir d'achat des travailleurs de l'arbitraire du marché. La régularité de ce pouvoir d'achat viendra avec la sécurité sociale et par la négociation collective des salaires, par le biais des commissions paritaires. En Belgique, on voit l'apparition de l'ONSS dès 1944. Désormais, le travail devient un facteur d'intégration sociale, alors qu'il était encore avant-guerre un facteur d'exclusion, poursuit Mateo Alaluf. Dans ce contexte, l'idée forte, c'est celle du plein emploi. Un plein emploi d'abord et avant tout masculin. C'est l'apogée du monde industriel et de la culture ouvrière jusque dans les années 60. Mais progressivement, on assiste à la montée du secteur tertiaire ainsi qu’à l'apparition des classes moyennes et des PME. C'est dans l'après-guerre qu'on voit aussi s'implanter dans les entreprises l'importance des relations humaines et l'idée d'une économie concertée avec les syndicats et le patronat pour moderniser l'économie belge. On voit apparaître des patrons plus réformistes qui vont donner un rôle central à la concertation sociale. Il faut attendre 1960 pour que le premier accord interprofessionnel soit signé en Belgique par les patrons et les syndicats. Depuis, c'est cette logique de concertation qui a toujours dominé le monde du travail, ajoute encore Pierre Tilly.

1970-2000

Tous informatisés

Dans les années 70, les différents chocs pétroliers feront basculer le centre de gravité du travail du secteur de l'industrie à celui du tertiaire. Cette mutation aura un sérieux impact sur la fonction et l'environnement du travailleur. De plus en plus sollicité, ses compétences s'élargissent. Dans les années 80, l'arrivée des ordinateurs personnels dans la sphère privée et professionnelle renforcera cette flexibilité. Comme l'explique Gérard Valenduc, docteur et codirecteur du centre de recherche Travail & Technologies (Namur), l'organisation du travail en a été bouleversée. C'est la dématérialisation d'une série de tâches professionnelles. Dès 1995, tout s'électronise avec l'arrivée d'internet : de la communication interne à l'entreprise aux relations avec la clientèle et les sous-traitants. L'emploi n'a alors plus le même visage. Tout est rapide, les tâches se rationalisent et une partie de l'activité humaine est détruite. En marge, le monde de l'industrie se robotise et utilise l'informatique pour gérer et innover. Revers de la médaille : les emplois de l'innovation ne compensent pas les pertes humaines...

2005-2025 

Tous connectés

En 2012, communiquer online est la norme, la génération Y débarque dans les bureaux et les boss s'adaptent... Les hiérarchies s'effaceront au profit de « forums ouverts », espaces de décisions issus de l'échange entre les collaborateurs. On prend conscience qu'il y a plus d'idées dans cent têtes que dans une, explique Stéphanie de Raikem chez Conscious Partner, pionnier dans l'accompagnement des entreprises vers l'intelligence collective. Aussi, on prédit un bureau mobile, mais ce n’est pas pour tout de suite. Les lieux de travail se recomposent, l'espace se réorganise. Je travaille chez moi aujourd'hui, ma collègue dans le train vers Lyon, s'amuse Gérard Valenduc, mais dans la réalité, ceux qui pratiquent le télétravail le font deux jours par semaine en moyenne. Mobilité et flexibilité toujours puisqu'un travailleur sur deux dispose aujourd'hui d'un ordinateur professionnel. À l'horizon 2020, les technologies portables et intuitives des laboratoires R&D deviendront la norme. Pourtant, selon le spécialiste, les contraintes environnementales et économiques auront un impact limitatif sur leur utilisation en entreprise. Puis, cette flexibilité spatiale et horaire permise par les nouveaux supports de travail engendrera une saturation, un grand stress au travail. Des sas de déconnexion seront créés pour les travailleurs. L’« homme-bureau all-in » arrive, mais ce n'est pas déjà pour demain.

Retour à la liste