Pour en finir avec les présentations PowerPoint

Les présentations PowerPoint ne sont pas, dans les entreprises, le seul moyen homologué de faire part de sa pensée. Plus adaptés au cerveau humain, plus ludiques, les "PowerPoint killers" pointent des dents.

 

Dans la salle de conférences, Fred, 39 ans, commence à  piquer du nez. Marketing Manager dans une grande firme de biens de consommation courante, Fred assiste à  plusieurs séances par jour au cours desquelles il savoure le " langage PowerPoint ". La recette est bien connue : des termes simples sur des images fortes, soulignés par des polices et des couleurs en rapport. Les exposés, minutieusement décrits, avec les visuels, mais aussi le ton du conférencier, ses commentaires, ses blagues débiles procurent un sentiment d'hallucination collective.

Pourtant, tout avait bien commencé. Comme une insurrection de velours, PowerPoint - " .ppt ", pour les intimes - s'est faufilé dans la vie quotidienne des salariés, au bon moment et au bon endroit. À l'aube de ces années 90 où les entreprises, après avoir valorisé les modèles hyper-hiérarchiques, se sont éprises de valeurs managériales plus horizontales. La coopération, la créativité, l'innovation, l'autonomie et surtout la transversalité sont soudain portées aux nues. Avec leur revers : la réunionite. Et qui dit réunion, dit présentation. C'est là  que PowerPoint, par sa capacité de synthèse et son aptitude à  la visualisation, arrive comme un sauveur. Au point de devenir une véritable obsession. Qu'il s'agisse de discuter ou vendre un projet, de répondre à  un appel d'offres ou simplement " d'échanger " entre collègues, partenaires, fournisseurs ou clients, tout passe par des slides.

Aujourd'hui, on n'en peut plus. On n'en veut plus ! De plus en plus nombreux, les détracteurs de PowerPoint critiquent le mode de pensée simpliste et formaté qu'il engendre. On redoute que le logiciel n'empêche toute discussion, réflexion critique et prise de décision réfléchie. Vocabulaire rétréci, formules passe-partout, gabarits préécrits, contrainte d'un format qui ne permet jamais de faire de véritables phrases, avec un sujet et un complément, tout concourt à  l'indigence. Mais surtout, la relation de cause à  effet est abolie par la pseudohiérarchie des " bullets points ". " C'est dangereux, parce que ça peut créer l'illusion que l'on comprend et que l'on contrôle une situation ", confie Fred. " Or, même dans le business, certains problèmes ne sont pas transformables en puces. " Pire : les exposés PowerPoint rendraient paresseux et, surtout, provoqueraient l'ennui.

En Suisse, un parti politique

La préparation des slides s'avère aussi chronophage. " Je dois constamment préparer des story-boards, avec des images numériques, des diagrammes et des résumés de textes, sur à  peu près tout ce qui se passe ", explique Gaà«tane, assistante de direction dans une compagnie d'assurance. De surcroît, en utilisant PowerPoint, l'auteur d'une présentation n'a plus à  peaufiner son style afin de faire passer un message analytique et persuasif. Responsable d'une business unit dans une entreprise de cosmétiques, Valérie reconnaît qu'assister à  certaines présentations PowerPoint est une " pure souffrance ", mais elle n'en apprécie pas moins le programme pour sa capacité à  afficher des cartes et des statistiques tendancielles. Bref, on est loin de la grande effusion de créativité.

Il fallait que quelqu'un en fasse son cheval de bataille, ça ne pouvait plus durer. Le premier à  avoir tiré la sonnette d'alarme s'appelle Edward Tufte, professeur de statistiques et d'économie politique à  l'Université Yale. Dans son brûlot publié en 2006, le statisticien assassinait le logiciel en s'appuyant notamment sur des documents de la Nasa utilisés lors de l'explosion de la navette Columbia en février 2003. En décortiquant une seule slide, l'expert en design de l'information démontait les mécanismes graphiques et discursifs qui ont concouru à  passer à  côté d'informations essentielles qui auraient pu alerter sur l'éventualité d'un accident.

Plus récemment, en Suisse, PowerPoint a trouvé son opposant : il s'agit de l'APPP, le premier Parti politique anti-PowerPoint. Pour Matthias Pà¶hm, leader du mouvement, les présentations PowerPoint engendrent une perte de productivité de 350 milliards d'euros par an. En avance sur son époque, ce cadre suisse milite pour un retour au tableau blanc, qui suscite moins de risques d'endormissement en réunion. S'il ne compte toujours pas d'élus, le parti a récolté 805 signatures, bien au-delà  des 400 nécessaires pour participer aux élections fédérales l'année dernière. La démarche s'est surtout fait le miroir d'une réalité nouvelle : face à  la pensée " powerpointienne ", la fronde s'organise.

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