Les éclaireurs de l'avenir

L'innovation sauvera-t-elle l'emploi, l'Europe et même la planète ? L'idée est solidement ancrée dans le discours politique et celui des entreprises. Cap sur trois secteurs de pointe, qui créent les emplois du futur.

1. Les écotechnologies : la pensée en « cycles de vie »

Totalement inexistant il y a quelques années, le secteur des entreprises vertes, dit des cleantech, est en pleine croissance partout dans le monde. Particularité : ces entreprises réduisent au maximum l'impact de leurs services ou produits sur l'environnement, tout au long de leur cycle de vie. Un marché dans lequel l'industrie belge s'est engouffrée il y a peu. Dans la foulée du Plan Marshall 2.vert, la Wallonie s’est parée d’un sixième Pôle de compétitivité régional – baptisé Greenwin –, entièrement dédié aux écotechnologies. Depuis, la filière verte a créé un nombre important d’emplois. Dans une évaluation datée de 2010, le bureau fédéral du Plan a chiffré le nombre d’emplois directement liés à l’environnement à près de 77 000 ETP (équivalent temps plein) en Belgique. Sur la dernière décennie, le nombre de postes de travail a augmenté de 40 %. C’est plus que la croissance naturelle de l’emploi. Sur la même période, le nombre d’entreprises et d’organismes actifs dans ce secteur a connu une hausse de 44 % et leur chiffre d’affaires a bondi de 22 %. Les greentechs sont une source de développement économique et de bien-être où l'innovation technologique tient un rôle central. Sans parler des emplois que la filière verte crée chaque année, confie Thierry Castagne, le directeur général d'Agoria pour la Wallonie. Ce marché va bien au-delà des seules « énergies renouvelables ». La plupart des emplois proviennent notamment des entreprises développant les systèmes de réseaux intelligents, le traitement de la pollution des sols ou encore l'amélioration des systèmes de transports. Les énergies renouvelables comptent pour 30 %, le reste concerne notamment l'eau et ses traitements, mais aussi le bâtiment, le bois, le textile, les produits de la mer, la mécanique, l'emballage. Dans la course aux technologies propres, les États-Unis gagnent du terrain. Mais l’Europe n’est pas en reste. En Belgique, des sociétés comme Schneider Electrics ou Tractebel Engeeniring redéfinissent leurs business autour de la pensée en « cycle de vie », ce nouveau baromètre de la performance globale des entreprises. Cette nouvelle façon de produire pour économiser la matière ou l'énergie est déjà en marche. Elle nous fait entrer dans la troisième révolution industrielle, explique Bernard Gilliot, Executive Vice President de Tractebel Engineering. Pour lui, le principal moteur d’innovation, ce sont les villes. À travers leurs plans de durabilité, les villes et les communes sont les premières à chercher l’efficience énergétique. L’impact sur les métiers ? Une nouvelle caste de spécialistes se crée autour du value engineering. Pour nos bureaux d’études, nous embauchons des ingénieurs qui sont capables de se projeter au-delà du simple cahier des charges et d’imaginer des solutions créatives permettant de réaliser à la fois des innovations et des économies. Même approche chez Nexans. Dans le cadre de ses engagements en faveur du développement durable, l’expert mondial de l'industrie du câble cherche à recruter des ingénieurs biberonnés à l’écodesign. Pour nos câbles conducteurs, nous cherchons à utiliser des matières recyclables, capables de réduire les pertes énergétiques, explique Pascal Place, Marketing Manager de Nexans. Nous avons les matériaux, mais peinons à trouver les ingénieurs.

2. Le biomimétisme : s’inspirer du vivant

La nature n'est pas seulement la muse des poètes. Depuis peu, scientifiques, ingénieurs et architectes s’inspirent des modèles façonnés par le vivant pour imaginer de nouvelles générations de matériaux, de bâtisses ou d’instruments. Peinture hydrophobe singeant la feuille de lotus pour empêcher la propagation de bactéries, design calqué sur les plumes dentelées du hibou pour créer des trains silencieux, combinaison de plongée à forte pénétration empruntée à la peau rugueuse des requins, éclairage sans pile à base de « lumière froide » inspirée des lucioles, bâtiment basse consommation construit selon le modèle des termitières... Avec la chimie et l'informatique, la robotique est en tête des sciences les plus avides de certains mécanismes extraordinaires qui peuplent la nature. Pour disséquer le vivant, les biologistes devront apporter leur concours aux chimistes, informaticiens, électroniciens et autres physiciens. Leur Graal ? La photosynthèse : de l'eau, du dioxyde de carbone, du soleil... et, à l'arrivée, une source d'énergie inépuisable.

