Le vert est dans le mur

En finir avec les logements « passoires thermiques » tout en créant des emplois. C’est l’enjeu de l’écoconstruction. De la petite propriété aux habitats sociaux, en passant par les grandes maisons d'architecte green-tech, cap sur des métiers gagnants sur le long terme.

Maisons passives, toits végétalisés, rénovation durable, revêtement perméable pour récupérer les eaux de pluie, isolation par l'extérieur ou maisons bioclimatiques... Encore minoritaires il y a quelques années, les chantiers « verts » sont de plus en plus visibles. Et reconstruisent différemment les villes, bâtiment par bâtiment. Une formidable arme anticrise, l’écoconstruction ? Pour les professionnels du bâtiment, cela devient même une question de survie. Une ordonnance bruxelloise oblige que les bâtiments rénovés en profondeur ou construits après 2015 soient entièrement passifs. En Wallonie, parmi les corps de métier, opter pour l'écoconstruction reste encore une démarche très personnelle : peu sont prêts à  changer leurs habitudes de travail. L’écoconstruction représente pourtant 5 % de parts de marché en Wallonie. Et pourrait doubler ces prochaines années. Une véritable aubaine pour les PME spécialisées, mais qui n’est plus le simple fait d’artisans « pionniers ».

De la production à  la conceptualisation, le mouvement de l'écoconstruction est déjà  largement amorcé. Les industriels des matériaux et de l’équipement salivent aussi devant l’immense marché qui s’offre à  eux. On constate un déplacement d’emplois de la construction traditionnelle vers ceux liés à  l’utilisation des écomatériaux, constate Francis Carnoy, directeur général de la Confédération Construction Wallonie. En fait, le marché « pionnier » de l’écoconstruction est rapidement appelé à  se « professionnaliser ». Avec un impact sur des métiers qui, en neuf comme en rénovation, devraient par ailleurs gagner en matière grise et en technicité. Maîtres d'ouvrage, bureaux d'études ou cabinets d'architectes auront, pendant plusieurs années, besoin de recruter des centaines d’ingénieurs en thermique du bâtiment, explique-t-on à  la Confédération Construction.

Du côté de l'ingénierie du bâtiment, on observe un verdissement quasi « naturel » des recrutements. Les jeunes ingénieurs sont totalement sensibilisés aux questions environnementales, observe Geert Aelbrecht, DRH du Groupe Besix. Mais cette sensibilisation s’étend à  tous les niveaux de compétences. De la chaîne d’achats aux maîtres de chantier, en passant par les sous-traitants, tous les métiers intègrent désormais des critères environnementaux, explique Geert Aelbrecht. Et, pour nos ingénieurs, cela ne se limite pas au CO2 ou à  l’énergie, mais aussi au traitement des eaux usées. Même constat chez Cit Blaton : À chaque étape de la chaîne, le métier s'enrichit plutôt qu'il ne se « recycle », insiste, pour sa part, Jacques Vogeleer, responsable RH. Chez les fournisseurs et sous-traitants des entrepreneurs généraux, quelques métiers ont plus évolué que d'autres. Mais on ne peut pas perdre de vue que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, verte ou pas, reste préoccupante pour notre secteur et nos entreprises.

La filière des normes environnementales

L'intégration des critères environnementaux dans les constructions constitue également un enjeu incontournable pour le secteur et un véritable filon porteur d'emploi. Normes HQE, BREEAM, Valideo, PEB... Les sociétés de construction, les propriétaires, les entreprises et les investisseurs sont obligés de respecter les nouvelles législations. Seulement, les labels nationaux de développement durable sont nombreux. Pour s’y retrouver, certains majors de la construction, comme Besix, développent leurs propres centres de compétence en interne : Nous avons une cellule de huit personnes dédiée au suivi des normes, des certificats durables et de la législation, explique Geert Albrecht. Ce pool se prononce aussi sur le suivi des achats, le choix de matériaux durables et le contrôle environnemental des chantiers. Cette équipe, qui conseille Besix dans seize pays, regroupe autant d’ingénieurs civils que de juristes et de spécialistes environnementaux. Cette mixité de profils pratiques et théoriques est importante, insiste Geert Albrecht. Leur but est de traduire et d’adapter en termes opérationnels toutes les normes environnementales. À côté, tous les acteurs doivent soumettre leurs projets à  des bureaux de contrôle technique et de validation indépendants. Parmi eux, la BCCA (Belgian Construction Certification Association) est un acteur incontournable sur le marché de la construction durable et de la certification de la performance énergétique des bâtiments. En son sein, assesseurs, experts et vérificateurs assurent les procédures de certification. Ce sont des équipes mixtes composées d’ingénieurs civils, d’ingénieurs industriels, d’architectes et de licenciés, confie Benny De Blaere, directeur général de BCCA. Entre la consultance, le suivi de dossiers, l’inspection sur le terrain et le développement de logiciels aptes à  reproduire des résultats d’évaluations, leurs missions sont variables. Et les critères environnementaux impactent sensiblement les recrutements de cet organisme. Nous avons besoin de personnel polyvalent, explique Benny De Blaere, qui engage dix à  quinze personnes par an. Mais nous faisons de plus en plus appel à  des profils spécialisés dans le durable et l’énergie. Et plus particulièrement dans le contrôle de la rénovation, du photovoltaïque et de l’efficience énergétique des bâtiments.

Rafal Naczyk

11 200

C’est, selon Actiris, le nombre de travailleurs qui seraient actifs dans les domaines de l’écoconstruction et de l’efficacité énergétique en Région bruxelloise. Le secteur du bâtiment emploie, dans son ensemble, 15 000 ouvriers et 2 900 bureaux d’études.

68 000

C’est le nombre de salariés actifs dans le secteur de la construction en Wallonie, selon la Confédération Construction Wallonie. La construction wallonne a connu une importante croissance au cours de la dernière décennie : 53 000 salariés wallons en 2000, 64 000 en 2008. L’essentiel de la hausse s’expliquant par la rénovation (notamment énergétique) des logements.

3 200 €

C’est le salaire moyen brut des ingénieurs en génie thermique. Chargés de concevoir les conditions d'alimentation en énergie du bâtiment, ils sont les garants de sa performance énergétique. Ces spécialistes doivent disposer d'une connaissance métier très fine de l'édifice (structure, isolation) et de ses équipements (système de chauffage, énergies renouvelables), pour comparer et choisir les solutions garantissant le meilleur confort.

3 700 €

C’est, en brut, le salaire mensuel moyen des chargés d'études énergie. Ces ingénieurs ou techniciens spécialisés en environnement vérifient que le projet répond aux normes environnementales dans leur ensemble (maîtrise d'énergie, de l'acoustique, de la gestion des déchets).

4 200 €

C’est, en chiffre brut, le salaire moyen des responsables environnement. Ces ingénieurs disposant généralement de plusieurs années d'expérience coordonnent les aspects environnementaux touchant à  la construction : ils maîtrisent à  la fois les textes réglementaires, veillent à  la propreté du chantier, au non-dépassement des niveaux sonores annoncés, au contrôle de la qualité environnementale des matériaux et produits mis en œuvre, exécution correcte du tri des déchets, suivi des filières de traitement.

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