Les métiers boostés par le web

Les métiers du web irriguent désormais toute l'économie. De vrais besoins se font sentir, aussi bien chez les pures players que dans les entreprises traditionnelles qui développent des activités sur internet.

Problème : la plupart des postes sont difficiles à  combler, faute de formations ad hoc.

Un monde parallèle

L’homme a créé le bit. Et à  travers cette unité de mesure, un monde parallèle où le codeur est roi. S’il y a encore cinq ans, les professionnels de l’ICT étaient taxés de tous les maux, aujourd’hui, ils jouissent pleinement du digital appeal. Signe – ultime – de ce changement d’ère : après treize années sur le trône du classement des marques les plus puissantes au monde, Coca-Cola vient d’abdiquer. Sa marque vaudrait désormais moins que Google, à  93 milliards de dollars, et Apple, à  98 milliards de dollars. Un déboulonnage symbolique certes, mais symptomatique de la montée en puissance du high-tech dans la consommation des individus. Ainsi dans le top 10 d’Interbrand, pas moins de six marques en sont issues : Apple et Google donc, mais aussi IBM, Microsoft, Samsung et Intel. En coulisse, ces multinationales se livrent une lutte sans merci pour la domination digitale. Mais à  l’ombre de ces géants, toutes les entreprises tentent d’asseoir leur visibilité et leurs ventes sur le web.

Un nouvel écosystème numérique

En quelques années, un nouvel écosystème numérique s’est développé, avec des impacts palpables sur l’économie réelle et l’emploi. Pour chaque poste « hors ligne » perdu en Europe, plus de deux emplois « en ligne » sont créés, selon la Commission européenne. La Belgique n’est pas en reste. Selon Agoria, le secteur des TIC représente plus de 1 100 sociétés spécialisées et occupe 150 000 personnes, dont 50 000 à  Bruxelles et 18 000 en Wallonie. Mais à  y regarder de plus près, l’arborescence de cette « famille numérique » s’agrandit chaque année. À travers de nouveaux métiers, moins techniques et donc ouverts à  des profils plus diversifiés. La nouvelle économie numérique s’étend désormais aux startups, aux PME actives dans le commerce digital, aux agences de communication et aux régies médias, observe Pierre Lelong, manager du Pôle Ressources & Diffusion chez Technofutur TIC. Ces activités créent de nouveaux métiers qui représentent entre 5 000 et 7 000 emplois en Belgique francophone. Big Data, conversion au web, gestion de projet en ligne, création de contenu, marketing sur les réseaux sociaux… La liste des besoins s’allonge chaque année.

Développer une vraie expertise

Et pourtant. Alors qu’ils sont biberonnés aux nouvelles technologies, les jeunes se tournent peu vers les métiers du numérique. Du coup, les entreprises belges de la web économie, surtout les jeunes pousses innovantes, rencontrent les pires difficultés pour trouver des digital experts, ces spécialistes qui bâtissent les applis d’aujourd’hui et de demain, alimentent le web en contenu et gèrent les nouveaux canaux digitaux. Il suffit que l’un d’entre eux manque à  l’appel pour qu’un projet soit retardé… et que la société soit obligée de repousser le lancement de la nouvelle version de son site ou de son programme, confie William Vande Wiele, CEO d’EmailBrokers. Un drame en termes de compétitivité.

L'enseignement à  la traîne

Embaucher devient particulièrement délicat dans les métiers du web et de la mobilité. En ce moment, nous avons 25 postes ouverts jusqu’à  la fin de l’année. Et pas seulement dans l’e-commerce, détaille Jurgen Verstraete, Maganing Director de la société de paiement en ligne Ogone. Mais à  côté des développeurs, des ingénieurs système, des experts en cybersécurité, les bons commerciaux sont devenus tellement rares que nous sommes forcés de pêcher dans le même vivier que d’autres acteurs numériques. Le coupable tout désigné serait donc l’enseignement, incapable de répondre aux besoins quantitatifs des acteurs du numérique. Seules 6 % des écoles secondaires proposent des cours d’informatique, torpille William Vande Wiele. Les jeunes n’ont aucune opportunité pour apprendre un métier du présent. Alors que si chaque PME présente en ligne recrutait un Internet Manager, 20 000 emplois directs seraient créés. Pire ! Le système accoucherait de profils inadaptés, à  la formation trop « théorique » au regard des besoins du marché. Mais c’est sans compter que des formations aux métiers du Net existent depuis les années 2000. Et qu’à  l’instar de 42, l’école gratuite créée en France par Xavier Niel, le patron de Free, de nombreux centres calquent leurs formations sur les besoins du marché. Quitte à  ne pas délivrer de diplôme, mais un métier.

