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Les pires licenciements

Rédigé par: Virginie Stassen
Date de publication: 19 févr. 2024

« Une société, c’est comme une montgolfière. Si tu veux que ça monte, faut lâcher du lest ». Tout le monde se souvient de cette phrase-culte du film « Les trois frères » des Inconnus, pour annoncer le licenciement de l’un deux. Et dans la vraie vie, ça se passe comment ?

licenciement

Se faire virer n’est pas agréable. Démissionner, en revanche, peut être soulageant.

En attendant, se faire licencier - à moins de travailler dans une entreprise détestable - est une mauvaise surprise, et un coup pour l’ego.

Mais tous les licenciements ne sont pas sanglants : il existe en effet une gradation, selon que l’on se fasse virer en face à face avec la RH ou devant tout le monde, ou encore que l’on ne puisse plus rejoindre son bureau après un exercice d’évacuation. C’est le cas d’une entreprise de Singapour qui a viré la moitié de ses cinq mille employés à l'occasion d'un exercice d'évacuation. Une fois dehors, le message suivant leur a été envoyé : « Chers employés, c’est avec émotion que je vous annonce que pour beaucoup d’entre vous, c’était la dernière évacuation. À cause de la crise, nous nous séparons d’environ la moitié des effectifs. En rentrant, si votre badge ne fonctionne pas, c’est que vous faites partie de cette moitié, et vos affaires vous seront renvoyées par courrier demain (…) »

L’humiliation collective n’est pas agréable, mais lorsqu’elle est individuelle, c’est encore pire.

Ce fut le cas d’un salarié, en 2013, qui se fit virer lors d’une visioconférence organisée par le patron d’AOL à laquelle participaient deux mille employés. Alors que le directeur effectuait un discours, l’un des salariés fut pris en flagrant délit de prise de photos. Le PDG tiqua et le dégagea aussi sec : « Tu es viré. Tout de suite. » Si les participants crurent à une blague, le salarié a bien reçu le lendemain la confirmation de son licenciement. On en badine pas avec le respect de son supérieur, surtout en public…

Épinglons enfin le licenciement collectif d’une administration britannique du Shropshire, en 2011, pour réembaucher ses six mille cinq cents employés moins cher (avec une baisse de salaire de 5,4 %). Super classe.

Quand le « salarié de l’année » se fait remercier

Autre histoire assez rocambolesque, celle de « l’employé de l’année 2020 » viré quelques mois seulement après sa nomination, parce qu’il avait critiqué la politique de son entreprise (Amazon France) via la messagerie interne. Mais ne dit-on pas qu’il n’y a que la vérité qui blesse ?

 « Il faut être lucide, plus le chèque est gros, plus la part d'humanité est petite », écrivait-il. Ou encore : « Les plus grands veulent toujours écraser le plus petits et veulent toujours être plus forts que les plus faibles (…) Il y a toujours des excuses qui sortent instinctivement de votre bouche comme si c'était un vocabulaire robotisé ». L’employé (de l’année) a été renvoyé pour insubordination.

Virés par erreur, puis rappelés  

Le manque d’élégance est toutefois attribué à Twitter (actuel X) lorsque 3 700 employés ont reçu un mail leur expliquant qu’ils étaient virés suite au rachat de l’entreprise par Elon Musk. C’était en novembre 2022. Certains de ces employés ont toutefois été rappelés quelques jours plus tard pour leur demander de revenir « car ils avaient été licenciés par erreur ». Super smart.

Caroline, commerciale à Bruxelles, a vécu un peu la même histoire. « Je me suis fait virée suite à mon congé d’allaitement. La direction a essayé de me remplacer, mais en vain. Six mois plus tard, mon boss est venu me rechercher car la boîte perdait de l’argent. J’ai accepté de revenir, pour des raisons financières, tout en cherchant ailleurs : j’ai quand-même mon honneur. Un an plus tard, j’ai démissionné et je suis partie chez le concurrent. Un vrai pied de nez qui, je l’avoue, m’a fait un bien fou ! »

Un autre licenciement « plus ou moins fréquent » est de tomber sur une petite annonce annonçant son remplacement. Ce fut le cas de Jessica, graphiste. « Je cherchais un autre job et quelle ne fut pas ma surprise, en consultant les petites annonces, de découvrir que mon entreprise cherchait un poste exactement pareil au mien, alors que j’étais la seule à l’exercer au sein de la société. Comme quoi, j’avais senti le vent tourner, car je cherchais moi aussi  à partir… »

