Pénurie d’infirmiers : la plaie recousue par d’autres secteurs ?

Rédigé par: Candice Bussoli
Date de publication: 6 mai 2022
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La blessure est toujours béante : le secteur des soins de santé fait face à une pénurie. Des solutions existent comme le projet #choisislessoins mis en place par le Fonds Intersectoriel des Services de Santé (FINSS) et porté par l’asbl FeBi. L’objectif  ? Offrir la possibilité aux travailleurs d’autres secteurs d’entamer une seconde carrière comme aide-soignant ou infirmier.

infirmier

«  Pour moi, être aide-soignante, c’était un vieux rêve.  » Emma Giuseppa a 46 ans et elle vient d’entamer une reconversion professionnelle. Fonctionnaire à la Ville de Namur depuis 12 ans, «  j’ai été très contente d’y travailler toutes ces années mais je pense maintenant avoir fait le tour.  »

Un nouveau chapitre qui s’ouvre et qui débute sur les bancs de l’école. Emma comme 478 autres personnes ont réussi les tests de sélection en 2021 pour participer au projet du Fonds Intersectoriel des Services de Santé #choisislessoins. «  Notre programme donne l’occasion à tous ceux qui ne travaillent pas encore dans le secteur des soins de la commission paritaire 330 d’être formés  », explique Christine Van Dam, responsable de projets au sein de l’asbl FeBi. Trois types d’enseignements sont ouverts aux personnes déjà actives  : la formation d’aide-soignant (d’une durée de maximum 24 mois), le brevet en art infirmier (trois ans et demi) et le baccalauréat en soins infirmiers (quatre ans).

«  Sans salaire, ce n’est pas possible de demander à des personnes de se réorienter.  »

Le principe est simple  : les candidats suivent une formation rémunérée tout en étant déjà embauché chez un employeur du domaine de la santé.

Les cours se passent en journée suivant le rythme scolaire classique, du lundi au vendredi, de septembre à juin. Pour rester concentrer sur leurs études, les futurs aides-soignants et infirmiers sont exemptés du travail pendant l’année. Par contre, durant la période estivale, ils doivent travailler pour leur nouvel employeur tout en ayant droit à leurs congés payés.

«  Ce sont des formations de longues durées et ce que l’on constate, c’est que sans salaire, ce n’est pas possible de demander à des personnes de se réorienter.  » Pour parvenir à rétribuer le futur personnel soignant selon les barèmes du secteur, le projet est soutenu par les moyens du Fonds Blouses blanches du gouvernement Fédéral. Une bourse d’étude de 1.200 euros pour financer les frais scolaires est également prévue.

Travailleurs dans le secteur des titres services, enseignants, employés des administrations, de l’Horeca ou du commerce, les profils des aspirants au monde médical sont variés. «  La plupart des personnes qui s’inscrivent ont entre 30 et 55 ans. Ce sont aussi plutôt des femmes.  »

Le projet, qui existe depuis un an, séduit. «  Au départ, nous avons eu peur. La première semaine de lancement, nous comptions très peu d’inscriptions.

Et puis vers la fin, nous avons été submergés. On constate donc que finalement il y a un intérêt pour le secteur des soins malgré la pénurie  », ajoute avec enthousiasme la responsable du projet #choisislessoins.

Le secteur des soins de santé, une attractivité étonnante  ?

Pas tant que ça. «  C’est un secteur où les gens savent qu’il y a des jobs à pourvoir. En plus, ce sont des jobs qui sont fixes avec des CDI. Aujourd’hui, les gens sont à la recherche de stabilité.  »

Christine Van Dam évoque aussi l’aspect humain comme moteur de la réorientation professionnelle  : «  Beaucoup sont aussi très intéressés par l’aide aux personnes. On retrouve cet élément dans les discours de beaucoup de nos candidats.  »

Emma Giuseppa, future infirmière, ne déroge pas à la règle  : «  J’ai toujours eu un attrait pour les soins à la personne.

Plus jeune, je m’étais lancée dans des études d’infirmière mais les circonstances de la vie ont fait que j’ai dû arrêter ma formation. Maintenant, je suis heureuse de pouvoir la reprendre sans devoir passer par la case chômage ou cours du soir. Je sais aussi que c’est un métier en pénurie donc j’ai envie d’apporter ma pierre à l’édifice.  »

«  On n’est jamais trop vieux pour apprendre.  »

À la recherche d’un employeur pour débuter son apprentissage, Emma passe plusieurs entrevues dans divers hôpitaux de sa région et Ehpad. Elle sait que le chemin ne sera pas simple puisqu’elle et ses 477 autres camarades n’ont pas le droit au redoublement, mais elle est extrêmement enjouée à l’idée de se confronter à sa nouvelle vie  : «  On n’est jamais trop vieux pour apprendre.

Il faut juste avoir de la motivation. J’ai encore quinze ans de travail devant moi dont quatre ans avec des études. J’espère finir les dernières belles années de ma carrière professionnelle dans le secteur des soins de santé.  »

D’autres solutions pour lutter contre le manque de bras dans le milieu médical sont mises en œuvre par le FINSS.

Un projet pilote en partenariat avec febelfin a notamment vu le jour. Sa visée  ? Former aux pratiques du métier d’aide-soignant et d’infirmier les employés du secteur bancaire en proie à la perte de leur travail à cause de la digitalisation. Convertir les travailleurs de divers univers pour remettre sur pied le secteur des soins de santé  ? L’asbl FeBi y croit.

Christine Van Dam

«  Notre programme donne l’occasion à tous ceux qui ne travaillent pas encore dans le secteur des soins de la commission paritaire 330 d’être formés. Ce sont des formations de longues durées et ce que l’on constate, c’est que sans salaire, ce n’est pas possible de demander à des personnes de se réorienter  »,Christine Van Dam, responsable de projets au sein de l’asbl FeBi.