Médecin, un métier de nana ?

Le monde de la santé se féminise. Très présentes en médecine du travail, gynécologie, dermatologie ou pédiatrie, de plus en plus de filles optent aussi pour des spécialisations plus « masculines ». Mais cette évolution suscite de nombreuses questions sur l’organisation du temps de travail. Comment les hôpitaux se rendent-ils attractifs auprès des filles ?

Des femmes docteurs ? Pendant longtemps, la chose n'est pas allée de soi dans certains cénacles très masculins. Durant leurs études et leur carrière, de nombreuses femmes ont entendu ce lancinant discours sur la « dévalorisation » d'une profession qui se féminise. Et pourtant. Au-delà des commentaires acides, l'avenir de la médecine sera bien féminin. Médecins, infirmiers, aides-soignants, dentistes, pharmaciens, kinésithérapeutes... Aujourd'hui déjà, près de 70 % des professionnels de la santé qui exercent en Belgique sont des professionnelles. Mais si actuellement, seuls 35 % des généralistes sont des femmes, la tendance tend à s'inverser : dans la tranche des 25-29 ans, 74 % des généralistes sont des femmes. Et en Wallonie, sur les bancs de l’université, le pourcentage d’étudiantes en médecine atteint 77 %. Mieux : 60 % des candidates spécialistes sont aussi des femmes. Si bien qu'à l'horizon 2020, elles deviendront majoritaires dans l'ensemble de la profession.

Des évolutions qui changent l'image de la profession, bousculent certains codes et influencent aussi la relation patient-médecin. La médecine a glissé du « cure » au « care », c'est-à-dire vers une médecine plus préventive, au sens plus large de « prendre soin », explique Birgitte Schoenmakers, médecin et professeur au Centre académique de médecine générale à la KU Leuven. Ce qui constitue une évolution sociétale et non une conséquence de la féminisation. La communication est un élément important dans la formation. Les femmes s’y sentent plus à l’aise, elles sont de nature mieux à même de mener un entretien, mais les hommes l’apprennent aussi et, d’après mon expérience, ils sont souvent aussi bons que leurs collègues féminines.

Majoritaires dans les amphis, les femmes n'ont toutefois pas encore pris le pouvoir dans le monde de la médecine. Les postes de professeurs et d'enseignants, ainsi que les postes cadres restent encore monopolisés par les hommes. Mais cette féminisation gagne largement les hôpitaux : une femme médecin sur trois est salariée à l'hôpital, contre un homme sur quatre. Nous avons de plus en plus de candidates neurochirurgiennes, d'orthopédistes et même d'urgentistes, alors que ces métiers – réputés difficiles – étaient plutôt l'apanage masculin, observe Jean-Marie Bertrand, directeur médical adjoint du réseau d'hôpitaux liégeois CHC. Conséquence pour les employeurs : la question du temps de travail focalise, de fait, beaucoup l'attention. On estime globalement à 80 % la charge de travail des femmes médecins par rapport à leurs collègues masculins. Une femme, souvent, organise différemment son emploi du temps, explique Marie-Amandine, 27 ans, anesthésiste dans un hôpital bruxellois. J'ai un petit garçon de 8 mois. Et les soirs où je suis encore à l'hôpital, j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose, avoue la jeune femme. Je me suis donc arrangée avec mes collègues. Une fois sur deux, je termine à 20 h et, sinon, je fais une journée non-stop pour finir plus tôt.

Le docteur Jean-Marie Bertrand reconnaît que ses jeunes consœurs ne veulent plus être corvéables à merci, comme les anciennes générations. Les jeunes sont nettement moins tentés de sacrifier leur vie personnelle. C'est un phénomène de société, qui est aussi partagé par des hommes. Donc, dans les hôpitaux, beaucoup de médecins optent pour une activité à temps partiel, explique-t-il. Comme d'autres, dans son réseau de soins qui recrute 60 à 70 médecins chaque année, les responsables ne rechignent plus à aménager le temps de travail, parfois au cas par cas, tout en garantissant la continuité des soins. La pénurie est telle qu'on ne peut écarter une candidature parce que quelqu'un ne veut pas de temps plein, conclut Jean-Marie Bertrand.

 

Les femmes meilleures médecins que les hommes ?

Selon une étude canadienne, si les femmes médecins sont moins « productives » que les hommes, elles prodiguent de meilleurs soins. Après avoir analysé le comportement de 870 médecins de famille, l'Université de Montréal a conclu que les femmes médecins sont plus nombreuses que les hommes à prescrire les médicaments recommandés et à planifier les examens requis. Mais en déclarant 1 000 actes de moins par an que leurs confrères, elles apparaissent nettement moins productives. La raison se trouve dans la durée de consultation plus longue des médecins femmes.

14,6 minutes

C'est la durée moyenne d'une consultation de médecine générale en Europe. Les femmes généralistes prestent des consultations plus longues, en moyenne deux minutes de plus, que leurs confrères masculins. Près de six femmes médecins sur dix déclarent ainsi des consultations de vingt minutes et plus, contre 35 % de leurs confrères. Elles donnent davantage de conseils aux patients et prescrivent un peu moins de médicaments. Par ailleurs, elles consacrent plus de temps à l'examen clinique de leurs patients et sont confrontées plus souvent à des problèmes psychosociaux.

Une femme médecin sur trois est salariée à l'hôpital, contre un homme sur quatre.

Encore absentes de certaines spécialités

Si la féminisation du monde médical est un fait avéré, il reste pourtant de nombreuses différences dans les choix faits par les hommes et les femmes pour leur spécialité. Les femmes sont particulièrement représentées en psychiatrie infanto-juvénile (74 %), en médecine du travail (71 %), en gynécologie médicale (70 %), en dermatologie (68 %) ou encore en pédiatrie et en gériatrie (57 %). À l'inverse, dans certaines spécialités, elles sont tout à fait sous-représentées : elles ne représentent par exemple que 25 % des radiologues, 23 % des urgentistes et à peine 15 % des chirurgiens généraux.

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