Les vétérinaires, denrées rares du secteur pharma

Poussés par la concurrence accrue en matière de médicaments humains, plusieurs géants pharmaceutiques décident d’accroître leurs activités dans le domaine des traitements pour les animaux. Un secteur de niche qui prend de l’essor et s’adresse principalement aux vétérinaires. Mais pas spécialement pour la recherche : plutôt pour la vente, le marketing, le conseil…

Cela ressemble à un effet papillon : la crise pousse le gouvernement à réaliser des économies, le gouvernement met la sécurité sociale sous pression, les hôpitaux (comme le reste du secteur des soins de santé) doivent se serrer la ceinture, les producteurs de médicaments génériques profitent de ce contexte pour concurrencer au maximum les grands labos pharmaceutiques. Qui, du coup, se mettent à investir dans la santé animale.

Pas tous, bien sûr. Sur 120 entreprises pharmaceutiques implantées en Belgique, seule une vingtaine est active dans ce créneau. Comme Merck, Novartis, Bayer, Eli Lilly (via sa filiale Elanco), Boehringer Ingelheim ou Pfizer, entre autres. Une goutte d’eau… qui grossit. L’intérêt pour ce secteur a toujours existé, estime Penny Sadler, Senior Associate chez Korn Ferry et spécialiste life science. Mais ces dernières années, cet intérêt grandit, notamment en raison de la pression sur les prix des médicaments. Du coup, les firmes se diversifient, investissent elles-mêmes dans le générique, le diagnostic, voire la santé animale, car c’est un domaine où il y a moins de restrictions et de concurrence sur les prix. 

D’autre part, la santé humaine n’est souvent pas très éloignée de celle des bêtes. Par exemple, des traitements cardiovasculaires ou contre le diabète peuvent être utiles chez les chiens, explique Albert Lens, responsable animal health chez Boehringer Ingelheim. Sans oublier l’apparition de certaines maladies récentes qui, dans des fermes, ont décimé des troupeaux entiers et provoqué des effets économiques désastreux. Tout cela participe au développement de cette branche. 

Début octobre, le géant américain Pfizer inaugurait à Louvain-la-Neuve l’agrandissement de son centre de recherche et développement de vaccins vétérinaires contre les maladies infectieuses émergentes. Coût de la manœuvre : 22 millions de dollars. L’occasion de recruter chimistes, biologistes, laborantins, ingénieurs, pharmaciens…

Une exception, toutefois, dans le paysage belge. Car si le site néolouvaniste abrite un laboratoire, rares sont les entreprises pharmaceutiques qui réalisent sur le plat pays de la recherche fondamentale. Cela se passe surtout aux États-Unis ou en Allemagne, confirme Albert Lens.

Ce qui n’empêche pas le secteur de se mettre en quête de profils spécialisés. À commencer par des vétérinaires, sollicités pour des postes de conseillers techniques, mais aussi – plus étonnamment – pour des fonctions dans la vente ou le marketing. Dans la pharmacie humaine, c’est vrai que l’on retrouve peu de médecins à ce genre de fonctions. Mais dans les activités vétérinaires, c’est différent : la commercialisation de produits nécessite des connaissances spécifiques liées à ce domaine.

La pharmacie est donc avide de vétérinaires désireux de changer de vie et de quitter l’antre de leur cabinet. Même si ces profils ne sont pas nombreux sur le marché. On a récemment lancé une offre et on a reçu quatre candidatures. Ce qui n’est pas si mal pour ce genre de fonctions, estime Stéphanie Leblanc, Manager Healthcare & Life sciences chez Michael Page. Les recrutements dans ce secteur sont assez difficiles, mais assez rares aussi. Les sociétés spécialisées connaissent un faible turn-over et, comme il s’agit de métiers très spécialisés, disposent de leur propre réseau. 

La pharmacie vétérinaire reste donc un employeur de niche. Mais toujours demandeuse de candidats qualifiés. Selon les observateurs, les spécialistes des porcs ou de la volaille seraient particulièrement recherchés. « Petit » bémol : les conditions salariales seraient sensiblement moins attractives que dans le pharma traditionnel. Ceci explique peut-être pourquoi, aux dires de plusieurs recruteurs, les vétérinaires se dirigeraient de plus en plus vers la recherche humaine…

2 500 €

C’est le salaire mensuel brut d’entrée dans le secteur de la santé animale pour les profils juniors sollicitant une fonction commerciale ou de conseil technique. Selon le degré d’expérience, la rémunération mensuelle peut monter jusqu’à 4 000 €. Elle s’accompagne souvent d’une voiture de société.

5 000 €

Pour les fonctions liées au middle management, les rémunérations oscillent habituellement entre 4 500 € et 5 000 € brut. Elles s’accompagnent d’avantages extralégaux, comme la voiture de société. À noter toutefois que les salaires en vigueur dans le secteur de la santé animale sont sensiblement moins élevés que ceux de la pharmacie humaine.

12 ans

C’est le délai moyen entre la découverte d’une molécule et la commercialisation d’un traitement pour animaux. Soit un peu plus rapide que pour la santé humaine, où la mise au point d’un médicament peut prendre plus de deux décennies.

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