Les nouveaux métiers de l'automobile

Le secteur automobile souffre de la conjoncture économique. Mais la filière ne s'arrête pas aux constructeurs. Équipementiers, sous-traitants et garagistes cherchent une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée. Dopés par le marché du véhicule électrique, mais aussi de l'hybride, les métiers de l’auto se spécialisent.

Délocalisations à marche forcée, retard dans la conquête des marchés émergents, surproduction... En 2012, le secteur automobile européen est resté fortement déprimé. En effet, alors que le nombre de véhicules vendus dans le monde atteindra cette année un nouveau record, à près de 83 millions d’unités écoulées, la crise se poursuit sur le Vieux Continent. Ford à Genk, PSA Peugeot Citroën en France, le secteur de l’assemblage broie du noir. Les ventes de véhicules neufs ont chuté de 7,3 % en Europe, avec des pics de 20 % en Italie et de 38 % au Portugal.

Conséquences des politiques d’austérité sur la croissance et sur l’emploi, la voiture devient un objet de luxe, cher à l’entretien, onéreux en parking, coûteux en assurance. Dans ce contexte morose, les constructeurs s'adaptent. PSA a mis en place une série de mesures pour réduire ses coûts avec la suppression de 8 000 postes en France et la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois. Opel a déjà mis plus de 11 000 salariés au chômage partiel en Allemagne, soit la moitié de ses effectifs dans le pays. Quant à la Belgique, elle se cramponne à Audi Brussels et Volvo Gent, après la fermeture de Ford Genk. Les trois constructeurs automobiles présents en Belgique ont clôturé leur année de production sur un total supérieur à 507 500 voitures assemblées, d'après les chiffres d'Agoria, la fédération de l'industrie technologique. La fédération s'attend encore à une année difficile en 2013.

Nouvelles technologies, nouveaux besoins

Mais le tableau n’est pas noir sur tous les fronts. Même si l'Europe assemble désormais seulement 18 millions de véhicules par an sur un total de 80 millions, en matière d'innovation, l'Europe se porte bien, selon le responsable du Clepa, l'association professionnelle des grands équipementiers automobiles européens, basée à Bruxelles. Boostés par leur expansion mondiale, notamment dans les BRIC, beaucoup d'équipementiers recrutent actuellement, ajoute-t-il. Et avec le retournement de la conjoncture depuis 2008-2009, ils ont été plus rapides que les constructeurs pour adapter l'offre à la demande.

L'innovation, planche de salut ? L’arrivée des voitures électriques et hybrides annonce des changements radicaux tant du point de vue de la fabrication que des modes de transport, d’entretien et de recyclage. L’intrication croissante entre la mécanique et l’électronique impacte aussi les métiers d’entretien et de réparation. Ces dernières années, la technique automobile a évolué vers une technologie informatique demandant de plus en plus de connaissances dans le domaine du numérique, qui a parfois pris le pas sur d'anciennes aptitudes, explique Luc De Moor, Group Managing Director de EDUCAM, le centre de connaissance et de formation du secteur automobile et des secteurs connexes. Pour effectuer des travaux spécifiques de mécanique ou d'électricité-électronique automobile, il faut désormais faire preuve de compétences poussées, alors que l'intérêt du public face aux métiers de carrossier, d'électromécanicien, de magasinier et de mécanicien diminue.

