Non bilingue, s'abstenir...

Sur le lieu de travail, le bilinguisme n'est pas toujours la condition sine qua non. Quelles sont les politiques linguistiques des entreprises belges ?


" Si un Belge qui ne parle pas le flamand part chercher du travail en Flandre, il n'en trouvera pas. " L'affirmation peut surprendre, mais Sonia sait de quoi elle parle. Cette francophone, ancienne chargée de recrutement au sein d'une société d'intérim à  Liège, a fait elle-même l'amère expérience de sa méconnaissance du néerlandais.

 

"Même à  Charleroi, les profils doivent êtres bilingues"

 

" Confrontée à  la barrière linguistique, je n'ai pas réussi à  retrouver un emploi. Même pour des jobs à  Charleroi, les employeurs n'engagent que des profils bilingues ". Comme elle, les travailleurs belges se voient chaque jour soumis à  l'exigence d'une maîtrise parfaite des deux principales langues officielles du pays.

Car les recruteurs ne s'en cachent pas : à  qualification égale, ils préfèrent une personne bilingue à  une autre qui ne l'est pas. Seulement, cela fait longtemps qu'un double déséquilibre est apparu en Belgique.

 

Francophone: nul en langues, le flamand; polyglotte !

 

D'une part, depuis le déclin des industries traditionnelles en Wallonie dans la seconde moitié du XXe siècle, la Flandre est devenue la principale région pourvoyeuse d'emplois. D'autre part, l'image du francophone " nul en langues " et du néerlandophone polyglotte reste bel et bien vivace aux yeux des employeurs.


En outre, " en période de raréfaction d'offres d'emplois comme c'est le cas actuellement en Belgique, les exigences linguistiques des employeurs augmentent, souligne un analyste du marché du travail chez Actiris. Pour certaines fonctions, on utilise même le bilinguisme comme une forme cachée de discrimination à  l'embauche ".

La connaissance des langues constitue un problème spécifique de la région bruxelloise. Seuls 8,9% des chômeurs de la capitale, inscrits début 2009, disposaient d'une bonne connaissance orale des deux langues nationales, souligne Actiris. Or, une majorité des offres pour des fonctions critiques (58%) requièrent des compétences linguistiques, relève celui-ci.

Pour un non-bilingue, les difficultés commencent dès la recherche d'emploi. Selon la région concernée, les offres sont en effet exclusivement rédigées en français ou en néerlandais. Autant dire que cela peut réduire le choix de moitié. Ensuite, au sein des entreprises, les obstacles demeurent. Mais si le bilinguisme est favorisé par nombre d'employeurs, ils savent se montrer plus souples à  l'entretien d'embauche.

" Par respect pour le candidat, et pour qu'il puisse au mieux exprimer ses compétences, toute la procédure de recrutement se déroule dans sa langue maternelle ", affirme-t-on chez Dexia. Pour s'assurer l'embauche d'une personne parfaitement bilingue, la plupart des grosses entreprises belges ne se fient pas qu'aux CV et organisent des épreuves de langue.

 

Minimum requis: compréhension passive de la deuxième langue

 

" Entre les murs, chacun communique dans sa propre langue. L'agent doit connaître le français dans le Sud et le Neerlandais dans le Nord du Pays ", explique Louis Maraite, porte-parole de la SNCB Holding.

Seules certaines fonctions exigent le bilinguisme : " Les accompagnateurs de trains, les agents commerciaux et les agents Info-Traffic doivent maîtriser les deux langues ", souligne-t-il. Et de préciser que le groupe SNCB encourage le bilinguisme dans son personnel par l'octroi d'une prime au bilinguisme pour ceux qui passent les tests SELOR.


Chez Dexia, le bilinguisme est exigé seulement au sein du réseau commercial bruxellois et au siège social : " Dans une réunion, chaque intervenant parle dans sa langue maternelle, mais tous doivent être en mesure de le comprendre ", relève son porte-parole.

 

Gentleman's agreement

 

Même son de cloche chez Belgacom, où l'on évoque un " gentleman's agreement " qui impose, au minimum, la compréhension de son interlocuteur. Chez l'opérateur historique, les exigences varient selon les fonctions Une nécessité d'autant plus pertinente dans les entreprises belges ouvertes à  l'international.

" Les compétences linguistiques dépendent principalement de la fonction. Si la fonction exige la connaissance des deux langues, ou si elle est portée à  l'international, nous en tenons compte à  l'embauche ", affirme le porte-parole de Solvay.

D'ailleurs, à  force de " switcher " d'une langue à  l'autre, certains cadres finiraient presque par y perdre... leur français!

Rafal Naczyk

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