"L'occident va devenir une région en voie de développement"

Nick Reilly, le président du constructeur automobile allemand Opel, s'est est pris à  l'éthique professionnelle occidentale. Dans les pays émergents d'Amérique du Sud et d'Extrême-Orient, les ouvriers admettent devoir travailler dur pour progresser. Une attitude plutôt rare chez nous, estime-t-il. “Les Occidentaux doivent arrêter de penser que le monde leur est redevable.”

C'est en ces termes que Nick Reilly a fustigé  l'attitude qu'il a qualifiée de suffisante de l'Occident dans le quotidien britannique The Independent.

“Les ouvriers coréens, chinois et sud-américains travaillent dur, visent le progrès et admettent qu'ils doivent travailler très dur”, a déclaré Nick Reilly. Une mentalité peu répandue en occident, selon lui. À l'heure où l'économie se déplace massivement vers l'Est et l'Amérique du Sud, les pays occidentaux ne daignent pas se départir de cette suffisance.

 

L'occident? Une région en voie de développement

 

Reilly, qui a travaillé six ans en Corée du Sud et deux ans en Chine, a déclaré qu'en termes de niveau de vie, l'Occident devait s'apprêter à  devenir une région en voie de développement plutôt qu'un leader économique.


L'Europe de l'Ouest a encore beaucoup d'atouts en main. Mais, affirme Reilly, il va lui falloir consentir de gros efforts pour les conserver. En ce qui concerne les avancées technologiques et l'enseignement, nous détenons toujours une position privilégiée, mais elle est plus que jamais vacillante.

De plus, l'Occident a acquis grâce à  son passé une très longue expérience commerciale, alors que d'autres pays, qui n'en sont qu'à  leurs premiers balbutiements économiques, apprennent seulement le BA.-BA du commerce international et commettent ainsi certaines erreurs.

 

Encore une légère longueur d'avance

 

“Nous disposons du savoir-faire et nous devons donc rester optimiste. Mais nous faisons preuve d'une attitude suffisante et nous ne savons pas où nous en sommes.”

Ce qui n'empêche pas Nick Reilly de conserver une certaine dose d'optimisme. Selon lui, l'Occident doit trouver une réponse au défi lancé par les marchés émergents. Ce n'est qu'en réagissant de manière adéquate que l'Occident pourra conserver son niveau de vie relativement élevé, a déclaré le CEO d'Opel.

 

Prise de conscience des gouvernements

 

Dans le cas contraire, il s'exposera à  un recul. Et cela pourrait arriver très vite. Reilly pense que certains signaux indiquent que les gouvernements occidentaux sont conscients du problème et qu'ils souhaitent évoluer dans le sens d'authentiques centres d'expertise à  part entière.

La plupart d'entre eux attirent les multinationales avec des incitants financiers, comme le font les autorités britanniques à  l'égard de l'industrie automobile, mais cela ne suffit pas, ajoute Reilly. C'est manquer de prévoyance.

La Grande-Bretagne, et par extension le reste du vieux continent, affiche un recul dans le secteur de la construction automobile en ce qui concerne les modèles de pointe. “La Chine et la Corée du Sud ont déjà  investi des milliards ces trois ou quatre dernières années. Si l'Europe de l'Ouest veut devenir un vrai centre d'expertise, elle doit adopter une stratégie bien ficelée. Ce n'est pas irréaliste, mais cela ne se fera pas si facilement.”

Et quand on lui demande si l'ampleur de l'évolution l'effraie, Nick Reilly répond : “C'est vous qui devriez être effrayés.”

 

Dominqiue Soenens

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