Marc Descheemaecker (SNCB) : “Créer de la croissance malgré une dotation publique limitée”

Marc Descheemaecker (57 ans), Administrateur Délégué de la SNCB

Marc Descheemaecker a étudié les Sciences Économiques Appliquées à l’UFSIA et l’Économie Internationale au Collège d’Europe. Après une carrière internationale l’ayant mené tour à tour chez McKinsey, Black&Decker et ISS, entre autres, Karel Vinck lui a demandé en 2002 d’assainir les finances de B-Cargo, la filiale fret de la SNCB alors en proie à d’importantes pertes. En février 2005, Marc Descheemaecker a succédé à Karel Vinck en tant qu’Administrateur Délégué de la SNCB.

Chaque jour de septembre, Références pose les dix mêmes questions à un CEO belge concernant sa vision de l’avenir, son secteur et sa carrière. Aujourd’hui : Marc Descheemaecker , administrateur délégué de la SNCB.

1. Selon vous, quels sont les cinq fonctions qui ont de l’avenir dans votre secteur? Pourquoi ?

“Notre Groupe engage chaque année entre 1.500 et 2.000 personnes, parmi lesquelles un petit millier rien que pour la SNCB. Dans les cinq années à venir, nombre de nos travailleurs partent à la pension et ceux-ci doivent être remplacés. Nous sommes surtout à la recherche de profils techniques.”

2. Quels profils sont les plus adaptés pour exercer ces fonctions ?

“Conducteurs de train, accompagnateurs de train, soudeurs, personnes habiles de leurs mains… Bien entendu, nous recherchons également des universitaires comme des ingénieurs civils ou industriels. Depuis que nos locomotives les plus récentes sont équipées d’une technologie à puce, le travail des informaticiens revêt de plus en plus d’importance pour nous.”

3. Peut-on trouver sur le marché du travail suffisamment de personnes avec ce profil ? Ou y a –t-il pénurie de talents ?

“Dans certains endroits, il nous est plus difficile d’attirer les bons profils techniques. Car si en Wallonie, les recrutements se déroulent plus facilement qu’en Flandre, nous pouvons difficilement demander à quelqu’un qui habite Liège de venir travailler à Ostende. Je pense que les Wallons sont plus enclins à travailler pour une entreprise publique.”

4. L’enseignement belge prépare-t-il assez les étudiants à ces jobs qui ont de l’avenir ?

“Dans tous les cas, nous prévoyons des programmes de formation spécifiques en interne. La SNCB est en effet une entreprise atypique : nous travaillons souvent avec du matériel roulant d’une durée de vie de trente à quarante ans, alors que, dans les écoles, les étudiants n’apprennent pas à travailler avec ce vieux matériel. En outre, on remarque qu’aujourd’hui encore, trop peu de jeunes optent pour une formation technique.”

5. Quelles sont les principales tendances dans votre secteur? Et les défis ?

 “Tout d’abord, nous sommes confrontés à la libéralisation des marchés dans lesquels nous sommes actifs. C’est la raison pour laquelle dans le futur, nous devrons attirer des personnes orientées vers le marché.”

“Ensuite, nous sommes en pleine opération d’assainissement financier alors que les dotations publiques vont rester limitées. Nous devons donc faire face à un défi très spécifique, surtout quand on sait que la mobilité reste un marché en pleine expansion. Nous allons donc devoir réaliser plus avec moins de moyens tout en garantissant le même niveau de qualité.”

6. Dans votre marché, où se situe le potentiel de croissance ?

“Ces dix dernières années, le nombre de voyageurs a augmenté d’environ 4% par an, ce qui est très bon. Aujourd’hui, bien qu’elle soit moins forte, cette croissance perdure. Pour le transport national de passagers, nous devrions atteindre une croissance de 2% et sans doute un peu plus encore pour le trafic international. En ce qui concerne le transport de marchandises, nous sommes soumis à la conjoncture actuelle. Toutefois, notre ambition est d’atteindre les mêmes volumes transportés qu’avant la crise.”

7. Quel projet ou défi votre entreprise doit-elle encore réaliser pour 2020 ?

“Il y a deux ans, a eu lieu l’accident dramatique de Buizingen. Notre priorité absolue est donc de sécuriser le trafic ferroviaire belge au maximum. Nous sommes déjà en train de déployer le système de sécurité TBL1+ et nous voulons que le système ETCS soit installé partout en 2022, ce qui ferait de notre réseau ferroviaire le plus sécurisé d’Europe. Par ailleurs, nous faisons également une priorité de notre santé financière et de notre croissance.”

8. Quelle est la plus grande erreur que vous avez faite lors de votre carrière ?

“Le pire, c’est qu’en 2006-2007, l’assainissement de notre secteur fret était sur la bonne voie avant que nous perdions un tiers de notre volume lorsque la crise économique a éclaté. Dans une organisation rigide et statutaire comme la SNCB, cela se ressent immédiatement sur les comptes de résultats. Et cela fait très mal, évidemment.”

9. Selon vous, quel est la pire conséquence de la période de crise que nous traversons depuis quelques années ?

“J’ai mené une carrière très internationale et je regrette surtout de ne pas avoir gardé suffisamment de contact avec toutes les personnes de mon réseau professionnel. Car si des médias sociaux comme Facebook permettent aujourd’hui de rester connecté avec des personnes habitant à l’autre bout du monde, avant, c’était tout autant possible via le téléphone. Je regrette toutefois que les très bons contacts professionnels que j’avais tissés au-delà des frontières aient fini par s’étioler. J’aurais dû continuer à maintenir ces contacts.”

10. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se lancent sur le marché du travail ?

“Mon conseil serait de continuer à nourrir tous les contacts commerciaux et les amitiés professionnelles. C’est un enrichissement pour votre carrière et, un jour ou l’autre, ces contacts vous seront utiles. Il est toujours intéressant de demander l’avis de quelqu’un avec qui vous avez collaboré dans le passé. Je leur conseille également de continuer à apprendre sans cesse et de rester ouverts aux nouveautés !”

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