Liège : Hollywood sur Meuse

Le Pôle Image de Liège est unique en son genre. Un centre d’affaires exclusivement dédié aux métiers de l’audiovisuel qui réunit une vingtaine d’entreprises et procure du travail à 150 personnes en moyenne. Dans une Wallonie qui attire de plus en plus le septième art, la Cité ardente veut décrocher le premier rôle. Le Pôle est son atout majeur.

Une jeune fille légèrement vêtue, enveloppée d’une couverture, traverse à la hâte le couloir. C’est une actrice de la série anglaise « Wich is Witch ? », ils sont en train de tourner dans le studio. L’histoire se passe en été, d’où la tenue…, sourit Kathleen Bauloye, notre guide. C’est ça, le Pôle Image de Liège – le PIL, comme on le surnomme ici – : un dédale de plus de 25 000 m2, un labyrinthe tout en escaliers et en bureaux, une fourmilière en permanente ébullition.

Au rez-de-chaussée, le tournage de cette série télé (un « Plus belle la vie » aux accents british), la première du genre en 3D. Au premier étage, le studio d’animation Nozon œuvre à la postproduction de « Minuscule », un film d’animation dérivé de la série du même nom. Un peu plus loin, la société Mikros Image présente fièrement les effets spéciaux réalisés pour « De rouille et d’os », de Jacques Audiard. Marion Cotillard sans jambes ? C’est eux !

Dans chaque bureau installé dans cette ancienne usine de tabac rénovée se peaufinent des projets qui se retrouveront demain sur les écrans. Le PIL est unique en son genre, en Wallonie. Une sorte de centre d’affaires, mais uniquement réservé aux entreprises actives dans l’audiovisuel. Une fédération qui abrite 25 sociétés, de la location et la vente de matériel de tournage en passant par le studio de mixage, la production, le montage, l’élaboration de sites web…  

Opérationnel dès 2009, le Pôle a dû dépasser ses maladies de jeunesse. Une (grosse) querelle entre investisseurs, des entreprises condamnées par une faillite, un jeu de chaise musicale au poste de direction… Mais depuis 2010 et l’inauguration officielle, tout va mieux. Et les objectifs initiaux peuvent se poursuivre : favoriser des économies d’échelle en regroupant tout le monde sous le même toit et, surtout, transformer Liège en Hollywood sur Meuse.

L’attrait du cinéma pour la Cité ardente (et la Wallonie en général) doit une fière chandelle au tax shelter, cet incitant fiscal qui octroie aux entreprises une exonération de 150 % des montants investis dans une production audiovisuelle. Sans oublier les différentes aides régionales et le fonds d’investissement Wallimage. C’est ce qui nous a poussés à ouvrir un bureau en Wallonie, raconte Guillaume Pondard, superviseur chez Mikros. Notre siège parisien travaillait sur beaucoup de projets qui partaient ensuite en Belgique. Créer une filiale ici s’imposait. Le choix s’est porté sur Liège, car le PIL a fait la différence.

Si l’endroit a attiré quelques nouveaux venus, la plupart des pensionnaires étaient déjà établis en terres liégeoises depuis un bout de temps. Le Pôle est venu leur conférer un atout supplémentaire par rapport aux autres villes et notamment à Bruxelles, « concurrente » directe en matière de septième art. Ce qui est intéressant ici, estime Véronique Dessard, chargée du suivi de production chez Nozon, c’est l’aspect réseau que permet la proximité directe avec les autres entreprises.

Formations « sociétales »

La mise en place d’un studio d’enregistrement, créé spécialement pour la série, devrait leur offrir un atout supplémentaire. Au départ, on voulait transformer cette aile en parking. Puis la série anglaise cherchait un lieu et on a tout transformé en un mois, l’été dernier, se souvient Kathleen Bauloye. Apparemment, c’était une bonne idée car, depuis, on n’arrête pas de nous contacter pour avoir plus de précisions sur ce studio ! 

