Les « médiors » font de la résistance

C'est un phénomène récent, qui s'est amplifié depuis la crise. Le nombre de travailleurs âgés de plus de 45 ans qui recherchent un emploi via une agence d'intérim ne cesse d’augmenter. Alors qu'ils représentaient 3 % des intérimaires à la fin des années 90, ils sont actuellement quelque 13 %, soit 50 000 personnes. En 2011, 7,5 % de l’ensemble des intérimaires avaient même 50 ans et plus. 

Malgré l'arsenal législatif censé favoriser leur maintien dans l'entreprise, voire leur recrutement, le bilan reste très mitigé. Fort de ce constat, Daddy Dokolo, un entrepreneur bruxellois, a lancé MLD intérim. La première agence intérim spécialisée pour les plus de 45 ans. « En Europe, les aînés sont dévalorisés, mis sur le côté », explique l’administrateur. « Vous essayez de vous réorienter ou de retrouver du travail ? On regarde directement votre âge. Et l’on écarte votre CV, malgré vos compétences. » Et de souligner : « C’est assez frustrant de voir que des personnes hautement qualifiées ne trouvent plus d’embauche et sont obligées de se tourner vers des activités pour lesquelles elles sont surqualifiées. Mon but ici est d'aider les personnes âgées, de valoriser leur professionnalisme auprès des entreprises. »

Sa cible est triple : les cols blancs expérimentés, les candidats bilingues en recherche d'un emploi et, bien sûr, les entreprises clientes. Opérationnelle dès septembre, l’agence rassemble 300 candidats intérimaires. Et compte 320 entreprises intéressées. Parmi elles, certains des plus grands employeurs nationaux ont déjà signé une convention.

« Les entreprises recherchent des profils très spécialisés ou, au contraire, des cadres polyvalents. Et surtout, directement opérationnels. C'est notamment le cas des seniors, appréciés pour leurs compétences managériales, leur expertise technique et leur approche globale. On les retrouve dans les missions de management de transition ou de mentorat », explique Christian Lemaire, responsable de l’agence. Paradoxe : malgré ces compétences, les CV des plus de 45 ans sont régulièrement discriminés. Question d’âge, de stéréotypes et d’une peur des coûts. « Pour les employeurs, l’avantage de l’intérim est de pouvoir profiter d’un personnel efficace et expérimenté, sans le coût du salaire et du licenciement. Pour les seniors, c’est un bon moyen de préserver une activité rémunérée en deuxième partie de carrière. »

S'il n'y a pas de limitation à l'ancienneté des travailleurs (le slogan de l'agence est 79 years for life...), c'est plutôt le facteur santé qui est pris en compte. « Nous opérons une sélection de nos travailleurs sur base d'un certificat médical », explique Daddy Dokolo. « Il faut bien sûr que les gens qui se présentent à nous soient en bonne santé. »

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