L'insertion par le sport

Sport de haut niveau, travail et handicap, trois mots antinomiques ? Pas si sûr. Associé au Comité paralympique belge, GDF Suez a lancé une charte RH afin d’aider ces athlètes professionnels sur le marché de l’emploi.

Ils sont quarante à Londres. Athlètes d’élite, ils pratiquent professionnellement les sports équestres, le cyclisme, le judo, l’aviron, le tennis, l’athlétisme, ainsi que les sports collectifs comme le basketball, le football, le volleyball et le rugby. Leur point commun ? Tous ont la volonté de décrocher des médailles pour la Belgique. Traditionnellement organisés dans la foulée des JO – du 29 août au 9 septembre 2012 –, les Jeux paralympiques accueillent cette année 4 200 athlètes venus représenter 165 pays, soit 19 de plus qu’à Pékin.

Le nombre et le niveau des athlètes paralympiques n’ont jamais été aussi élevés : il a carrément doublé depuis quatre ans. La raison de cet engouement ? On travaille désormais beaucoup plus la détection des jeunes et on professionnalise la préparation des athlètes, explique Anne d’Ieteren, la présidente du Comité paralympique belge. Le handisport est en train de s’intégrer dans des fédérations pour sportifs valides. On a d’excellents contacts avec l’Adeps et le Bloso, qui ont engagé des athlètes paralympiques.

S'ils restent encore trop souvent perçus comme « le petit frère fragile des Jeux olympiques », les disciplines paralympiques dégagent autant d'adrénaline et de professionnalisme que les sports valides. Et pour ces athlètes d’élite, les efforts sont doubles. Leurs motivations et leurs résultats démontrent par ailleurs clairement que le sport est bien plus qu’un moyen de revalidation pour des personnes en situation de handicap, insiste Philippe Courard, secrétaire d’État (PS) aux Personnes handicapées. Quel que soit le niveau où il est pratiqué, le sport est source d’engagement, d’amitié, de dépassement de soi et donc un formidable vecteur d’intégration sociale. 

Une charte pour l’emploi

L’emploi en est un autre. Sponsor pendant six ans, le groupe GDF Suez est devenu en 2009 un partenaire privilégié du Comité paralympique belge en offrant aux athlètes paralympiques une aide logistique pour la préparation aux Jeux. Mais aussi des emplois aux athlètes, en fonction de leurs compétences professionnelles.

Grâce à ce programme, les athlètes peuvent conclure un contrat de travail leur permettant, au sein du Groupe, de combiner travail et sport de haut niveau dans des conditions optimales. Ils bénéficient d’un horaire flexible, d’éventuels aménagements sur leur lieu de travail et de formations supplémentaires, confie Jacques Spelkens, responsable RSE (responsabilité sociétale) du groupe GDF Suez. Depuis 2009, sept handisportifs ont déjà pu profiter de ce programme d’insertion professionnelle. Nous ne les recrutons pas parce qu’ils sont handicapés, mais parce qu’ils ont des compétences dont le Groupe a besoin, souligne Jacques Spelkens. Actuellement, trois collaborateurs d’Electrabel en bénéficient. Deux d’entre eux, Lars Mertens et Tom Vanhove, sont qualifiés pour les Jeux de Londres. Ils espèrent tous deux gagner une médaille dans leur discipline : respectivement, le rugby en fauteuil roulant et le goalball, un jeu de balle réservé aux personnes souffrant d’un handicap visuel.

Le handicap, un stéréotype « has been » ?

Le projet mis en œuvre par GDF Suez résulte d’une double volonté : élargir non seulement le recrutement aux travailleurs handicapés, mais également sensibiliser le grand public aux enjeux sociétaux du handicap. Malgré les efforts, l'insertion du travailleur handicapé en « milieu ordinaire » accuse encore des retards en Belgique. Contrairement à d’autres pays, aucun quota ni aucune contrainte légale n’incitent les employeurs à l’insertion durable de ces publics fragilisés.

Contrairement aux idées reçues, un travailleur handicapé est rarement en fauteuil roulant (3 % des cas). En fait, la notion de travailleur handicapé est très vaste. Elle recouvre aussi bien les troubles musculo-squelettiques ou les maladies invalidantes que les allergies. Cécité, surdité, diabète, allergies ou encore épilepsie : la majorité des handicaps ne se voient pas. En entreprise, l'organisation du travail doit se faire en fonction de chaque salarié, précise Jacques Spelkens. On a trop tendance à oublier qu'on peut non seulement naître handicapé, mais aussi le devenir. Nous sommes tous concernés ! C'est pourquoi les actions de maintien dans l'emploi d'un travailleur devenu handicapé sont aussi importantes que les actions de recrutement. Même diminué, on peut être inséré socialement, pour peu que le poste soit parfaitement pensé et adapté.

Et il suffit parfois de peu pour adapter un poste « sur mesure ». Loupe grossissante, logiciel à commande vocale, clavier en braille ou à grosses touches, fauteuil sur mesure... Mais rendre un poste adapté, c'est aussi aménager les horaires ou prendre en compte les difficultés possibles de déplacement. Il s'agit aussi parfois de prêter une attention particulière. Former un « tuteur » qui servira de référent au salarié handicapé. Le handicap est un laboratoire de pratiques, précise Jacques Spelkens. Manager ces personnes revient à prendre en compte les différences de chaque collaborateur et à assouplir les modes de production.

Retrouvez le témoignage de Lars Mertens, athlète paralympique et salarié chez GDF Suez !

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