Les Dieux sont tombés sur la tête

Au travail, les confessions se mélangent. Sans crises de foi. Mais quand vient l’heure des fêtes, le calendrier religieux peut virer au casse-tête. Comment organiser le travail en période de ramadan ? Peut-on prendre congé pour Hanoukka plutôt que Noël ? Sans cadre légal, les employeurs font les "flous".

Actuellement, dix jours fériés légaux sont prévus en Belgique. Dix jours où l'on compte une majorité de fêtes religieuses catholiques, comme la Toussaint, le lundi de Pâques ou la Noël. Des jours qui ne sont pas fêtés par tous les travailleurs.

Pour le moment, il n'y aucun cadre légal qui prévoit pour ces travailleurs de pouvoir prendre congé lors d'autres fêtes religieuses.

D'ailleurs, l'employeur n'est pas obligé de prévoir des dispositions particulières. Néanmoins, des mesures sont prises dans les entreprises, notamment pour les travailleurs de confession musulmane, lors du ramadan où ces travailleurs ne peuvent ni boire ni manger du matin jusqu'au soir. C'est le cas au sein du groupe Colruyt où l'entreprise permet depuis plusieurs années aux travailleurs d'adapter leur temps de travail, avec la possibilité de rentrer plus tôt.

Notre volonté, c'est de favoriser l'égalité entre nos employés et de permettre à chacun de prendre congé selon ses convictions religieuses. C'est le cas pour le ramadan, mais aussi pour les fêtes de Noël où nos employés peuvent adapter leur temps de travail. En général, les périodes de fête sont toujours des périodes où il y a une forte demande de congés de la part des travailleurs, explique Jan Derom, porte-parole du groupe Colruyt. Concrètement, si un travailleur doit s'absenter pour une fête religieuse, il peut changer son horaire avec un de ses collègues. Cela se fait au cas par cas au sein de l'équipe d'un magasin. Souvent, ça ne pose aucune difficulté et ça fonctionne depuis plusieurs années, sans qu'on ait imposé une règle générale pour l'ensemble de nos 25 000 collaborateurs. 

Colruyt n'est pas la seule entreprise à prendre des dispositions en matière de fêtes religieuses. À la STIB, une solution pragmatique a été trouvée pour permettre à chacun de prendre congé selon ses convictions religieuses : le chef d'équipe demande aux travailleurs de confession musulmane de venir travailler pendant les congés de Noël et de Nouvel An tandis que les autres travailleurs font la même chose pour la fête du mouton. Qu'importe la fête religieuse, on s'arrange pour que le service soit assuré. En général, les conducteurs s'arrangent entre eux selon leurs convictions pour que chacun puisse prendre congé, indique Gaétane Verwilghen, porte-parole à la STIB. Que ce soit pour la fête du mouton ou Noël, on a toujours eu assez de conducteurs pour assurer le service. Pour le moment, on n'a jamais rencontré de problème pour répondre à toutes les demandes de congés religieux. Mais cela reste un accord tacite entre eux, au sein des équipes des conducteurs. Il n'y a aucune règle générale à ce sujet. 

Des accommodements raisonnables dans les entreprises

Que ce soit à la STIB ou chez Colruyt, un constat s'impose : il y a peu de situations conflictuelles dans le cadre professionnel lié à la pratique religieuse. Les aspects religieux sont très peu abordés par les employeurs, admet Ronny Baert chez Partena HR. Ceci dit, nous avons été interpellés par des clients au sujet des fêtes religieuses. Concrètement, il y a deux aspects à prendre en compte : d'abord, le fait de respecter les convictions des travailleurs, et donc de leur permettre de s'absenter lors d'une fête religieuse. Mais se pose alors un problème organisationnel, car toutes les fêtes religieuses ne sont pas fériées et  correspondent à des jours d'activité pour l'entreprise. Pour l'entreprise, il s'agit donc de miser sur l'anticipation pour qu'elle puisse s'organiser et permettre aux travailleurs de s'absenter à l'occasion d'une fête religieuse. Ce qui, en termes de motivation pour le travailleur, n'est pas négligeable.

Selon Édouard Delruelle, directeur du Centre pour l'égalité des chances, il y a dans de nombreuses entreprises belges des accommodements raisonnables qui permettent aux minorités religieuses de prendre des congés en dehors des jours fériés légaux. Chacun essaie de trouver des arrangements, tant l'entreprise que les employés. Ces accommodements concernent surtout les travailleurs de confession musulmane. Ça reste informel, sans passer par un comité d'entreprise et sans être fixé dans un document. Mais ça permet aux employés de vivre leur religion au travail, conformément aux lois antidiscrimination. 

La fin des congés religieux ?

Les entreprises fonctionnent donc au cas par cas, en fonction des demandes. D'où la proposition de revoir le calendrier des jours fériés légaux actuels. D'ailleurs, depuis 2010, une proposition a été mise sur la table dans le cadre des Assises de l'interculturalité. Concrètement, sur les dix jours de congé légaux, cinq pourraient disparaître. Ces cinq jours seraient remplacés par trois jours de congé non religieux et communs à tous, ainsi que deux autres jours « flottants » que chacun pourrait prendre à sa guise. Mais cette recommandation n'a jamais été concrétisée, faute d'accord.

Pierre Jassogne

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