Une bonne nouvelle pour l’emploi ? Oui et non. Actuellement, 150 personnes travaillent dans le bâtiment. Cela peut monter jusqu’à 200-220 selon les projets, ajoute-t-elle. Mais ces jobs sont généralement précaires : une minorité de CDI mais une succession de CDD et de nombreux recours à des agences intérimaires spécialisées dans le secteur artistique… Des contrats qui s’arrêtent lorsque les projets s’achèvent. Jusqu’au prochain. Pour l’instant, nous sommes une vingtaine dans nos bureaux, précise Véronique Dessard. Mais lorsque le film sera terminé, en février, on ne sera plus que quatre, puis deux… 

Mais le PIL n’est pas qu’une source d’emplois. Il prend également à cœur son rôle de formateur. Comme chez Waooh !, studio d’animation qui accueille dans ses locaux un module proposé par le centre Technifutur pour former les candidats aux techniques les plus pointues. Mikros organise aussi ce type de projet, en collaboration avec le Forem. Moins parce que l’on ne trouve pas les profils nécessaires – ce n’est pas vraiment le cas –, mais plus par projet sociétal, glisse Guillaume Pondard. C’est une option pour les gens qui n’ont peut-être pas eu la chance d’apprendre ce métier ou d’entamer ces études. 

Si le cinéma et la redynamisation du marché de l’emploi liégeois peuvent faire bon ménage, alors… Action, on tourne !

 

Mithra pullule aussi à l’étranger

Tout a commencé au premier étage d’un restaurant italien. Dans une bâtisse discrète, au cœur du quartier historique de Liège, que l’entreprise a fini par racheter. Tout comme l’immeuble voisin, devenu aujourd’hui trop exigu pour contenir toute son activité. Signe d’une santé économique sans faille : 860 000 € de chiffre d’affaires en 2003, environ 18 millions dix ans plus tard…

Mithra, c’est l’histoire d’une spin-off sortie victorieuse d’une série de paris osés. Celui, d’abord, de devenir la première société pharmaceutique exclusivement dédiée à la santé féminine. Celui, ensuite, de mettre sur le marché la première pilule contraceptive générique (améliorée en brevetée, selon les responsables) au monde. C’était en 2003. Soit quatre ans à peine après la création de la PME, là où une dizaine d’années sont habituellement nécessaires pour commercialiser un médicament.

Tout le bénéfice de s’être associé aux matières grises de l’Université de Liège, et en particularité au professeur Jean-Michel Foidart, spécialiste connu et reconnu de la gynécologie et l’obstétrique. Le côté commercial, c’est le manager-ingénieur François Fornieri qui l’assume. Comme deux fous, ils se sont lancés dans l’aventure, résume Éric Poskin, porte-parole.

Au départ, les équipes sont réduites à leur plus strict minimum. Trois personnes. Désormais, la firme en emploie quarante-trois. Du moins pour les délégués commerciaux. Car depuis 2010, toute l’activité de recherche et développement est regroupée au sein de la structure Uteron Pharma, tandis que la production est réalisée dans l’usine Odyssea, à Grâce-Hollogne. Toutes structures confondues, cela représente 308 emplois permanents. 

Même si ces structures viennent de passer sous pavillon américain (Uteron a annoncé cette semaine son rachat par le groupe Actaris pour 305 millions de dollars, NDLR), l’entreprise le promet : elle compte encore recruter. On engage presque tous les jours ! L’année dernière, elle a pourtant licencié la moitié de ses commerciaux, prétextant alors un marché de la contraception en baisse. C’est du passé, assure François Fornieri. Nous lancions de nouveaux produits, nous avions besoin de forces supplémentaires. Il était prévu dès le départ de ne pas conserver tout le personnel. Reste que les intéressés, débauchés alors de leur CDI en échange d’un salaire plus alléchant, ne digèrent toujours pas ce qu’ils considèrent comme une duperie…

Mais on a terminé 2012 avec plus d’emplois qu’en 2011, certifie Éric Poskin. Qui prédit un nouveau Mithra. Au visage plus international : déjà présente dans 43 pays, la société entend se structurer à l’international. En ouvrant des filiales en France (c’est prévu pour 2013), en Allemagne, en Malaisie et au Chili.