Quand « mettre dehors » est pris au pied de la lettre

En 2008, en France, une entreprise de pièces automobiles, La Barre Thomas, a viré 309 de ses 1400 salariés manu militari. Les managers ont saisi sans ménagement les ouvriers par le bras, leur ont fait vider leur casier et les ont mis dehors en leur annonçant qu’ils « ne bossaient plus ici ». Le dégagement a été immédiat, sans même autoriser les travailleurs à saluer leurs collègues. Seul dédommagement : ils ont reçu des… bonbons !

« Vers 10 heures, mon chef d'atelier est venu me chercher à mon poste de travail, raconte un employé qui a passé 35 ans dans l’entreprise[1]. Ils m'ont fait vider mon casier. Tous mes outils de travail. En allant à la direction, j'ai vu mes collègues s'arrêter de travailler. Plusieurs se sont mis à pleurer. J'ai craqué. J'ai dit au chef : « Je peux leur dire au revoir ? » Le contremaître a dit : « Pas question, tu pars de l'atelier ». A la direction, on m'a dit : « Tu vas signer cette feuille. » J'ai craqué complet. On a dû m'emmener à l'infirmerie (...) On nous a donné des cafés, des bonbons. A la maison, je dormais plus, je faisais le tour des quatre murs, ça n'allait pas. Ça m'a serré pendant trois semaines. Sans mon épouse, je ne serais peut-être plus là. »

Pourquoi vire-t-on ?

Le cabinet de recrutement TribeRH a présenté les treize causes de licenciement les plus courantes. Sans grande surprise, la première raison invoquée est le manque de performance. En deuxième position, on trouve l'incompatibilité vie professionnelle/vie personnelle, juste avant le mensonge sur le CV, une grave faute professionnelle. Les retards incessants sont également en cause, à l’instar du mensonge et du vol. En sixième place, on trouve « la sieste au travail », et ensuite, la mésentente entre collègues. Les commérages et complaintes se situent juste avant le harcèlement sexuel sur un (e) collègue, qui arrive « seulement » en neuvième place. Le refus d’obéir aux ordres et directives du chef suit en dixième place. Enfin, la charte informatique de l’entreprise doit être respectée, et mieux vaut donc éviter de trop surfer sur Internet si l’on veut conserver sa place. Évidemment, arriver ivre au travail ne fait pas bonne impression (il s’agit même de la douzième cause de licenciement), tout comme dénigrer son patron ou son job sur Facebook ou X… 

Les pires phrases de licenciement épinglées sur X (ex-Twitter)

« J'ai appris que vous attendiez un heureux événement Jocelyne et ça tombe bien, ça fera un équilibre... »

 « Bernard, Coca ou Oasis pour votre pot de départ ? »

« Merci pour ce moment. »

« Vous passez trop de temps sur Facebook et Twitter. Vous êtes viré ». « Mais je suis community manager... »

« Alors ce stagiaire, tu l’as bien préparé ? » « Oui ! » « Tant mieux, parce qu’il te remplace… »

« On a fait un état de votre historique Internet. »

« Demain vous resterez chez vous » « Télétravail ? » « Oui. Mais sans le travail. »

Vous estimez avoir subi un licenciement abusif ?

Un licenciement abusif peut survenir lorsqu’on estime s’être fait virer pour un motif erroné, sans raison particulière, ou encore si le licenciement a été suivi d’insultes ou de violence, détourné de sa raison économique ou sociale… En effet, l’employeur est tenu de justifier l’acte de licenciement lorsqu’il rompt un contrat à son initiative. Si le salarié licencié pense que ses droits ne sont pas respectés, il peut mener l’affaire en justice. Dans le cas où le caractère abusif du licenciement est reconnu par les autorités compétentes, l’employeur sera dans l’obligation de payer des indemnités qui s’élèveront à six mois de salaire au minimum.

Si vous jugez que votre licenciement est abusif, consultez immédiatement vos droits (n’attendez pas que la durée de préavis s’achève) et faites appel un avocat spécialisé en droit du travail pour bénéficier de conseils personnalisés.


[1] Source : liberation.fr du 18/02/2008