« Il faudrait donner une prime aux étudiants qui choisissent un métier en pénurie »

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Michel Croisé est CEO de Sodexo depuis 2005. Le fournisseur de services a commencé sa carrière dans les années 70 en tant qu’entreprise de restauration et catering, mais a élargi ses activités dans beaucoup d’autres formes de facility management. Pour le grand public, le nom Sodexo est surtout connu car il édite les chèques-repas et les éco-chèques. Michel Croisé est aussi membre du comité de direction de la FEB, la Fédération des Entreprises Belges. Rencontre en 10 questions.
 

1. Pouvez-vous citer cinq jobs du futur dans votre secteur. Pourquoi ?

Il faudra tout d’abord des Project Managers FM / Facilities Coordinator, mais aussi des ingénieurs techniciens, des cuisiniers et des Account Managers Multi-Services. Enfin, des experts dans nos différents services, entre autres en maintenance technique, nettoyage, space management… Cela dans le but de soutenir notre positionnement de partenaire stratégique envers nos clients et de consolider nos compétences dans les services que nous développons, en particulier dans les métiers de services plus techniques.

2. Quels profils sont requis pour remplir ses fonctions ?

Cela dépend du type de fonction. Les profils peuvent être plutôt ingénieur si le contrat est axé sur la technicité (ingénieur industriel, avec une expérience de min. Cinq ans dans la gestion du service à  prester) ou plutôt hôtelier si la partie service aux collaborateurs est plus importante (directeur d’hôtel, Facilities Managers au sein de grandes entreprises…).

En général, les profils que nous recherchons doivent être bilingues, voire trilingues, à  l’aise avec la communication inter-relationnelle, ils doivent comprendre la réalité du client et les traduire dans des opportunités de développement pour le client et pour Sodexo. Des compétences organisationnelles et de gestion économiques sont également bienvenues, ainsi que la capacité de gérer des équipes à  divers niveaux d’expertise.

3. Estimez-vous qu’il y a suffisamment de personnes disponibles sur le marché du travail  ayant ce profil précis ?

Nous rencontrons de plus en plus de difficultés, même si nous réussissons à  trouver les profils disponibles grâce à  notre positionnement d’employeur attractif. Le marché de l’emploi est particulièrement tendu et je pense que la situation va encore se compliquer dans l’avenir, comme c’est le cas pour bon nombre d’entreprises dans tous les secteurs. Je plaide ainsi pour le développement d’un système de primes d'encouragement pour les jeunes afin de favoriser le choix d’un job en pénurie. Ainsi, on pourrait par exemple dire à  un jeune : Tiens, on te donne 200 € par mois (2000 € par année scolaire) si tu choisis de faire des études de plombier ou de Facility Manager par exemple. Évidemment, une prime valable uniquement en cas de réussite.

4. Est-ce que notre système d’enseignement est suffisamment adapté à  former les étudiants pour ces jobs du futur ?

Pas suffisamment. Les écoles qui forment en facilities management (FM technique et stratégique) sont trop peu nombreuses. Nous comblons ce vide par un trajet de formation à  l’interne. Pour l’ensemble des métiers, notre système d’enseignement n’est pas toujours au fait des techniques et procès réels. Selon moi, il y a un fossé important entre ce qu’on apprend à  l’école et la réalité dans les entreprises. On fait des efforts en fin de parcours scolaire alors qu’on devrait adapter l’enseignement en début de la scolarité. Je pense qu’en particulier dans les milieux défavorisés, il faudrait beaucoup plus soutenir les enfants pour arriver à  une réussite scolaire et ceci dès un très jeune âge. Il faut vraiment mettre toutes les chances de leur côté en donnant un support adapté.

5. Quels sont les principales tendances et les plus grands défis dans votre secteur ?

Nous sommes présents dans quinze services différents (entretien technique, réception, cleaning, catering…) et nous constatons qu’il y a une forte tendance à  sous-traiter tous les services facilitaires à  un seul prestataire. C’est une évolution qui accélère depuis des années et qui nous vient du Nord et du monde anglo-saxon. Dans les entreprises où nous sommes présents, il s’agit de pouvoir améliorer la qualité de vie d’une part et de réduire les coûts pour maintenir la compétitivité, d’autre part. Il y a aussi une plus grand demande de services de haute qualité afin d’attirer et maintenir les talents. Les défis se situent autour de la globalisation, de nombreux clients demandent une réflexion internationale. Deux autres défis sont d’attirer et garder les talents et d’adapter en permanence les structures à  l’évolution de nos partenaires.

6. Où se situe votre potentiel de croissance dans votre secteur ?

Il y a un potentiel important des activités non encore sous-traités, des activités que les entreprises ou hôpitaux, écoles, administrations gardent encore en autogestion, dans le secteur public mais aussi dans le secteur privé. La tendance actuelle nous montre un potentiel de croissance très important.

7. Quels sont les projets que Sodexo souhaite encore réaliser avant 2020 ?

Tripler la part de nos services facilitaires dans le domaine du non-food.

8. Quelle est la plus grande erreur que vous ayez faite dans votre carrière ?

C’est sans doute la promotion de deux collaborateurs experienced professionals à  des postes de management alors qu’ils n’avaient pas les compétences requises. J’étais obligé de m’en séparer après à  cause de mon erreur de jugement.

9. Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans la crise que nous vivons depuis quelques années ?

Je suis convaincu de l’urgence de changement. Nous avons beaucoup de difficultés à  nos adapter en permanence à  un monde qui change. Le plus difficile est de convaincre notre entourage de cette urgence. Le monde change et ce changement offre des centaines de possibilités mais seule une ouverture d’esprit permet à  les saisir.

10. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui se lancent sur le marché du travail ?

J’en aurais trois. De un, être sans cesse curieux et ouvert au changement de direction  (je suis moi-même kiné de formation). De deux, prendre le temps de réfléchir et de se projeter dans l’avenir, dans cinq ou dix ans. Quand on est dans une gare, c’est le seul moyen pour choisir le bon train. Et puis, last but not least : la passion, la passion dans tout ce que l’on entreprend. C’est primordial.

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