Les attentes irréalistes de la génération Y

Une table ronde était organisée cette semaine entre les experts du marché du travail et  ceux de l'enseignement supérieur. L'invitation émanait du bureau d'intérim Tempo Team, qui présentait les résultats d'une étude commandée auprès d'InSites Consulting(*).

But de la démarche? Tirer des enseignements notamment sur la relation jeunes travailleurs et monde du travail. Nous vous présentons les 3 grandes conclusions de l'étude ainsi que les analyses des divers experts. Des avis souvent tranchés et intéressants.

 

1. L'enseignement doit/peut être mieux adapté au marché du travail

Le constat est sans appel... 73% des employeurs pensent que les starters ont besoin de formations supplémentaires avant de pouvoir être opérationnels. Du côté des jeunes, 42% estiment ne pas avoir (eu) besoin du diplôme pour le travail exercé.

Chantal Wouters (UCL/Directrice du Centre d'information et d'orientation études-professions-emplois)

"Depuis le Traité de Bologne, les choses changent au niveau de l'enseignement supérieur. La moitié des modules de formations sont consacrés à  des stages de longue durée. Il s'agit d'une bonne première expérience du monde du travail. De plus, l'apprentissage selon Bologne oblige l'étudiant à  fournir une production. Il devra collaborer en équipe, gérer son temps et respecter les deadlines. Des valeurs fort présentes dans les entreprises..."

Eric Stiers (Directeur des ressources humaines/Raffinerie tirlemontoise)

"Jamais, avant cet été, la Belgique n'avait connu autant de jobistes. C'est tout de même la preuve que les étudiants se rendent compte qu'il est essentiel pour eux d'avoir un contact concret avec ce monde avant de finir leur cycle. D'accord, la plupart ne termineront pas leur carrière dans l'Horeca... Néanmoins, une certaine responsabilisation et un salaire impliquent des perspectives qu'ils ne retrouvent pas en période de stage."'

Marc De Brakeleer (Directeur Général Tempo team)

"Appelons un chat, un chat! Il faut dire aux jeunes qui démarrent leurs études: cette filière est bouchée! Vous n'aurez aucune chance de trouver un job en sortant. Nous plaidons pour des campagnes de communication qui mettent en avant les métiers en pénurie. C'est dans l'intérêt de tous."

2. Les starters ont des attentes irréalistes et sont mal préparés au marché

Près de 60% des employeurs estiment que les starters/jeunes diplômés ont des attentes utopiques, notamment en matière de salaire. Et, en effet, la moitié des moins de 35 ans interrogés n'est pas satisfaite de ces conditions salariales.

Chantal Wouters

"Nous souhaitons la bienvenue à  la génération de l'enfant-roi devenue adulte... Pour moi, les entreprises ont un rôle éducatif essentiel, une responsabilité sociale. Elles doivent permettre un apprentissage de la réalité. Je suis fâchée lorsque je vois certaines annonces qui sont plus du domaine du marketing que du recrutement. Ces annonces sont trop "bling-bling" et imprécises avec des noms de fonction totalement ésotériques pour le starter..."

Eric Stiers

"Les jeunes veulent tout et tout de suite. Beaucoup de jours de congés, pouvoir travailler à  la maison, ne pas devoir faire de long trajet en voiture, avoir une bonne balance vie privée/vie professionnelle... Je pense que cette nouvelle génération a sans doute vu l'ancienne travailler beaucoup en dehors des heures de bureau. Ils ne veulent pas connaître cela et vivre autrement... Pourquoi pas! Mais les starters doivent sortir de cette attitude "je demande, je demande, je demande"... "

Marc De Brakeleer

"Les jeunes ne savent pas ce que postuler veut dire... Le monde de l'entreprise et de l'enseignement doivent s'unir pour y remédier. Ici, nous devons balayer devant notre porte. C'est vrai que certaines annonces sont présentées de façon trop ronflante. Cela influence le starter qui y voit une fonction importante forcément bien rémunérée."  

 

3. Les starters veulent des changements rapides de fonction (et/ou de contenu), mais ne sont pas plus fexibles pour autant

La mobilité de la jeune génération est très grande. Un jeune sur trois se voit ailleurs dans les 5 années.  La volonté de privilégier un équilibre parfait vie privée/professionnelle démontre une volonté de réaliser moins d'efforts. La génération plus ancienne "se fera davantage mal". Ce qui implique des tensions au boulot.

Chantal Wouters

"Cette génération Y est née de notre société de consommation. C'est aux générations plus anciennes qu'il appartient de faire comprendre que la vie ne peut être abordée selon le principe du "tout tout de suite". Ces jeunes possèdent de nombreux talents et des caractéristiques intéressantes pour les employeurs. Ils sont loyaux, francs, directs, indépendants, en demande de responsabilités et de challenges, capables de gérer une grande masse d'informations en même temps..."

Marc De Brakeleer

"Chez Tempo Team, nous croisons régulièrement ces jeunes qui sont en stage d'attente. Ils sont déjà  fort exigeants et pas toujours prêts à  travailler. Ils préfèrent attendre le bon job... Moi, je leur dis la chose suivante: mieux vaut un job qui ne correspond pas tout de suite aux attentes ou au diplôme que perdre son temps. C'est essentiel dans la perspective d'un second job chez un nouvel employeur. Le signal sera positif: voilà  un jeune qui a accompli quelque chose mais qui maintenant veut passer à  l'étape supérieure..."

Nous reviendrons plus en profondeur sur les statistiques de cette étude.

(*) Sondage avec un échantillon représentatif composé de 401 travailleurs (140 ont plus de 35 ans et 261 moins de 35) et de 205 RH Managers. L'étude fut réalisée au mois d'août 2010.

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