Les quotas insuffisants pour intégrer le handicap

Publié : mardi 6 mars 2018 Par

L’intégration des personnes handicapées sur le marché du travail est encore loin d’être optimale. Certaines mesures, comme la mise en place de quotas, semblent ne pas suffire. Une meilleure connaissance de ces travailleurs permettrait sans doute de faire changer les choses.

handicap

Stéphanie est gastro-entérologue depuis un peu moins de vingt ans. Elle exerce au sein de l’hôpital universitaire de Gand et s’est spécialisée essentiellement dans l’oncologie. Voilà à peu près ce qu’on peut retrouver sur le CV de ce médecin de 48 ans. Mais depuis 2000, Stéphanie est aussi atteinte de sclérose en plaques, une maladie qui, chaque jour, la handicape un peu plus.« Les premiers signes sont arrivés quand j’étais encore doctorante. J’ai perdu la vision du champ visuel gauche très rapidement », se souvient Stéphanie. Elle se déplace désormais en chaise roulante et subit un lourd traitement.

 

Malgré la maladie, le médecin a décidé de continuer à travailler et poursuivre ses consultations comme si de rien n’était, ou presque. « Il y a eu quelques adaptations pour améliorer mon confort avec, par exemple, un bureau ré-glable à ma hauteur. J’aurai aussi bientôt un siège, permettant de m’allonger durant mes pauses », explique la gastro-entérologue. Depuis quelques mois, elle a néanmoins réduit le rythme et ne travaille plus qu’à mi-temps, la maladie l’épuisant. Mais là encore, Stéphanie ne veut pas de privilèges.

 

« Avant cette année, je n’avais pris presque aucun des congés de maladie auxquels j’avais droit. J’en ai 170 à ré-cupérer, ce qui me permet donc de garder mon salaire complet. On cherche une solution avec l’hôpital pour la suite », explique encore le médecin. Une envie de travailler sans faille, motivée par d’autres aspects que celui purement financier. Travailler, pour Stéphanie, c’est indispensable. « C’est essentiel pour moi. Mon travail me permet de maintenir une vie sociale et de me sentir utile », explique-t-elle.

 

Faible présence sur le marché du travail.

 

La détermination de Stéphanie de continuer à travailler est impressionnante. Mais le cas de la spécialiste est probablement à classer parmi les exceptions. Malheureusement, les personnes souffrant d’un handicap ont souvent du mal à trouver un emploi. Les chiffres dont dispose l’Aviq, l’agence pour une vie de qualité, qui encourage l’intégration des handicapés sur le marché du travail, le prouvent. Les handicapés au chômage sont trois à quatre fois plus nombreux que les non-handicapés. Parmi les 16-34 ans, 38 % ont un emploi, contre près du double pour les non-handicapés. Quand le handicap est sévère, ils ne sont plus que 20 % à être actifs.

 

Même si forcément il n’est pas toujours possible pour les personnes souffrant d’un handicap de travailler, des mesures existent pour tenter d’améliorer leur intégration sur le marché du travail. Depuis les années septante, la loi impose, par exemple, des quotas aux institutions publiques. « Ils varient selon les institutions. Au niveau wallon, 2,5 % des effectifs doivent être des personnes ayant un handicap. Au fédéral, le quota est à 3 % mais le calcul est différent », explique Luc Fohal directeur du département formation et emploi de l’Aviq.

 

Des chiffres que la plupart des institutions ne parviennent pas à atteindre. « On l’explique essentiellement par deux raisons. Il y a d’abord un manque de motivation de certains responsables de service, qui ont des craintes sur la productivité, par exemple. Mais cela s’explique aussi par la manière dont sont récoltées les données. Elle se fait sur base de déclaration volontaire des personnes handicapées. Or, une partie préfère rester discrète sur la question. On l’ignore souvent mais 80 % des handicaps ne se voient pas. » En tenant compte de ces particularités, les quotas sont donc probablement remplis partout. Bonne nouvelle donc ? Pas vraiment. « Effectivement la réalité est moins grave que les chiffres mais cela reste un gros problème », lance Luc Fohal. Un constat clair mais pour lequel la solution reste compliquée à trouver. « Le fait de ne pas avoir de sanction quand les quotas ne sont pas atteints n’aide pas. Mais si on met en place de telles mesures pour ce groupe, pourquoi ne pas l’étendre aux autres formes de discriminations ? Ce n’est donc pas simple. »

 

D’autres pays européens ont choisi d’étendre ces quotas au secteur privé. Là aussi, le résultat est mitigé. « Actuellement, une dizaine de pays ont des quotas dans le privé. On ne voit pas systématiquement un lien entre une bonne intégration sur le marché du travail et ces mesures. » Pour le responsable de l’Aviq, le manque de connaissance est probablement l’un des points à améliorer. « Effectivement, certains handicaps peuvent apporter quelques lenteurs mais c’est pour ça que des aides existent. Mais d’un autre côté, on constate aussi que les personnes handicapées sont souvent très motivées et impliquées dans leur travail. On n’a pas de statistiques précises sur l’absentéisme mais ce sont souvent des personnes très assidues au travail et qui ont de l’envie », conclut Luc Fohal. Ça nous rappelle l’histoire d’une gastro-entérologue. 

 

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