Bien que moins de voitures soient vendues, on aura toujours besoin d’entretiens et de réparations. Les employeurs de ces secteurs sont toujours à la recherche de travailleurs techniques hautement qualifiés, soutient Luc De Moor. Il y a surtout une pénurie de techniciens ayant une bonne connaissance de base en électronique, en électricité et en hydraulique. Les emplois se développent aussi sur de nouveaux marchés comme le recyclage des véhicules en fin de vie. Une activité qui connaît une certaine croissance dans notre pays. Pour cause : d'ici 2015, la Belgique doit atteindre l'objectif ambitieux de l'UE concernant le recyclage des véhicules hors d'usage à 95 %. Depuis peu, les constructeurs se sont mis à l'écoconception, afin de faciliter démontage et recyclage, observe Luc De Moor. Faire les vidanges, récupérer les fluides, l’acier, le textile et le plastique, c’est un métier de plus en plus demandé, pour lequel il faut être bien formé. Pas moins de 27 filières sont recensées dans ce domaine, dont certaines permettraient de développer une économie circulaire, où les matériaux collectés seraient réutilisés dans le secteur automobile. 

Enfin, qui dit secteur automobile ne dit pas nécessairement bleu de travail, certains travailleurs y gardent même leur col blanc parfaitement amidonné. Choisissant de suivre leur passion pour les bolides, ils s'installent dans des emplois de bureau – ou de terrain – en pleine mutation également. Ainsi, tout en haut de l'échelle, les ingénieurs en mécanique ou en électronique ne conçoivent plus que très rarement de nouvelles mécaniques dans leur entièreté, mais se voient attribuer la responsabilité d'un aspect précis du véhicule, au sein d'une équipe. Les designers suivent une formation approfondie de trois ans minimum dans des écoles rares, et donc chères. Quant aux vendeurs, il ne leur suffit pas de suivre de près toutes les évolutions de la gamme concernée : leur travail consiste aussi à conseiller la clientèle en formules de financement, puisque 80 % des voitures sont achetées à crédit.

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C’est le nombre d’entreprises actives dans les secteurs des garages, de la carrosserie, du commerce du métal et de la récupération des métaux. C’est un des secteurs qui compte le plus grand nombre de PME en Belgique. Elles occupent 96 700 travailleurs, soit 2,5 % de la population active en Belgique.

12 millions

L'Union européenne compte sur son territoire 180 sites de production, auxquels sont liés des milliers de fournisseurs. En prenant en compte industriels et sous-traitants, l'industrie automobile représente 12 millions d'emplois à l'échelle du continent, contribue pour 70 milliards d'euros à la balance commerciale et investit chaque année près de 28 milliards d'euros dans la recherche et le développement.

450 000

C’est le nombre de voitures neuves qui seront vendues en 2013, en Belgique, selon Federauto, la confédération du secteur automobile. Soit une baisse de 6 % à 7 % par rapport à 2012. Au plan international, 2013 devrait pourtant représenter un bon cru. D’après une étude de la banque canadienne Scotia, une forte demande de la Chine va provoquer une hausse des ventes de 4 %. 11,8 millions de voitures devraient être achetées en Chine en 2013, pour un total de 25,7 millions de véhicules vendus en Asie. Mais c'est toujours aux États-Unis que l'on enregistre les plus fortes ventes avec 15 millions d'unités vendues pour un total de 17,7 millions en Amérique du Nord où la croissance va atteindre les 4 % en 2013. Sur le Vieux Continent, où les ventes ont atteint leur plus bas niveau en dix-neuf ans cette année, 16,28 millions de véhicules seront vendus l'an prochain, soit le même nombre qu'en 2012.

19,6 millions

C’est le nombre de voitures et de véhicules utilitaires légers que devraient produire les usines automobiles installées en Chine en 2013, contre à peine 18,3 millions pour l’Europe. Pour la première fois, la Chine devrait ainsi produire davantage de véhicules que le Vieux Continent en 2013. Un rééquilibrage des forces encore plus impressionnant si on regarde dans le rétroviseur : à la fin des années 80, la Chine produisait moins d'un million de véhicules, contre 30 millions en Europe. Une tendance qui devrait s’accélérer, alors que de nouvelles usines doivent ouvrir en Chine, quand l’Europe doit en fermer au moins cinq d’ici à 2016. En 2012, le Vieux Continent produisait encore 18,9 millions d’automobiles, tandis que la Chine en fabriquait 17,8 millions.

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