Plus le temps de draguer ? Une entreprise s'en occupe pour vous !

Publié : mercredi 7 janvier 2015

Horaires à  rallonge, déplacements à  répétition, sommeil réduit… La vie des cadres ne favorise pas vraiment le romantisme. Un vide sentimental aussitôt flairé par des coachs d’un genre nouveau : les Online Dating Assistants.

Curieuse, cette maladie bien contemporaine qui frappe essentiellement ceux qui travaillent. Compulsion, action, toujours plus. Le temps n’est plus de l’argent, c’est de l’argent perdu. Alors on en rachète. Comme ces « cadres sup » débordés. Ils n’ont tellement pas de temps et l’habitude de faire gérer par d’autres cette pénurie, qu’ils en viennent à  sous-traiter le temps d’une rencontre, pour une nuit ou pour la vie. Leur solution : faire appel à  un Web Dating Assistant, un chasseur de têtes expert en séduction, qui se charge de trouver l’âme sœur à  votre place.

Branchés sur Meetic, Adopteunmec.com et autres bourses aux cœurs brisés, ces « assistants de rencontres » écument la Toile à  la recherche de la perle rare. Il faut consulter les profils, réfléchir aux mails que l'on envoie, sans jamais trahir la personnalité de son client… Et décrocher pour lui un rendez-vous « en vrai, explique Éric, 28 ans, Dating Assistant indépendant depuis trois mois. Ça prend beaucoup de temps et ça demande beaucoup de tact. Opérant à  la manière d’un « profiler » ou d’un détective privé, le jeune homme gère à  plein-temps une dizaine de clients. Mes cons.ultations commencent d’abord par une discussion très ouverte avec le client. J’essaie de comprendre ses besoins, ses envies. Ensuite, je lui crée une étiquette numérique flatteuse, mais sincère, en alimentant ses réseaux sur les sites de rencontre.

Draguer n’est pas jouer

Après avoir établi votre profil, cet assistant détermine les sites de rencontre vous correspondant le mieux, rédige des annonces irrésistibles et prend contact avec d’éventuel(le)s prétendant(e)s. Loisirs, hobbys, photos, tous les traits de caractère des clients sont respectés. Mais mon rôle consiste simplement à  mettre leurs qualités en avant et à  leur donner une visibilité, pour se démarquer. Dans le feu de l’action, l’assistant respecte une certaine déontologie. Il esquive toutes les questions indiscrètes. Surtout quand la conversation devient un peu trop suggestive. Je joue beaucoup sur l’humour. Sur le web, il s’agit surtout de créer des affinités, de trouver des points communs. Sans jamais donner l’impression d’insister. Car sur la plupart des sites, les femmes sont moins nombreuses et donc très sollicitées. Parfois jusqu’au harcèlement.

Une fois un rendez-vous décroché, il se charge de vous résumer les conversations virtuelles et vous délivre ses conseils pour assurer lors de la fameuse rencontre. D’ailleurs, son rôle s’arrête dès que la rencontre est actée. Pour une première, il faut compter environ deux semaines. Davantage quand le client bègue ou ventru rêve de la perle rare. Je leur remets toujours l’intégralité des conversations échangées avec la personne qu’ils vont rencontrer et, après, ça ne me regarde plus. Certains me rappellent, emballés, d’autres jamais… Le risque de décalage entre l’homme virtuel et son double réel ? Il existe dans toutes les rencontres sur internet. 

Cibles faciles

Nos clients sont souvent des cadres supérieurs, qui vivent à  100 à  l'heure, ont beaucoup de responsabilités et n'ont plus le temps de rencontrer des gens, ni en vrai ni même sur internet, explique Vincent Fabre, le fondateur de Net Dating Assistance, un service venu tout droit des États-Unis. Mais aussi des personnes mal à  l’aise avec l’exercice, qui ne savent pas trop comment s’y prendre et se faire remarquer dans cette jungle hyperconcurrentielle… Lancée à  l’automne en France, cette petite entreprise emploie six Dating Assistants et s’apprête à  en recruter une dizaine d’autres. Des auto-entrepreneurs ou indépendants, tous « spécialistes en séduction ».Leurs tarifs vont de 120 € à  560 € pour une à  six rencontres « garanties » dans « un délai de 30 jours ». Gain de temps : entre 6 et 36 heures... Un service comme un autre désormais accessible et tarifé. Aujourd'hui, même la magie d’une rencontre amoureuse a un prix.

Le travail, ce tue-l’amour

Nul n’est égal devant l’amour. Mais selon une enquête menée par Technologia, un cabinet spécialiste des conditions de travail, les cadres le seraient encore moins. D’après l’enquête, le boulot monopolise le quotidien de 50 % des salariés – et même 61 % des cadres – devant la vie de famille (30 %), la vie de couple (17 %) et la vie sociale (3 %).

Horaires élastiques, travail de nuit, sommeil réduit, rapports sexuels bâclés ou tout simplement ajournés, le travail entre chez les gens pour s’y installer durablement. Le sommeil, la vie privée ou la sexualité servent alors de variables d’ajustement. Mais à  quel prix : culpabilité, divorce, troubles sexuels, souligne l’étude à  laquelle ont contribué des sexologues et des psychologues.

Alors que le travail le soir accapare 47 % des cadres et professions intellectuelles supérieures, 73 % d’entre eux confient que la fatigue les a déjà  empêchés de faire des galipettes. Globalement, 70 % des cadres ont l’impression que le travail joue « un rôle négatif » sur leur vie sexuelle et amoureuse. Tiens, tiens… Pour 24 % des salariés, le stress occasionnerait même des troubles sexuels, avec des troubles du désir pour 65 % des hommes et même 84 % des femmes.

Du coup, alors que le travail grignote du temps disponible pour la vie de famille et amoureuse, plus de la moitié des cadres (51 %) disent avoir déjà  été tentés par une relation au bureau, soit plus que la moyenne (47 %). Mais si les cadres sont plus tentés, ils concrétisent significativement moins de liaisons sérieuses, nous apprend l’étude. La sexualité des chercheurs d’emploi, quant à  elle, reste encore inexplorée. 

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