3. La télémédecine : soigner à distance

Les nouvelles technologies de l'information vont améliorer notre qualité de vie. S'il est un domaine où cela ne fait pas de doute, c'est bien celui de la télémédecine. Équipées de caméras et de tous les appareils électroniques de diagnostic, les ambulances modernes disposent d'un système de navigation GPS qui est relié aux hôpitaux par satellite. Cette technologie embarquée permet d'optimiser la prise en charge et les chances de survie du patient, qui peut être ausculté à distance dans l'ambulance, via une caméra, par un médecin de l'hôpital. À son arrivée, tout sera déjà prêt pour l'intervention. Autrement dit, des pratiques tout à fait innovantes. Les opérations à distance par un spécialiste, à des milliers de kilomètres, sont déjà pratiquées. L'acquisition de données (biomonitoring) est également en train d'éclore. Les solutions de contrôle du diabète via les smartphones, ou les projets de Medtronic dans le domaine de la télésurveillance des patients à domicile via internet (votre pace maker émet en radiofréquence des informations à destination d'une borne internet sur une prise téléphonique de votre appartement) sont autant d'applications qui bouleversent la conception du suivi médical. Et les métiers qui s’y rapportent.

4. Les nanomédicaments : des soins ultra-ciblés

Les nanotechnologies font l’objet d’un véritable engouement de la part de nombreux chercheurs et industriels. À l’échelle du nanomètre, c’est-à-dire du milliardième de mètre, la matière acquiert des propriétés très intéressantes. Ces technologies de l’infiniment petit ont investi notre quotidien : raquettes de tennis, pneus, crème solaire... On les trouve partout. Jusque dans nos assiettes, sous forme de silice. Mais c’est sans doute en médecine que les attentes sont les plus fortes. Des particules d’un milliardième de mètre se déplaçant dans le corps humain pour rechercher des agents infectieux, des cellules cancéreuses, des virus, et les détruire. Voire pour repérer l’ADN ou recréer des tissus. Et agir au cœur de la cellule, de l’organe ou du tissu malades. Et seulement là, ce qui change tout. Ce n’est pas de la science-fiction. Des nanomédicaments sont d'ores et déjà disponibles pour le traitement de cancers, de certaines maladies infectieuses ou pour le diagnostic, tandis que d'autres sont au stade d'études cliniques de phase I, II ou III. Du côté des laboratoires pharmaceutiques, les recherches en nanotechnologies restent marginales alors qu'elles pourraient générer des bénéfices thérapeutiques significatifs et constituer un relais de croissance. Sans nouvelles molécules, que les laboratoires peinent à trouver.

5. Les alicaments : se soigner en mangeant

Des « superfruits » aux vertus antioxydantes et énergisantes, des yaourts pour doper les défenses immunitaires… Les alicaments sont-ils le chaînon manquant entre la nutrition et le médicament ? Secteur en émergence, les alicaments sont ces produits alimentaires industriels transformés, modifiés avec ajouts d'éléments divers qui sont supposés avoir des vertus de prévention, voire curatives pour la santé. Progression de l'obésité, vieillissement de la population, regain d'intérêt des pouvoirs publics pour la prévention sanitaire : porté par ces tendances de fond, le marché des aliments aux vertus médicales attire désormais les plus grands noms de l'agroalimentaire. De Danone à Unilever, les industriels de l'agroalimentaire se remettent à innover au rythme d'avant-crise. Le Groupe Nestlé a choisi de pousser encore plus loin sa démarche, en se dotant d'un institut de recherche dédié aux seuls alicaments. Doté d'un budget de 415 millions d'euros, cet institut affiche un objectif unique : découvrir les produits alimentaires miracles de demain qui s'imposeront dans la grande consommation. Dans le secret de leurs centres de recherche, les géants du secteur affûtent leurs armes. Rien qu'en Europe, les coûts liés à une mauvaise alimentation atteignent 170 milliards d'euros. Et pour la première fois de l'Histoire, notre planète compte plus de personnes en surpoids (1,5 milliard) que de mal nourris (925 millions) d'après la Croix-Rouge. Avec 3 milliards d'humains âgés de plus de 65 ans en 2030, le nombre de malades est en outre appelé à s'accroître et les pouvoirs publics, qui n'arrivent déjà plus à financer leur système de santé, voient d'un très bon œil les multinationales encourager la prévention, qui coûte moins cher que le traitement des maladies déclarées. Un boulevard pour les grands noms du secteur et leurs futures recrues. En Wallonie, certaines sociétés pionnières travaillent sur l'amidon, les microalgues ou les dérivés du lait. Des places sont à prendre. Notamment dans les PME-PMI qui, dans le secteur de l'agroalimentaire, constituent près de 90 % des opérateurs.

 

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