L'intérim, tremplin pour l'emploi ou voie de garage ?

Premier indicateur de l’emploi, l’intérim est traditionnellement présenté comme un vecteur d’insertion professionnelle pour les jeunes et un tremplin vers le CDI. Mais son activité est en baisse. Au mois de juin, le nombre d’heures d’intérim prestées a diminué de près de 10 % par rapport l’année dernière. Or, de plus en plus de jeunes et de seniors se replient sur le travail temporaire, faute de mieux.

La liberté de l'intérim?

« Travailler quand je veux et où je veux. » Dans les années 70, les publicités des entreprises de travail temporaire vendaient l'idée que le besoin de flexibilité répondait aussi à une aspiration des salariés à plus de liberté dans l'organisation de leur temps. Avec la crise de l'emploi, le message a changé : l'intérim est présenté comme un « tremplin vers l'emploi permanent ». Il est en fait devenu, au mieux, un passage obligé pouvant s'éterniser des années et, au pire, un enfermement dans une alternance de sales boulots et de périodes de chômage.

Faute d'un job durable, les intérimaires n'ont d'autre choix que d'accepter les conditions offertes, au gré de l'offre et de la demande. Peu d'intérimaires sont satisfaits de leur sort et désireux de conserver ce statut. Pour la grande majorité des 378 000 personnes (étudiants exclus) effectuant au moins une mission dans l'année, l'intérim continue en effet de rimer avec travail non qualifié, missions courtes et surexploitation.

L'enfermement dans l'intérim n'est pas sans conséquence. Les personnes rejetées dans ce statut, faute de trouver une embauche à durée indéterminée correspondant à leurs compétences, vivent une déqualification sociale et professionnelle. Si le contenu du travail n'est pas toujours pénible, il est souvent sans intérêt. Du côté des jeunes diplômés, la succession des missions, loin d'apporter une expérience constructive, ressemble à un inventaire à la Prévert. « Cela apporte peut-être une expérience professionnelle. Mais si on sort juste des études, on se voit confier les missions les plus basiques pour des salaires lapidaires », insiste Grégory, 23 ans, diplômé en marketing, successivement réceptionniste, vendeur et agent dans un call center. Si l’intérim s’est considérablement professionnalisé, les exemples d'abus ne manquent pas. Les syndicats relèvent le cas d'agences d'intérim qui obligent le même travailleur à faire plusieurs fois dans la même semaine toute la procédure d'inscription (carte d'identité, carte de banque, carte SIS, permis de conduire, diplômes...) et d'autres histoires de dossiers perdus.

À défaut d'accéder à des CDD ou CDI, les jeunes arrivant sur le marché du travail se tournent de plus en plus vers l'intérim comme solution d'attente. « Pour les jeunes générations, le passage par une agence intérim est devenu un acte banal », indique Jean-Claude Daoust, patron de la société d'intérim éponyme et nouveau président de l'organisation patronale bruxelloise BECI. « Nous comptons d’ailleurs de plus en plus d’étudiants. On ne les voit pas rester intérimaires. Au bout de six mois, ils s’intègrent dans les processus de recrutement traditionnels. » Les moins de 30 ans représentaient 55 % de l'effectif temporaire entré en mission en 2011. Mais en raison des difficultés économiques, l'intérim a moins joué son rôle de tremplin vers l'emploi durable l'an dernier. Indicateur avancé du marché du travail, l'intérim a chuté de 10 % depuis 2011. Et le dernier trimestre 2012 s’annonce plutôt mitigé.

Nombre total: 378 000 (étudiants exclus)

Moins 21 ans: 9,7 %

21-25 ans: 27,2 %

26-30 ans: 18,6 %






 

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