Les Hauts Talents sur la pointe des pieds

Bien que très qualifiées, certaines personnes ne parviennent plus à trouver de travail. Parce que les entreprises deviennent très exigeantes, parce que leur démarche n’est parfois plus en phase avec le marché du travail. Une situation complexe. Mais pour s’en sortir, des pistes existent…                                       

Cherchez l’erreur : alors que les employeurs ne cessent de répéter qu’ils peinent à dénicher des perles rares ultra-qualifiées, certains candidats possédant un CV à faire pâlir d’envie les jeunes diplômés ne parviennent pas à décrocher un job. Bienvenue dans l’ère du talent mismatch, un phénomène assez neuf, selon Kathleen Schurmans, directrice IT chez Experis (Groupe Manpower). Il y a toujours eu des gens très spécialisés sur le marché du travail mais, avant, ils trouvaient beaucoup plus facilement du boulot. Avant. Comprenez : avant la crise. Avant que l’heure soit davantage aux licenciements qu’à l’embauche, complète Michel Fouarge, Partner chez Randstad Interim Management. Désormais, rester un an, voire plus, au chômage n’a rien de surprenant.

Ces profils hautement qualifiés sont généralement actifs dans les secteurs de la finance, l’informatique, le management, l’engineering… Impossible d’évaluer leur nombre. Tout au plus sait-on que les diplômés du supérieur représentent 13,5 % du nombre total d’inscrits au Forem.

Non seulement, les firmes recherchent plus que jamais le « mouton à cinq pattes », pointe Doriane Routiaux, consultante chez ProSelect. Mais elles ont parfois des exigences si élevées que cela en devient un mouton à douze pattes !, sourit Jean-François Van Humbeeck, consultant chez DIP (SD Worx). Si le poste est toujours vacant après plusieurs semaines, la difficulté est de les convaincre de faire du job crafting, de redessiner la fonction selon les profils disponibles sur le marché. 

Une démarche assez neuve, qui peinerait à convaincre les entreprises. D’autant que celles-ci résonnent encore selon certaines idées reçues liées à l’âge et au salaire, note Michel Fouarge. Or, à 45 ans, on est seulement à la moitié de sa carrière et beaucoup de candidats sont prêts à accepter de gagner moins qu’auparavant. 

C’est là que le bât blesse : si les employés potentiels sont prêts à revoir leurs exigences à la baisse, tant du point de vue salarial qu’au niveau de la hiérarchie du poste visé, les employeurs trouvent cela suspect. Ils pensent que la personne va finir par s’ennuyer ou demander à être augmentée, constate Kathleen Schurmans.

Les surqualifiés, de leur côté, seraient parfois trop enfermés dans leur spécialisation, selon Doriane Routiaux, et se fermeraient d’emblée certaines portes. Certains ne sont peut-être pas bien renseignés sur les nouvelles méthodes de recherche (sites spécialisés, médias sociaux…) et ne rencontrent dès lors pas l’offre, ajoute Jean-François Van Humbeeck.

Selon ces spécialistes RH, même si le chemin devient parfois long, l’emploi serait toujours à la clé. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire, il ne faut pas se décourager, affirme Michel Fouarge. Car un recruteur qui perçoit que la personne est démotivée, ce n’est jamais positif. 

 

Trois experts, trois conseils

Doriane Routiaux, ProSelect 

"Garder l’esprit ouvert. Ce n’est pas parce que l’on est spécialisé dans un secteur que l’on ne peut pas se diriger vers un autre, en entamant par exemple des formations supplémentaires."

Jean-François Van Humbeeck, DIP

"Ne pas rester seul, confronter son approche au regard de professionnels. Demander un feed-back honnête à des proches, voire à des recruteurs, sur son CV, sa présentation, etc."

Michel Fouarge, Randstad Interim Management

"Se demander si l’on a suffisamment élargi son « scope ». Ne pas oublier l’importance du carnet d’adresses."

 

« Je suis une anomalie sur le marché de l’emploi »

Lorsqu’il aura terminé d’envoyer toutes ses candidatures spontanées, Benoît Rasson aura expédié trois cents lettres au total. Je me suis fourni une liste de sociétés et je suis occupé à leur transmettre mon CV. Les réponses ne se bousculent pourtant pas dans sa boîte mail.

"Il y a un peu plus d’un an, lorsqu’il est devenu chercheur d’emploi, ses conseillers au Forem n’avaient aucun doute quant à son avenir. On me disait : « avec un tel parcours, vous n’aurez pas de problème pour retrouver un job ». Benoît Rasson, 42 ans, a pourtant désormais l’impression d’être une anomalie sur le marché du travail. Son expérience de directeur général financier ne lui ouvre pour l’instant aucune porte.

J’ai dirigé deux sociétés pendant un an et demi. Puis les actionnaires ont vendu et mon poste est passé à la trappe. Au départ, il tente de décrocher un boulot susceptible de lui offrir le même package salarial. J’ai compris que je devais viser moins haut. Aujourd’hui, pour schématiser, j’accepterais un salaire de « 100 », alors qu’avant j’étais à « 150 ».

Le problème, poursuit-il, c’est que la fonction pour laquelle je postule n’est pas très demandée en temps de crise. Quand un poste se libère, cinquante personnes se présentent… Difficile de faire la différence. D’autant que les entreprises sont assez rigides : si on ne correspond pas en tous points au profil, on vous écarte de suite. Puis, beaucoup de contacts se font par mail et on n’a pas l’occasion de se défendre. Postuler à un autre poste, moins élevé dans la hiérarchie ? On me répond que je vais finir par m’ennuyer ou par partir… 

Reste à écumer les sites d’emploi, se tenir au courant des opportunités via le bouche à oreille. Et à rencontrer les recruteurs aux bourses d’emploi. Solliciter des chasseurs de têtes ? J’y pense. Comme à créer ma boîte de consultance. Jusqu’à présent, j’ai manqué de chance. Mais elle va bien finir par me sourire ! "

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