Des profils polyvalents pour les PME

Mais alors, comment expliquer le décalage grandissant entre le nombre de chômeurs dans l’informatique et le ressenti des recruteurs ? Selon les employeurs, il manque aux pros formés aux nouvelles technologies des notions d’orientation client, de marketing et de communication. Les entreprises ne veulent pas seulement recruter des informaticiens, mais des professionnels de la communication et du marketing sachant utiliser des outils techniques, observe Pierre Lelong. Car dans le secteur du web, le profil des recruteurs a, lui aussi, changé. Il y a trois ans, les principaux employeurs étaient des SSII (Sociétés de service en ingénierie informatique) ou des agences web, spécialisées dans la conception de sites internet pour les entreprises. Aujourd’hui, les PME (80 % des emplois du web) utilisent internet pour le marketing, la communication et la vente. Le candidat idéal doit être à  la fois webdesigner, webmestre, Community Manager et webmarketer, capable de créer un site internet, de l’animer, d’assurer sa communication et de le vendre, conclut William Vande Wiele.

3 métiers portés par le web

Internet Manager, le chef d’orchestre

Cette fonction est un hybride, qui rassemble plusieurs métiers, situés à  la frontière entre l’informatique, la communication, la création graphique et le marketing : Social Media Experts, Community Managers, e-commerce Specialists… Vu leur panel de compétences, une nouvelle guerre des talents se crée autour d’eux. Et vu leur rareté, les besoins risquent d’exploser. Si la fonction reste encore peu répandue, elle est amenée à  se développer au sein des entreprises qui veulent asseoir leur positionnement sur le web. Le salaire annuel brut d’un Internet Manager est estimé à  50 000 €. Pour un pro confirmé (entre 3 et 5 ans d’expérience), la rémunération peut atteindre jusqu’à  65 000 €.

Traffic Manager, l’influenceur

Vendre du rêve sur un site ne suffit plus pour le faire vivre. Il faut le rendre visible, générer un maximum de trafic pour en maximiser la notoriété. C’est donc au Traffic Manager que revient la mission de développer l'audience numérique de l'entreprise. À lui revient aussi le soin de choisir entre différents leviers : liens sponsorisés, affiliation, bannières. Un junior touchera entre 28 000 € et 30 000 € par an, jusqu’à  35 000 € et 45 000 € en tant qu’expert. D’autres profils, comme les spécialistes du référencement naturel (SEO) ou payant (SEA), se chargent de donner de la visibilité aux sites en achetant des mots-clés pour influencer les ventes en ligne. À l'embauche, les salaires des spécialistes SEO ou SEA tournent autour de 2 200 € brut et évoluent rapidement.

Responsable sécurité, le cerbère numérique

La cybersécurité est devenue un enjeu majeur, notamment pour les activités liées au web mobile, au cloud, à  l’e-commerce et aux transactions bancaires. Mais avec l'explosion du Big Data, le volume et la diversité de données disponibles, l'exercice de ce métier va se complexifier. Analyse des données en millisecondes sur les marchés boursiers, détection de fraude instantanée en ce qui concerne les commandes de clients sur le web… Les défis des cerbères numériques sont nombreux. Un responsable de la sécurité informatique débute souvent en tant qu’ingénieur système, avant de développer des compétences spécialisées. Son salaire de départ est estimé à  50 000 € brut par an. Une expérience de cinq ans est souvent exigée. Passé ce cap, sa rémunération peut atteindre 80 000 €.

Quelles sont les nouvelles priorités des DSI ?

Depuis cinq ans, le baromètre CIO de la société CSC mesure les enjeux et les évolutions de la fonction informatique au sein de l’entreprise. Cette année, l’étude englobe non seulement les perspectives européennes et nord-américaines, mais aussi chinoises, indiennes, australiennes et brésiliennes. Après plusieurs années passées à  réduire les coûts, cloud, Big Data et cybersécurité sont à  nouveau présentés comme les priorités des sept cents DSI (directeurs du service informatique) de grandes entreprises, pour les trois à  cinq prochaines années. 69 % considèrent le cloud comme une évolution majeure qui entraînera une modification importante de la manière de consommer l’énergie informatique et qui modifiera les relations dans l’entreprise. 56 % voient le Big Data comme une manière de transformer ce qui était un processus lourd et coûteux en une activité légère, peu onéreuse et capable de créer de nouveaux services. Enfin, la cybersécurité est un défi majeur pour 78 % des DSI interrogés dont 71 % la positionnent comme la priorité numéro un. Le développement des applications mobiles, l’efficience des projets et l’amélioration de la qualité de service restent importantes pour les trois quarts des DSI. Plus intéressant : cette édition pointe une forme de dérive numérique des continents. Avec un décrochage de l’Europe, face aux pays émergents, au regard de l’innovation technologique. La culture européenne met en avant le passé. Là  où l’Asie appuie à  fond sur l’accélérateur, nous avançons avec les freins bloqués, caricature Frédéric Pichard, responsable des baromètres chez CSC. La faute à  un « passif » informatique plus important et à  une distance plus grande entre la DSI et les organes de décision de l’entreprise. Pas toujours facile, dans ce cas de pousser l’innovation et les nouveaux projets. D’autant que les métiers se sont aussi émancipés et n’hésitent plus, au vu de sa faible réactivité, à  passer outre la DSI.

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