Les PME sur les chantiers de l’innovation

L'innovation se répand à  un rythme accéléré dans un secteur soucieux de construire des bâtiments plus durables, moins énergivores, à  un coût abordable. Les PME jouent un rôle essentiel dans l'acquisition et la diffusion des nouvelles compétences qui y sont liées.

Dans la construction comme partout ailleurs, l'innovation n'est pas l'apanage des grandes entreprises. De nombreuses PME adoptent, voire parfois initient, de nouvelles techniques. C'est le cas par exemple de TimberTeam, une société liégeoise dont le cœur de métier est la construction de bâtiments en panneaux multicouches en bois massif lamellés collés croisés – CLT, ou cross laminated timber, pour les initiés...

Nous ne sommes pas les premiers à  construire des bâtiments à  ossature en bois, mais nous jouons assurément le rôle de précurseurs en Belgique pour cette technique très particulière qui est déjà  fortement implantée en Autriche, en Allemagne et en Grande-Bretagne, commente Rodolphe Sagehomme, administrateur de cette société qui a recruté dix-huit nouveaux collaborateurs en deux ans. Nous sommes au cœur des tendances lourdes du secteur qui le poussent à  adopter des matériaux plus durables, à  construire des bâtiments à  basse consommation d'énergie... et pour un coût abordable. 

Qui dit « nouvelle technique » pense forcément « nouvelles compétences ». C'est effectivement le cas chez TimberTeam où, tant dans le bureau d'étude que sur les chantiers, les collaborateurs ont dû se familiariser avec de nouveaux modes de conception des bâtiments et de nouvelles façons de les construire. Concrètement, cela signifie que nous formons nous-mêmes nos collaborateurs, traduit Rodolphe Sagehomme. L'enseignement délivre certes des diplômes de haute qualité en Belgique, mais c'est souvent aux entreprises elles-mêmes de veiller à  compléter ceux-ci en fonction de leurs besoins spécifiques. 

Le propos est confirmé par Stéphane Gatot, à  la tête de Artes TWT, une PME d'Andenne qui emploie nonante personnes et affiche à  son actif, il y a près de dix ans déjà , la construction du premier bâtiment public basse énergie en Wallonie : une école à  Nivelles, en Brabant wallon. L'innovation, nous la vivons tous les jours, assure le directeur de cette entreprise qui compte recruter cette année des ingénieurs civils, ingénieurs industriels et autres gradués en construction. Mais elle n'est pas toujours aussi spectaculaire qu'on le pense. D'une part, parce qu'elle doit avant tout s'imposer dans le marché, à  un coût réaliste. D'autre part, parce que l'innovation, aussi merveilleuse et bien conçue soit-elle, n'est efficace que si elle est mise en œuvre correctement, sur chantier, par des hommes qui connaissent le métier.

L’innovation induit la formation

Un exemple bien connu est celui des nœuds constructifs, ces multiples endroits où la couche isolante d'un bâtiment risque de subir des ruptures et de générer des ponts thermiques indésirables. Il suffit par exemple qu'un simple raccord de fenêtre ne soit pas bien effectué pour que la performance énergétique attendue ne soit pas atteinte, explique Nathalie Bergeret, de la Confédération de la construction wallonne. Dès lors qu'une innovation a prouvé son intérêt, il est donc impératif qu'elle soit parfaitement maîtrisée tout le long de la chaîne qui va donc de la conception au geste de l'ouvrier ou du technicien, sur le terrain. 

C'est ce qui explique que, dans la construction, on ne cesse jamais de se former. Tous nos collaborateurs bénéficient d'une ou deux formations par année, confirme Stéphane Gatot. Ces formations sont indispensables, non seulement pour l'acquisition de techniques spéciales, mais aussi pour initier des changements d'habitudes dans des métiers qui sont en apparence plus traditionnels. Un maçon ou un menuisier travaille aujourd'hui de manière sensiblement différente qu'il y a dix ou vingt ans. Et ces changements vont indubitablement en s'accélérant. 

 

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C'est le nombre d'étancheurs dont les entreprises de la construction auront cruellement besoin en Région wallonne, compte tenu des perspectives de sorties du marché (retraites, etc.) et des rentrées (nombre de futurs diplômés), telles qu'établies en janvier dernier. Les conducteurs d'engins de chantiers, coffreurs ou isolateurs industriels, entre autres, seront aussi très recherchés.

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C'est à  l'inverse l'excédent probable de maçons, tel qu'il est estimé sur base des perspectives d'entrées et de sorties sur le marché. La fonction de couvreur (119) pourrait elle aussi souffrir d'un excédent d'offres, si l'on en croit l'exercice réalisé par le fonds de formation professionnelle de la construction (ffc.constructiv.be).

Greenwal, entre recherche et formation

Comment accélérer la diffusion des bonnes pratiques au sein du secteur ? C'est l'une des questions à  la base de la constitution de Greenwal, le pôle d'excellence de la construction durable, qui vise à  renforcer les liens entre les acteurs de la recherche, de l'innovation et de la formation (www.greenwal.be).

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