Mais toujours en conservant un ancrage liégeois, auquel le principautaire François Fornieri tient comme à la prunelle de ses yeux. À cause du pôle logistique et biologistique développé en terres ardentes, de la proximité de l’ULg et de la qualité de vie qui serait propre à la ville. Même en revendant Uteron, il a tenu à s’assurer que l’activité serait maintenue à Grâce-Hollogne pour dix ans et que les partenariats avec l’ULg soient renforcés. Passé cette décennie, qui vivra verra…

 

Quality Partner, la viande Kärcher

La crise de la vache folle : des milliers de bêtes infectées, des centaines de cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob détectés, un marasme alimentaire et socio-économique majeur de la fin du XXe siècle. Un désastre ? Pas pour tout le monde : l’entreprise Quality Partner lui doit une bonne partie de son leadership actuel.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, cette spin-off de l’Université de Liège a été créée au « bon » moment. En 2000, soit quand cette fameuse vache folle (bientôt suivie du poulet dioxiné) a malgré elle fait exploser le nombre d’analyses alimentaires. C’est d’ailleurs pour répondre à cette demande trop abondante aboutissant dans son laboratoire de recherche que le professeur Georges Daube, spécialiste de la sécurité alimentaire, a décidé de lancer une structure commerciale entièrement dédiée au contrôle qualité.

Les analyses alimentaires d’un Delhaize, d’un Carrefour ou d’un Sodexo ? Signées Quality Partner. Sans oublier les activités de certification, les inspections, les analyses cosmétiques… Depuis 2003, une autre spin-off « sœur », Food Safety Consult, a été conçue pour assumer un axe « conseil ».

Au départ, nous n’étions que trois à travailler chez Quality Partner, souligne Damien Le Grand, CEO de Food Safety Consult. Aujourd’hui, les deux structures emploient entre 70 et 80 personnes, auxquelles il faut ajouter une série de free-lance qui viennent renforcer ponctuellement nos équipes. Engagements prévus dans le courant 2013 : entre 5 et 10 personnes. Tout cela grâce à une croissance à deux chiffres maintenue depuis maintenant cinq ans.

Pourtant, nous éprouvons pas mal de difficultés à recruter, regrette Jean-Yves François, Managing Director de Quality Partner. Pénurie de profils techniques ? Même pas ! Ceux-là sont assez faciles à trouver, même si trois et douze mois de formation interne sont nécessaires pour acquérir les compétences nécessaires. C’est plutôt du côté des postes moins techniques que cela devient plus difficile. 

La société souffre en réalité de sa taille : trop petite aux yeux des gens compétents que nous recherchons, mais trop grande pour ne pas avoir envie d’attirer les meilleurs profils. Son ancrage liégeois lui joue aussi des tours, elle qui réalise 75 % de son chiffre d’affaires en Flandre et qui, dès lors, doit souvent compter sur un personnel bilingue.

D’où l’ambition, prochainement, d’installer une filiale en Flandre ou à Bruxelles. Puis de partir à la conquête d’autres marchés, au-delà des frontières nationales. La France dans un premier temps, puis le Québec, voire l’Algérie. La seule solution pour conserver cette croissance à deux chiffres là où le marché belge arrive doucement à maturité. Le seul moyen, enfin, de parvenir à atteindre ses objectifs. Devenir, d’ici cinq ans, une entreprise qui emploie 125 personnes, qui réalise entre 12 et 15 millions de chiffre d’affaires, et qui a réussi à doubler ses activités.  MGs

Mélanie Geelkens

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