"Les PME vont relocaliser l’emploi bruxellois"

Actiris, l’office bruxellois de l’emploi, entame une culture du changement en 2013. Objectifs : lutter avec davantage d’efficacité contre les 20 % de chômage de la capitale, relocaliser l’emploi et faciliter la démarche des employeurs bruxellois. Directeur général d’Actiris, Gregor Chapelle pose un regard lucide sur les défis à relever.

En 2013, 20 000 personnes entreront sur le marché du travail dans la capitale. Mais le chômage bruxellois reste aggravé par une méconnaissance des langues, un boom démographique et un manque de qualification. Comment sortir de cette spirale ?

Un des objectifs premiers pour Bruxelles, c’est la relocalisation de l’embauche. À l’heure actuelle, beaucoup d’emplois profitent aux Wallons et aux Flamands. Pour faire baisser le taux de chômage de la Région, il faut convaincre les employeurs d’embaucher en priorité les chercheurs d’emploi bruxellois. Actiris possède une base de données qui contient plus de 109 000 CV. Un outil de poids lorsqu’il s’agit de trouver un profil adéquat pour un poste vacant.

Malgré tout, il subsiste un « mismatch » entre l’offre et la demande. Comment facilitez-vous l’accès aux employeurs ?

Depuis un an, nous avons opéré une refonte complète du service employeurs. Plusieurs outils ont été développés pour les entreprises, tels un numéro de téléphone unique, un accès privé via le site web ainsi que le système Spoc (Single Point Of Contact). Nous comptons cinq équipes sectorielles et une équipe dédiée à la mobilité interrégionale. Nous avons aussi mis en place vingt-quatre conventions de collaboration avec de grands employeurs. Concrètement, chaque employeur qui signe cet accord est mis en relation avec un conseiller, qui fait le point sur les profils et compétences recherchés, les mesures d’aide à l’embauche disponibles, les chèques-langues, etc. Ensuite, Actiris s’engage à rassembler des profils de candidats potentiels dans sa base de données sous 48 heures. Si la recherche est concluante, nous convoquons les demandeurs d’emploi en entretien pour tester leurs motivations et leurs compétences. Au bout de quinze jours, nous proposons les six candidats les plus en adéquation à l’employeur. C’est donc un vrai service de présélection gratuit.

Souvent, les employeurs se plaignent des candidats envoyés par Actiris. Ces conventions se montrent-elles efficaces ?

Ces initiatives de collaboration sont effectives depuis le 5 novembre. Sur cette courte période, on arrive à un taux de satisfaction et d’embauches de 80 %. Si Actiris est capable de tenir ces résultats dans la durée et d’élargir les partenariats, il y aura un effet mécanique qui permettra d’une part de privilégier l’emploi d’habitants de la Région, d’autre part d’économiser des coûts en gestion des ressources humaines aux entreprises et finalement de soutenir l’activité économique. Tout le défi consiste à offrir les mêmes services aux PME, dont deux tiers ne disposent pas d’un service de personnel distinct. L’enjeu est immense, parce que ce sont les petites entreprises qui vont relocaliser l’emploi bruxellois. Un projet d'ordonnance prévoit d’obliger les entreprises de plus de cent salariés à transmettre l’ensemble de leurs offres d’emploi à Actiris.

Un forcing nécessaire ?

Sur les douze derniers mois, Actiris a reçu près de 26 000 offres d’emplois. Mais ces chiffres ne couvrent pas tout le marché de l’emploi bruxellois. L’objectif de l’ordonnance est de mettre plus de Bruxellois dans le circuit du travail et également d’avoir une meilleure vision du marché de l’emploi. Il ne faudrait pas que ça soit vécu comme une lourdeur administrative. Mais ça ne sert à rien d’obliger les entreprises à transmettre leurs offres, s’il n’y a pas un service de qualité à la clé. Or, le but d’Actiris est d’améliorer la compatibilité entre les demandes d’emploi et les offres. Notamment en procédant systématiquement à l’évaluation des compétences des candidats.

Depuis peu, Actiris soutient l’autocréation d’emploi pour les publics fragilisés. Notamment à travers des coopératives d’activité. Développer la fibre entrepreneuriale, c'est bien. Mais la Région ne court-elle pas le risque de fabriquer des travailleurs pauvres ?

La coopérative offre un cadre juridique et administratif qui permet au chercheur d’emploi de développer une activité, un projet d’entreprise et son réseau, sans courir les risques classiques de l’auto-entrepreneuriat. Pendant dix-huit mois, la personne est totalement sécurisée : elle perçoit toutes ses allocations de chômage et est coachée de manière à dégager un chiffre d’affaires suffisant pour vivre de sa propre activité. Il s’agit d’une forme d’activation positive : le chercheur d’emploi est responsabilisé face à ses choix professionnels, il se confronte directement à son secteur d’activité, il peut démontrer ses compétences et est poussé à construire son projet de manière proactive. C’est de la sécurité sociale d’émancipation. Pas de l’assistance. Mais le système d’accompagnement en coopérative d’activité n’a pas comme unique but d’aider les gens à créer leur entreprise ou à devenir indépendants. Pour un tiers des gens, cela débouche sur un travail salarié. Pour un deuxième tiers, sur une réorientation professionnelle. En outre, si le succès n’est pas au rendez-vous, ils pourront rebondir : ils ont acquis de nouvelles expériences, ont su se constituer un réseau, ont pu gérer des fournisseurs et des clients… Autant d’atouts pour se repositionner sur un marché du travail même atone.   

Rafal Naczyk

Retour à la liste