Les nouveaux métiers de la chimie

La chimie se tourne aujourd’hui vers de nouvelles activités, favorables à  l’environnement comme à  l’emploi. De la chimie verte aux études réglementaires, en passant par les biotechnologies... autant de domaines en développement qui nécessitent de nouvelles compétences.

Dans l'industrie de la chimie et des sciences de la vie, on n'en fait pas mystère : l'innovation est plus que jamais au cœur de la stratégie de création de valeur. La recherche concrète débouchant sur de la création d'emploi, ce secteur est devenu champion des investissements R&D. Car depuis une vingtaine d'années, la chimie a entrepris une profonde mutation : garder le meilleur de ses réalisations tout en réduisant, voire en éliminant ses nuisances. Aujourd'hui, les défis sont nombreux : matériaux intelligents, efficacité énergétique, réduction des émissions de CO2 et des effluents, composants organiques, chimie verte... Et la guerre des talents fait rage, car « l'industrie des industries » pourrait afficher 4 000 emplois vacants dans les dix prochaines années en raison des départs à  la retraite.

Notre secteur mobilise 60 % des dépenses du privé en R&D en Wallonie, illustre Bernard Broze, administrateur délégué d'essenscia Wallonie et Bruxelles, la fédération de la chimie et des sciences de la vie. Car avec ses 200 entreprises, 26 000 emplois directs et 40 000 emplois indirects, la Wallonie entend préserver son savoir-faire. Depuis les années 2000, l'emploi n'a cessé d'augmenter dans nos secteurs, s'enthousiasme Bernard Broze. Sans connaître d'écueils majeurs ou de désastres sociaux, comme dans d'autres industries. Et ce, malgré le magnétisme fatal de l'Asie. Ainsi, Solvay, l’un des derniers fleurons industriels belges, vient d'inaugurer un nouveau centre de Recherche & Innovation à  Biopolis, la technopole de Singapour. Objectif : développer de nouvelles formulations pour les marchés de l'hygiène-beauté, de la détergence, des revêtements, de l'extraction du pétrole et du gaz, mais également des solutions spécifiques pour l'agrochimie. Solvay, dont plus de 250 chercheurs sont déjà  basés en Asie, développe aussi des projets de chimie renouvelable et de science des matériaux en Inde. Et possède déjà  un laboratoire mixte en Chine, portant sur les procédés de production éco-efficients et la chimie verte.

Des industries rénovées

Longtemps associée au développement de produits toxiques et à  la dégradation de l'environnement, l'industrie chimique explore de nouvelles sources de différentiation. Agromatériaux, biocarburants, biosolvants... Cette mue aussi opportune que « verte » touche d'abord de grands groupes, comme le numéro un mondial, l'allemand BASF, qui détient une de ses plus grandes plateformes à  Anvers. Ou le français Air Liquide, bien positionné dans le transport d'hydrogène et les piles à  combustible, une des sources d'énergie d'avenir dont les émissions sont pratiquement nulles. Mais à  côté de ces multinationales, une série de PME entrent dans la danse. Et parmi elles, quelques locomotives belges comme Mosselman, Pollet, Realco, Derbigum ou encore Kitosyme, qui a notamment développé le chitosane végétal, une molécule biodégradable synthétisée à  partir de champignons. En Wallonie, on dénombre une dizaine d'entreprises de pointe, actives dans la chimie du végétal, observe Bernard Broze. Leur particularité ? Toutes utilisent des matières premières organiques pour la fabrication de produits chimiques. Bruxelles n'est pas en reste : en avril dernier, la société Galactic a inauguré son Innovation Campus, dans les locaux de l'ancien incubateur Eurobiotec, à  Anderlecht. Sa spécialité : la production de lactates et d'acide lactique, des substances naturelles utilisées notamment comme additifs alimentaires, adjuvants pharmaceutiques et dans la chimie verte. En ce moment, nous avons huit recrutements en cours. Et il n’y a pas un mois sans que l’on n’engage des bio-ingénieurs, précise Giovanna Emma, HR Manager chez Galactic.

Quels sont les métiers les plus recherchés dans ce secteur ? Traditionnellement, des chimistes, des biochimistes, des ingénieurs et des techniciens de recherche, pointe Bernard Broze. En fabrication, les ingénieurs de production, les techniciens de fabrication et les opérateurs de production sont très recherchés pour gérer la production en usine. Enfin, dans ces secteurs de pointe, la réglementation en matière de sécurité est de plus en plus contraignante et génère des besoins d’experts en qualité, en toxicologie, en environnement ou encore en affaires réglementaires. Et à  l'avenir ? Le chimiste sera encore plus proche des préoccupations environnementales, il réfléchira à  des procédés de plus en plus compacts et saura maîtriser toute la chaîne, de l’expérimentation à  la modélisation, de façon simultanée, confie un praticien. Les experts en chimie des polymères et en chimie des formulations seront aussi très recherchés. Mais la « chimie du futur » augure aussi l'émergence de nouveaux métiers, dans les domaines de l'électronique organique, des piles à  combustible, du photovoltaïque organique, des nanotechnologies, de la catalyse, de la chimie renouvelable... Tous porteurs de ruptures technologiques.

26 %

En 2011, le secteur de la chimie et des sciences de la vie représentait 26 % de l'industrie manufacturière belge. Par comparaison, la moyenne européenne est de 16 %.

150 000 emplois

Le secteur compte 150 000 emplois directs et indirects, ce qui représente environ 17 % des travailleurs de l'industrie. Contre une moyenne européenne de 11 %.

Chimie verte

Elle a pour but de concevoir des produits et procédés chimiques permettant de réduire, voire d’éliminer l’utilisation et la synthèse de substances dangereuses. Soit par l’utilisation des agroressources, soit par l’optimisation des procédés (valorisation des déchets, économie d’atomes, d’énergie, de temps…).

 

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