Les jeunes travailleurs, toujours plus exposés au burn-out

Publié : mercredi 15 juin 2016

Quelles sont les priorités des jeunes travailleurs au moment de signer leur contrat ? Pour 92 % d’entre eux, il s’agit de l’argent selon une étude de Manpower. 87 % mentionnent la sécurité de l’emploi. Et il faut attendre la troisième position de ce classement pour trouver un critère lié au bien-être, celui des jours de congé.

Comme la plupart de jeunes de sa génération, Chloé (prénom d’emprunt) s’est concentrée sur des critères liés à sa réussite professionnelle au moment d’entamer son premier emploi. A 24 ans, cette ingénieure de formation est entrée dans le milieu très masculin de l’industrie lourde. Comme arme pour s’y imposer, en tant que jeune femme, elle a choisi le zèle. Et c’est à coup de journées de 10 à 12 heures qu’elle a démonté, un à un, les idées reçues de ses collègues masculins. Mais après deux ans de travail acharné, la jeune femme est à bout et fait un burn-out. Elle s’en remettra en se confiant à des équipes d’experts, en se réorientant vers le secteur des services, avant de partir vivre en Asie avec son compagnon.

Le cas de Chloé est loin d’être unique. Un Belge sur dix risque un burn-out et la population des jeunes travailleurs est particulièrement exposée. Fin 2010 déjà, une étude commandée par le SPF Emploi s’était penchée sur la question, concluant que par leur manque d’expérience, les populations de jeunes travailleurs présentent davantage de risques de burn-out. Et cela s’est encore aggravé...

Roger Ortmans est senior coach à l’EIIRBO (European Institute for Intervention and Research on Burn Out). Il a accompagné plusieurs jeunes dans une situation de burn-out, et les a aidés, avec ses collègues, à donner un souffle nouveau à leur carrière. Un profil « à risque » se détache, « il s’agit d’abord de jeunes femmes qui sont mères et doivent gérer leur carrière et leurs enfants en même temps. Malgré les évolutions de la société, les femmes continuent souvent à s’occuper des enfants… Faire des choix entre sa vie privée et sa carrière est extrêmement compliqué. » Le coach souligne ensuite un trait de caractère qui colle à la peau de nombreux jeunes risquant un burn-out : le fait d’accorder une grande importance à son système de valeurs personnel. « La génération Y est caractérisée par une très grande sensibilité au sens de leur activité professionnelle. Celui-ci doit correspondre à celui de leur entreprise. Et pourtant de nombreuses structures courent comme une poule sans tête en la matière, entre les fusions, les restructurations, les changements de direction… »

Un cas récurrent est celui des jeunes consultants, en particulier dans le domaine financier. Si leurs premières années d’emploi s’accompagnent souvent de beaux avantages – voiture de fonction, smartphone… – elles sont également synonymes de dur labeur. Une épreuve qui peut être très mal vécue par les travailleurs qui n’adhèrent pas au système de valeurs de l’entreprise. Ils se retrouvent coincés dans leur choix. Au moment de réaliser leur erreur, il est souvent trop tard…

Les profils présentant une grande difficulté à dire « non », à se mettre des limites et étant particulièrement perfectionnistes sont également à placer dans cette catégorie « à risque ».

Les burn-out sont aussi, en partie, dus à une hausse des tensions au sein des entreprises. « Je crois qu’aujourd’hui, les organisations sont beaucoup plus brutales que par le passé. Beaucoup de jeunes sortent de leurs études avec des valeurs, des notions de bien commun. Mais il faut apprendre à faire le deuil de l’environnement idéal dans lequel on voulait travailler… », précise le coach.

Aux Pays-Bas, on évalue à 100.000 le nombre de jeunes en burn-out. Il n’existe aucune statistique précise en Belgique. Dans le pays voisin, le centre national de statistique a fait le calcul. Avant 25 ans, un jeune sur 10 risque un burn-out et entre 25 et 34 ans, ce risque est évalué à 15 %.

Quelles sont les solutions pour éviter cette surchauffe ? « La première chose, c’est de prendre soin de soi. Cela veut dire s’écouter et être conscient des signes annonciateurs d’un burn-out. Et écouter cette petite voix intérieure qui dit : Ce n’est pas normal ce qu’on me demande de faire . Après, il est utile d’en parler à des proches, à ses amis ou à un médecin spécialisé qui peut vous orienter selon vos besoins. Enfin, travailler 12 heures par jour n’est pas spécialement problématique, mais il faut savoir se donner le temps pour décompresser. Par exemple, il est possible que ce type d’horaires s’impose durant une semaine, mais il faut alors consacrer son week-end à se reposer. Et reprendre un rythme normal la semaine d’après. Il faut prendre le temps de se remettre. »

Enfin, pour Roger Ortmans, les jeunes travailleurs sont également mieux armés pour affronter ces tensions que dans le passé, « il y a de plus en plus de bonnes formations qui les préparent à cette transition entre les études et le monde de l’emploi. Je pense en particulier aux Erasmus qui forcent les jeunes à sortir de leur zone de confort, améliorer la confiance en soi et la capacité d’adaptation à un nouvel environnement. »

Pour plus d’informations sur le sujet, rendez-vous sur www.burnout-institute.org

(intervention dans les organisations)

et www.reseauburnout.com

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