Les (D)RH peuvent être (davantage) acteurs d’un monde en transition(s)

Académie été

« Quelque 120 responsables RH se sont réunis à l’initiative du réseau HR Square pour l’Académie d’été des ressources humaines, à la fin août. Il en est sorti à la fois plusieurs tendances de fond et des engagements. ©D.R.»

Comment, en tant que responsable RH, agir plus proactivement en réponse aux grands enjeux sociétaux ? La question — d’une criante actualité alors que vient de se clore la COP 26 — était au cœur de l’Académie d’été des ressources humaines, à la fin août. Il en est sorti à la fois plusieurs tendances de fond et des engagements.

Quelque 120 responsables RH se sont réunis à l’initiative du réseau HR Square pour explorer les réponses à apporter à l’urgence climatique, au défi d’une croissance plus humainement durable et inclusive ou encore aux nouvelles attentes des travailleurs, encore exacerbées par la crise sanitaire. Au terme de deux jours de travaux, le professeur François Pichault (ULiège/LENTIC), co-président de l’Académie d’été, a pointé sept phrases clés de nature à servir de ‘’GPS’’ aux DRH dans les transition(s).

1.      Travailler la raison d’être de l’entreprise (le ‘’why’’) représente un levier pour la réinventer et y inclure de manière contraignante les enjeux de la transition.

2.      La transition s’inscrit dans le temps long et a forcément une dimension collective. Comme l’a aussi souligné Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, « l’entreprise ne peut plus fonctionner sur le ‘’chacun pour soi’’ ». 

3.      Le qualificatif d’investisseur a été réservé aux apporteurs de capital, mais ceux qui (s’)investissent réellement dans l’entreprise, ce sont les travailleurs. Et les investisseurs en travail sont aujourd’hui les meilleurs alliés de la planète (lire ci-contre).

4.      Donnons une place aux jeunes générations pour interpeller les comités de direction sur la cohérence de leurs choix stratégiques.

5.      L’ ‘’économie du care’’ représente un vrai changement de paradigme dans nos représentations de l’entreprise (lire ci-contre).

6.      La période actuelle de management hybride est une formidable opportunité d’apprentissage et de transformation pour les organisations.

7.      Repenser les processus de gestion de la performance peut aider à concrétiser les engagements de l’entreprise à l’égard de la planète, comme à celui de ses parties prenantes.

         

Christophe Lo Giudice

(HR Square)  

INFO :

Compte-rendu complet de l’Académie d’été des ressources humaines dans le magazine HR Square n°43.

Pour en savoir plus : www.hrsquare.be/fr/revue

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« Un leader nest plus nécessairement quelquun qui a réponse à tout »

Remplacer l'humain

Publié aux Éditions Vuibert, 2019

« Avant la pandémie, il n’était pas habituel de se saluer en concluant par ‘’Prenez soin de vous’’. Aujourd’hui, c’est devenu banal, y compris en entreprise », note Benoît Meyronin (Grenoble École de Management/Korus). La crise sanitaire a donné au ‘’prendre soin’’ sa légitimité. « L’éthique du Care pose comme principe que l’être humain est vulnérable. Or, parler de vulnérabilité en entreprise ne se faisait pas. On y a longtemps considéré que l’humain — a fortiori le cadre ; plus encore, le dirigeant — était un être omniscient, omnipotent, ayant réponse à tout, avec une posture somme toute très masculine. » Le constat est interpellant : tous les mots permettant de définir clairement et simplement ce qu’est l’éthique du Care se sont révélés être les mots de la pandémie : la vulnérabilité, mais aussi l’interdépendance, l’écoute, le besoin de reconnaissance, celui de se sentir utile, la réhabilitation du pouvoir d’agir, etc. « La crise sanitaire a été un électrochoc et elle constitue l’occasion à ne pas manquer de changer nos représentations. Donnons-nous le droit de parler en entreprise de nos émotions, de fragilité, du fait que ne pas avoir tout de suite les réponses n’est pas un drame, de l’importance d’oser (quitte à se tromper), d’oser être soi-même aussi… »   

Benoit Meyronin

Benoît Meyronin (Grenoble École de Management/Korus)

« En entreprise, on ne parle pas de vulnérabilité. On parle très peu des émotions. La crise sanitaire nous a donné le droit d’en parler. ©D.R.»

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« Celui qui investit réellement dans l’entreprise, c’est le travailleur »

Manifeste Travail

Publié aux Éditions du Seuil, 2020 

Pour Isabelle Ferreras (FNRS, UCLouvain, Harvard), le fait que ce sont les travailleurs — et souvent les plus déconsidérés par la société — qui ont porté les entreprises pendant le premier confinement révèle l’urgence de ne plus les voir comme des ‘’ressources’’, même qualifiées d’humaines. C’est en plein confinement qu’avec deux collègues, Julie Battilana (Harvard) et Dominique Méda (Paris-Dauphine), elle a publié une tribune dans Le Monde, signée depuis par 6.700 chercheur.euse.s du monde entier. Dans la foulée, elles ont publié Le Manifeste Travail, un livre qui appelle à un nouveau partage du pouvoir au sein des entreprises et à la démarchandisation du travail, conditions d’une véritable transition écologique. « Ce sont les entreprises gouvernées démocratiquement qui seront prêtes pour mener la transition écologique, celles dans lesquelles aussi bien les apporteurs de capital que les investisseurs en travail pourront faire entendre leurs voix et décider de concert des stratégies à mettre en oeuvre. »   

Isabelle Ferreras

Isabelle Ferreras : « On a réservé le terme d’investisseurs à ceux qui ne le méritent pas. Les investisseurs par excellence de nos organisations sont les investisseurs en travail.  ©D.R.»

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L’urgence climatique, c’est aussi l’affaire des (D)RH !

L'urgence climatique

“Atelier sur les grands défis sociétaux co-animé par Marie Delvaulx (The Shift) et Amélie Fonteyn (Lapperre). ©D.R.”

Quel rôle peuvent/doivent jouer les RH face à l’urgence climatique ? À cette question, les quelque 120 responsables RH de l’Académie d’été auraient pu répondre : aucun.

Après tout, l’enjeu peut sembler éloigné des rôles classiques dévolus à la fonction : gestionnaire du personnel, partenaire du business, relai des enjeux humains de l’entreprise et agent du changement. Mais être agent du changement, c’est aussi se positionner sur les grands défis sociétaux, comme l’a souligné l’atelier co-animé par Marie Delvaulx (The Shift) et Amélie Fonteyn (Lapperre). Avec, à la clé, quelques recommandations : la définition d’une mission et de valeurs d’entreprise qui intègrent les enjeux environnementaux, le soutien à la direction pour garantir une cohérence entre ce que communique l’organisation en externe sur le développement durable et ce qui vit en interne, l’évolution des politiques de rémunération et de reconnaissance à l’aune de l’enjeu climatique, la sensibilisation et le développement des compétences sur le sujet… Étienne Maclouf (Paris 2 Panthéon Assas) encourage à laisser l’initiative aux collaborateurs pour générer des projets ‘’hors cadre’’, mais en leur donnant des marges de manœuvre et des moyens d’action. « Les personnes au travail ont des compétences, de l’expérience, une éthique, des idées… Redonnons-leur le pouvoir d’agir. » Une démarche suivie avec succès chez IBA qui a ensuite misé sur la certification B Corp (octroyée aux entreprises se fixant des objectifs environnementaux et sociaux) pour accélérer le changement et se placer dans l’amélioration continue.       

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