Mission : éviter les malentendus

Rédigé par: Philippe Van Li
Date de publication: 12 déc. 2023

Florence Van Damme a 29 ans. Sourde de naissance, elle travaille pour Info-Sourds, l’association bruxelloise dont la mission est l’inclusion et l’autonomie des personnes sourdes et malentendantes. Elle nous livre son expérience du monde du travail.

Langue des signes

« Je suis atteinte d’une surdité profonde, c’est-à-dire d’une déficience supérieure à 90 décibels à chaque oreille », détaille Florence Van Damme. « J’entends grâce à un dispositif médical, un implant cochléaire que j’ai depuis mes 3 ans, mais cette audition est plus métallique que la vôtre. Dans le même temps, je lis sur les lèvres de mes interlocuteurs. »

La principale difficulté professionnelle pour une personne sourde ou malentendante ? « C’est la réunion de travail où plus il y a de participants, plus c’est épuisant. Il faut absolument être face à la personne qui parle pour la comprendre. Ce n’est pas toujours possible ; il faut alors parfois deviner certains mots et reconstruire des phrases dans notre tête. Quand plusieurs personnes parlent en même temps, ça se complique encore : on rate fatalement beaucoup d’informations. Autant dire que ces réunions produisent une fatigue mentale et nerveuse, qui n’est pas perçue par les entendants. Des mesures simples pour discipliner la prise de parole par égard pour les malentendants seraient bien utiles. »

Une écoute… du bout des lèvres !
Les malentendants pourraient bien sûr faire appel à des interprètes en langue des signes. Mais là aussi, des problèmes se posent : « En Belgique, ce métier souffre d’une grave pénurie de personnel et il faut donc planifier leur présence bien à l’avance. De plus, ce n’est pas gratuit : 60 euros de l’heure, ce qui devient très lourd pour les entreprises. »

Notre interlocutrice pointe aussi une autre difficulté : l’usage du téléphone. « « Les DRH devraient réfléchir à une adaptation des postes, en y intégrant un téléphone Bluetooth. Heureusement, dans mon cas, j’ai un GSM avec des écouteurs adaptés », précise-t-elle. Elle regrette également que face à sa surdité, bon nombre d’interlocuteurs montrent de l’agacement au téléphone : « Ils sont pressés, ne se donnent pas la peine de parler lentement et en articulant, veulent poursuivre la discussion par mails… qui souvent ne sont pas lus… et je dois alors demander à un collègue de rappeler… par téléphone ! Espérons que l’on pourra un jour bénéficier, comme cela existe déjà en France notamment, d’un dispositif de transcription automatique des appels téléphoniques. »

Florence Van Damme insiste enfin surtout sur le fait « qu’en entreprise, la personne sourde doit être entourée de collègues bienveillants afin qu’elle ne se sente pas isolée. »

À bon entendeur...

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