Les ex-salariés : un atout pour l’entreprise ?

Publié : lundi 22 janvier 2018

Entre vous, c’est fini mais, soyons honnêtes, il y a eu de bons moments. D’ailleurs, vous êtes restés en excellents termes : ça peut toujours servir. Au travail comme en amour, ceux qui savent chouchouter leurs ex sont souvent payés en retour. Les entreprises l’ont bien compris.

relations ex salariés

Pendant six ans, Lucas a travaillé dans une société de production multimédia. Aujourd’hui à  son compte, il vend des prestations à  son ancien employeur... devenu son client. Une situation que les deux parties avaient anticipée dès le départ. Les projets de la société ne me convenaient plus, j’en avais fait le tour et je me sentais prêt à  voler de mes propres ailes. On ne peut pas dire que ma démission a été accueillie avec enthousiasme, mais j’ai tout de suite senti que mon patron voulait garder de bonnes relations avec moi. Parce que dans ce genre de milieu, on est forcément amenés à  se recroiser, explique le jeune indépendant. Comme beaucoup de travailleurs qui gravitent dans le milieu des médias, de la publicité mais aussi de l’informatique, de la finance ou de la consultance, Lucas sait que rester en bons termes avec ses ex-employeurs n’est pas un luxe, mais une nécessité. Aujourd’hui, une réputation est aussi facile à  faire qu’à  défaire. Je n’ai jamais critiqué mon ex-employeur et celui-ci me le rend bien puisqu’il a même rédigé une « recommandation » sur mon profil LinkedIn.

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À l’heure des réseaux sociaux, la rupture définitive est d’ailleurs en passe de devenir une impossibilité. Chacun peut en effet s’informer à  tout moment de ce que deviennent ses ex-employés ou ses ex-collègues. Il n’est donc pas tout à  fait inutile d’anticiper ce phénomène en entretenant ces relations de manière proactive. Ces formes de réseaux existent depuis longtemps dans ces secteurs où le turn-over est habituel et pas nécessairement perçu comme négatif, explique Marc Zune, sociologue à  l’UCL. Contrairement à  des secteurs comme l’automobile par exemple, où passer chez un autre employeur peut être perçu comme une véritable trahison, ces entreprises ont intérêt à  garder un lien avec l’ex-salarié. Le cas classique, c’est l’informaticien qui commence dans une société de consulting et puis qui devient salarié d’une grande banque. L’entreprise de consulting a tout intérêt à  garder le contact puisque cette personne va devoir piloter des projets pour lesquels elle aura besoin de consultants ! Dans ce cadre, les réseaux sociaux vont venir appuyer cette dynamique sectorielle déjà  ancienne.

La force des liens faibles

Dans ces secteurs, maintenir le lien avec ses ex se fera donc souvent de manière très naturelle. Dans la finance ou les médias, les gens ont de fréquentes occasions de se rencontrer par l’exercice même de leurs activités, note Marc Zune. La force des liens faibles va alors entrer en jeu. Comme lorsqu’on recroise un ami que l’on n’a plus vu depuis des années, mais qu’il suffit de « réchauffer » un peu ce lien pour qu’on ait l’impression de s’être quittés hier. Les liens faibles sont des liens sociaux qui peuvent être facilement réactivés. Mais certaines entreprises peuvent aussi encourager ces échanges avec – et entre – leurs anciens salariés en les conviant aux fêtes d’entreprises, aux portes ouvertes, à  des déjeuners et autres journées d’information. C’est en général le cas lorsque la culture d’entreprise est très forte, lorsqu’elle mobilise des valeurs et revendique une forme de responsabilité sociale vis-à -vis de ses salariés. Ces mêmes entreprises – souvent des multinationales – voient même parfois se développer de véritables réseaux d’ex-salariés, organisés à  la manière de « clubs », comme chez Thomson, Danone ou L’Oréal. De la même manière qu’un enfant quitte un jour le giron familial tout en continuant à  faire partie de la famille, il y a cette idée que celui qui est passé par cette entreprise gardera toujours un lien privilégié avec elle, commente Marc Zune.

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D’un point de vue commercial, on mesure évidemment tout l’intérêt qu’il y a pour l’employeur à  ce que l’ex-salarié garde la « foi » en l’entreprise, par exemple en restant client de la marque ou en continuant de répandre la bonne parole sur la qualité des produits ou des services fournis. C’est pourquoi de plus en plus d’entreprises, aux États-Unis mais désormais aussi en Europe, vont jusqu’à  initier la mise en place de ces réseaux. L’entreprise cherche alors à  gérer le risque en termes d’image, analyse Marc Zune. Car si les anciens salariés essaient de garder le lien entre eux et ont par ailleurs une visibilité sur les réseaux sociaux, le réseau devient une forme de menace, notamment en cas de rupture conflictuelle ou de licenciement collectif. Aujourd’hui, cela devient une réelle préoccupation pour les entreprises qui cherchent à  anticiper pour garder la main sur le processus. Comme un patriarche présidant aux réunions de famille, l’entreprise fournira ainsi la salle et les petits fours, dans l’espoir que cette démarche force le respect.

 

La force des liens faibles

La force des liens faibles a été décrite par le sociologue américain Mark Granovetter. Un lien faible est un lien qui attache un individu à  une connaissance éloignée, un « ami d'ami ». Ce lien est faible parce qu’il suppose moins d’intimité, d’émotion et qu’il n’est pas entretenu par la fréquence des rencontres. Mais d'un point de vue structurel, ce lien favorise davantage l’interaction qu'un lien fort : avec quelqu’un qu’on ne voit pas souvent, on échange davantage de faits, d’informations, de noms. On peut donc supposer que ces liens faibles sont les plus « utiles » en termes de carrière.

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LinkedIn

Lancé en 2003 par Reid Hoffman et Allen Blue à  Mountain View, en Californie, LinkedIn s’est imposé comme le réseau professionnel numéro un dans le monde, avec plus de 120 millions de membres répartis dans plus de 200 pays. Aujourd’hui, le taux de pénétration de LinkedIn en Belgique est l’un des plus élevés au monde, avec plus de 12 % de la population belge inscrite sur le réseau et un taux d’activité particulièrement élevé.

Cellules de reconversion

Nées au milieu des années 70, les cellules de reconversion accompagnent les grandes restructurations d’entreprises dans les secteurs traditionnels wallons. Elles mettent en place des mesures d’accompagnement pour les travailleurs touchés par des licenciements collectifs dus à  des restructurations, fermetures ou faillites d’entreprises. Elles constituent une autre forme de « réseau » d’ex-salariés, mise en place par les pouvoirs publics.

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