Les jeunes : la force et le privilège du long terme

Rédigé par: Thierry Fiorilli
Date de publication: 6 déc. 2023

Parmi les orateurs/trices et participant(e)s aux deux jours de sommet, les jeunes n’étaient pas les moins nombreux/ses. Logique, dès lors que le but de l’événement était de croiser les pratiques et les approches du bien-être individuel et collectif, et que la mobilisation pour sauver la planète est largement incarnée par les moins de 30 ans.

Un rapport de Sciensano, l’Institut belge de Santé, rappelait en septembre que «la prévalence des troubles anxieux et dépressifs est plus élevée chez les 18-29 ans (20% et 17%) que chez les 65ans ou plus (7% et 6%)».

Logique aussi que soit présente, malgré son blocus – elle suit un master en politiques et gouvernance européennes au Collège d’Europe, à Bruges –, Adélaïde Charlier (23 ans), cofondatrice en Belgique du mouvement Youth for Climate et l’une des figures des grèves scolaires et marches pour le climat en 2018. «Ce qui était vraiment fort au Summit», témoigne-t-elle, «c’est qu’entre jeunes, on a tout de suite trouvé une conscience de groupe pour partager ce qu’on ressentait. Quand j’ai abordé les raisons pour lesquelles je me suis engagée dans des causes environnementales et sociales, je l’ai fait comme tous l’ont fait: avec nos tripes, notre cœur et nos émotions. Je pense que c’est ça qui nous permet de continuer sur le long terme, plus que des faits scientifiques ou des rapports, essentiels mais qui ne nous touchent peut-être pas au plus profond. Chacun(e) a vraiment partagé son histoire.»

Et son trajet aussi, puisqu’«on a parlé des liens entre les luttes sociales et environnementales, de ce qui nous a permis de comprendre pourquoi on est parfois touché(e)s plutôt par un aspect social qui nous mène vers l’environnement, parce que c’est lié, ou inversement. Moi, ça a plutôt été l’inverse. Outre que, quand j’analyse le début de mon activisme, je comprends que ce ne sont pas forcément les faits qui l’ont déclenché, mais les rencontres, l’entourage. Je pense que c’est à partir du moment où on se sent appartenir à un groupe, à une communauté qu’on s’engage. Et c’est cette inclusion qui permet de contribuer de manière active, sur la longueur, au changement qu’on veut voir advenir. D’autres construisent et renforcent leur activisme sur la base d’une relation plutôt avec la nature, mais c’est le même processus.»

Cette nécessité relationnelle, Shadille Estepan (30 ans), de la Born This Way Foundation, créée par Lady Gaga pour encourager l’individu dans l’expression et l’affirmation de soi, la confirme: «On doit ressentir cette appartenance à une communauté pour pouvoir changer les choses: on comprend alors que le courage, la bonté, l’empathie sont des pratiques auxquelles on peut s’entraîner et qui sont communicatives. Pour les jeunes, c’est essentiel. Ils/elles doivent voir que ces pratiques sont institutionnalisées.» Et admettre que «nous ne constaterons pas de notre vivant l’impact de nos engagements. Alors que les générations précédentes sont guidées par le résultat immédiat, le bénéfice à court terme, nous, les effets de nos actions, pour la planète et les gens, on ne les verra pas. Et on doit le considérer comme un privilège: faire quelque chose de bien et qui nous dépasse.»

Adélaïde Charlier [square]   Shadille Estepan [square]
Adélaïde Charlier (23 ans), cofondatrice en Belgique du mouvement Youth for Climate et l’une des figures des grèves scolaires et marches pour le climat en 2018 et Shadille Estepan (30 ans), de la Born This Way Foundation.