Les voitures de société en gardent sous la pédale

La nouvelle taxation introduite en 2012 par le gouvernement Di Rupo n'a pas lourdement pénalisé les voitures de société. Quelques adaptations à la marge, tout au plus, ont été observées...

Haro sur les voitures de société ! C'est un peu la manière dont avait été perçue, au début de l'an dernier, la nouvelle taxation, sur base notamment du prix catalogue, de cet avantage conféré à certains salariés. Mais pareille crainte était apparemment non justifiée. Quoique ? Il faut relativiser le propos, commente Stéphane Verwilghen, président de Renta, la fédération belge des loueurs de véhicules. Conformément à ce que nous craignions en début d'année, l'essentiel de l'effort financier a bel et bien été porté par les bénéficiaires et non par les employeurs, alors que l'objectif politique était de le répartir équitablement sur les deux parties. Mais s'agissant du marché en tant que tel, l'impact a été très limité.

Rémunération alternative

En clair : le nombre de voitures de société n'a certainement pas diminué – ce n'était pas l'objectif recherché par la taxation, mais bien un effet redouté. Comme le confirmait récemment SD Worx dans une enquête sur la mobilité, la voiture de société reste, malgré tout, le mode de transport le plus populaire : elle est proposée par plus de sept organisations sur dix. Les enseignements de l'enquête salariale de « Références » allaient exactement dans le même sens : la voiture de société reste un must pour nombre d'employeurs qui continuent d'y voir, taxation sur le travail oblige, une forme de rémunération alternative quasiment incontournable pour un nombre croissant de profils.

Pour beaucoup d’organisations, la voiture de société est un avantage alléchant et un outil stratégique pour attirer et conserver ses collaborateurs. Au niveau interne, les voitures de société font partie intégrante de la stratégie salariale et elles renforcent l’image de l’organisation pour le monde extérieur, poursuit-on chez SD Worx. Il n'y a objectivement que peu de solutions de remplacement pour continuer à proposer un package de rémunération attractif, confirme Stéphane Verwilghen. Sans oublier que, pour bon nombre de salariés qui en bénéficient, cet avantage constitue désormais une forme de droit acquis.

Résultat ? Deux tiers (64 %) des organisations interrogées pensent que le volume de leur parc de voitures de société restera stable à long terme (au-delà de cinq ans). Une organisation sur cinq (20 %) voit même son parc automobile grandir, selon SD Worx. Et ce, alors que selon le Corporate Vehicule Observatory élaboré par Arval, l'un des gros acteurs sur le marché, ce parc atteint déjà quelque 359 000 voitures sur un total de 1,1 million de voitures à usage professionnel (c'est-à-dire utilisées par des indépendants ou par des salariés pour un usage 100 % professionnel, notamment), le nombre de véhicules privés détenus par des particuliers atteignant quant à lui quelque 4,26 millions d'unités.

18% de taxes en plus

Si l'impact de la nouvelle législation a donc été faible sur le plan purement quantitatif, il ne paraît pas davantage exceptionnel sur le plan qualitatif. En cause ? À la suite du nouvel impôt sur les voitures de société de 2012, les travailleurs ont vu leur avantage imposable augmenter de 18 % en moyenne, relève-t-on chez SD Worx. Depuis 2012, la direction et les cadres supérieurs paient 51 % d’impôts en plus, les cadres moyens 22 %, la hausse étant bien plus faible (1 %) chez les employés ordinaires. 

Autrement dit, l'essentiel du parc de voitures de société a été relativement peu affecté, seuls les bénéficiaires d'une voiture haut de gamme ayant vu très sensiblement augmenter la taxation de leur avantage. Attention cependant à ne pas relativiser trop fortement l'impact financier supporté par les bénéficiaires d'une voiture de société, tempère Stéphane Verwilghen. Il serait plus juste de dire qu'ils n'ont pas eu d'autre choix que de s'y plier. Quitte à râler dans un premier temps, ils se sont dans la foulée convaincus que leur avantage restait, même davantage taxé, suffisamment intéressant que pour éviter de devoir négocier, par exemple, le bénéfice d'une voiture plus petite, voire de s'en passer... 

Ecologique?

Quant à l'impact sur les émissions de CO2, force est de constater qu'il est lui aussi limité. Et ce, parce que la liaison entre la fiscalité et les émissions de CO2 est plus ancienne – elle remonte à 2010 -, et est donc déjà bien inscrite dans les mœurs. Ainsi, 42 % des entreprises imposent à leurs collaborateurs un taux maximum d’émission en CO2 dans le choix d’une voiture de société. Ces dernières années, 54 % des organisations ont déjà repris des voitures plus "vertes" dans leur flotte et cette action est planifiée pour 24 % d’autres entreprises, constate-t-on chez SD Worx. D’autres actions liées au renforcement de la flotte "verte" sont l’exclusion de voitures polluantes telles que les SUV, davantage de modèles avec des moteurs moins puissants et l’introduction de voitures hybrides. Les cours d’ecodriving deviennent aussi toujours plus populaires. Seulement 3 % des organisations offraient un tel cours en 2010, elles étaient 10 % en 2012 et 11 % des entreprises l’envisagent dans un proche avenir.  

Benoît July

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