Passer au contenu principal

Les entreprises s’adaptent pour retenir leurs recrues

Date de publication: 2 nov. 2021
Catégorie:

Fédération des entreprises de Belgique

Pour les jeunes en quête d’expérience et de progression, plus question de passer sa carrière dans la même boîte.

Mon grand-père a passé sa vie dans la même compagnie, alors que mon frère de 35 ans a changé 4 ou 5 fois », s’amuse Baptiste, 25 ans, contrôleur de gestion. « Il n’y a plus cette question de loyauté envers une boîte qui t’a donné une chance. C’est donnant-donnant : tu prends de l’expérience et, en échange, tu te donnes à 100 %, mais tu es moins redevable que des générations passées. »

Que ce soit pour gravir les échelons à la vitesse grand V, explorer des opportunités ou mener ses propres projets, les jeunes générations claquent la porte du bureau plus facilement. Ainsi, selon une enquête de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), 33 % des jeunes comptent rester 5 ans maximum chez le même employeur. Un défi pour les entreprises qui redoublent d’imagination pour les retenir.

« Career nomad » avec un brin d’impatience

Après deux ans de volontariat international en entreprises, Baptiste décroche un CDI au sein de sa boîte. Un sésame dont il pourrait pourtant se séparer pour de nouveaux défis professionnels : « Ne pas bouger pendant trois ans me donnerait l’impression de stagner. Je suis au début de mon expérience professionnelle, et c’est le moment de booster les choses. »

« Changer peut te permettre de monter en grade, car selon les grilles salariales, on considère que tant que tu n’as pas passé cinq ans dans la même case, tu ne montes pas », estime à son tour Gilles, 28 ans, ingénieur. « Les jeunes veulent que les choses aillent plus vite. Mais c’est normal, c’est le trend of time : on n’attend plus tous les bénéfices pour la fin de carrière », philosophe Jan Heyvaert, Human Resources & Sustainability Officer chez AG Insurance.

Au-delà de la progression, multiplier les expériences permettrait finalement de trouver chaussure à son pied. « Le métier en soi, l’environnement de travail, tes heures de boulot… Tout ça, tu le découvres petit à petit. Et donc tu fais essai, erreur, essai, erreur, jusqu’à ce que ça colle », résume Gilles. « Il y a toujours des jeunes avec lesquels il y a un décalage dans les attentes, que ce soit au niveau de l’entreprise ou du secteur, et qui changent après trois ans », admet Jan Heyvaert.

L’appel de l’aventure

La tentation d’expériences nouvelles, professionnelles ou personnelles, pousse aussi les jeunes vers la sortie. Si la démarche est en rupture avec une conception traditionnelle de la carrière, privilégiant continuité et sécurité, les entreprises prennent déjà le pli.

Ainsi, Gilles compte mettre son contrat entre parenthèses pour réaliser un voyage en Amérique latine. « Le plan de partir était là avant. C’est tombé sur eux, mais ça aurait été le cas avec n’importe quelle entreprise. » Il est soutenu par sa supérieure ; celle-ci lui conseille même des formations à suivre pour se rendre indispensable et trouver une porte ouverte à son retour. L’objectif : encourager les projets personnels temporaires pour retenir les ressources humaines sur des temps longs.

D’autres se laissent tenter par l’aventure entrepreneuriale. Selon l’étude de la FEB, 54 % des jeunes interrogés aimeraient créer leur entreprise un jour. « Tout le monde connaît les histoires des petits qui sont devenus Apple. Ils veulent faire la même chose et je les comprends. Si j’étais jeune, j’aurais le même rêve. Mais les opportunités existent aussi au sein des entreprises, beaucoup plus que dans le monde des indépendants où il est difficile de faire la différence », estime Jan Heyvaert.

Il encourage notamment l’intrapreneuriat, un système qui permet à l’employé d’agir comme un entrepreneur au sein d’une entreprise qui lui fournit des ressources, y compris financières : « On a les produits, les clients, les connaissances. C’est comme un travail d’indépendant, mais avec un impact énorme. » Le tout en ayant l’immense avantage d’être un levier de croissance pour l’entreprise. Win win ?

Originalité et convivialité, clés du succès ?

Forts de leur facilité à partir, les jeunes pousses du marché de l’emploi s’engagent aussi plus facilement dans le bras de fer des négociations. Et ce, d’autant plus s’ils exercent un métier en pénurie.

« Les entreprises s’arrachent les profils techniques dans l’informatique, c’est un des plus gros défis de l’équipe de recrutement », confie Barbara Pirrera, Talent Acquisition Officer chez Odoo, éditeur de logiciels de gestion d’entreprises et licorne wallonne. Alors, face à la compétition féroce, l’originalité est de mise : « On distribue des casse-tête à des profils potentiels, dans lesquels ils trouvent une invitation à postuler. On propose aussi un welcome bonus. On s’est dit que travailler avec des agences de recrutement nous aurait coûté de l’argent. Alors, pourquoi ne pas donner cet argent directement aux candidats ? »

Une fois attirés, Odoo peine toutefois moins à retenir ses membres. Pour Barbara Pirrera, le secret de la fidélisation reposerait sur l’univers start-up, où travail s’associe à cours de yoga et afterworks, le tout dans une ambiance dynamique et collaborative. « On veut maintenir cet esprit de grande famille. Le travail ne doit pas être une charge, mais une manière de vivre intégrée au quotidien de l’employé. »