Les jeunes, des employés plus exigeants

Selon une enquête de la Fédération des entreprises de Belgique, le salaire ne suffit plus : les jeunes aspirent à un emploi stimulant, à plus de flexibilité, et à s’identifier aux valeurs de leur entreprise.

Diplômée d’économie, Serafina, 26 ans, ne souhaitait pas devenir la ‘‘souffre-douleur d’un manager’’, ni suivre un des parcours traditionnels plébiscités par sa filière. Elle opte alors pour un poste dans le théâtre, proche de ses valeurs. « Le contenu du poste, l’environnement de travail et les valeurs de la structure ont fait pencher la balance. L’aspect financier était secondaire. »

Jeunes diplômés et travailleurs, millenials ou zoomers, ne rêvent plus seulement d’un salaire élevé.

Selon une enquête de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) et AG Insurance, réalisée par iVox, si 45 % des étudiants du supérieur et jeunes travailleurs considèrent le salaire net comme l’un des trois éléments principaux lors du choix d’emploi, seuls 15 % d’entre eux le déclarent comme l’élément principal. Le contenu de l’emploi lui vole la première place, avec 26 % des voix.

Derrière ces chiffres se cache une remise en question de la rémunération comme seul indicateur d’une carrière accomplie. Pour conquérir les jeunes recrues, l’entreprise doit désormais proposer des missions valorisantes, faire preuve de souplesse et défendre des valeurs dans lesquelles ils s’identifient.

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Liesbet Vanderstappen, directrice des ressources humaines chez PwC

De l’importance d’être utile

« Si en rentrant chez toi, tu n’as rien de positif à part un compte en banque bien rempli, alors ça n’a pas beaucoup de sens », tranche Thomas, 28 ans, chercheur dans les énergies vertes. En quête de sens, de défis et de valorisation, l’intérêt pour le métier prime sur le salaire.

« La rémunération doit correspondre à une certaine base », souligne néanmoins Liesbet Vanderstappen, directrice des ressources humaines chez PwC. « Mais là où on peut faire la différence en tant qu’entreprise, c’est sur le type de travail sur l’impact qu’on leur permet d’avoir au niveau des projets qu’ils mènent. »

« On constate une volonté d’apporter une contribution et d’avoir une utilité », analyse Nathalie Mazy, directrice générale de Mercuri Urval. « Et même une confiance dans l’utilité qu’ils ont. Leur faire sentir qu’ils sont jeunes et qu’ils ne savent rien, ça ne marche plus trop, au contraire. Ils s’attendent à une reconnaissance presque dès le premier jour de leur prise de fonctions. »

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Nathalie Mazy, directrice générale de Mercuri Urval

La flexibilité, un gage de confiance

Autre atout pour assurer sa place dans le coeur des jeunes : la souplesse, aussi bien sur les heures que sur le lieu de travail. Selon la FEB, 75 % des jeunes attendent de la flexibilité sur les horaires et 60 % déclarent vouloir télétravailler si leur emploi le permet, avec une préférence (69 %) pour un modèle hybride.

Une vision que partage Liesbet Vanderstappen : la flexibilité, c’est le new way of working, et le télétravail était déjà en place avant la crise sanitaire chez PwC. « Au sein de nos nouveaux locaux, les employés pourront se réunir dans des salles équipées de grands écrans pour ceux qui sont à distance », s’enthousiasme Bart Van den Bussche, directeur Belgique. « L’idée est de changer l’esprit du bureau : on s’y rend avant tout pour échanger avec les collègues. »

Jonglant entre travail de jour et représentations nocturnes, Serafina n’a pas d’horaires figés. « Mais je peux fixer mes limites et je suis libre de gérer mon temps. Je n’ai pas envie de faire 50 heures semaine seulement parce que tout le monde le fait. » Idem pour le télétravail. « Si une ‘‘boîte’’ interdit clairement le télétravail et sauf si le boulot est impossible à réaliser à distance, ça me fera réfléchir sur le sens du management. Ça fait un peu flic », estime Baptiste, 25 ans, contrôleur de gestion.

« Derrière le télétravail, il y a la notion de confiance et le mythe selon lequel celui qui n’est pas contrôlé par son chef travaillera moins. Or ces modèles sclérosés ne marchent plus », constate Nathalie Mazy. « On veut rejoindre une culture d’entreprise agile, flexible, mouvante. On n’est plus dans la complexité pour la complexité, avec des niveaux hiérarchiques rigides. »

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Bart Van den Bussche, directeur Belgique

Les valeurs sous le feu des projecteurs

Selon la FEB, 84 % des employeurs jugent que l’environnement et les enjeux de société sont intégrés dans les valeurs de leur entreprise.

Pourtant 50 % des jeunes les appellent à prendre davantage le lead dans ces domaines. « Ils veulent rejoindre une entreprise qui n’est pas destructrice de la planète et qui défend une vision. C’était un aspect moins décisif avant », confirme Nathalie Mazy.

« L’impact qu’on a en tant qu’employeur est un point sur lequel les jeunes sont très vocaux », poursuit Liesbet Vanderstappen. « Ils nous demandent des actions en matière d’écologie ou de diversité mais aussi de la transparence sur nos progrès et sur la réalité. »

Gare ainsi aux tentatives de maquillage, mises à mal par une courte recherche sur internet. « Les gens se rendent compte des vraies valeurs derrière une entreprise.

Ils se font moins avoir par le green, social ou tout-washing », signale Serafina.

Pour Nathalie Mazy, les entreprises doivent miser sur l’authenticité. « Pour attirer les jeunes, elles doivent travailler leur message et leur dire comment eux contribuent à un monde meilleur et pourquoi ils devraient venir chez eux en tant qu’employeur. »

Hélène SEYNAEVE

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