Pourquoi le syndicalisme progresse-t-il en Belgique?

Une étude du CRISP (Centre de recherche et d’Informations Socio-politiques) s'est intéressée à la syndicalisation en Belgique entre 2000 et 2010. Résultat: le taux de travailleurs syndiqués en Belgique, déjà très élevé par rapport aux autres pays d’Europe, a augmenté de 4,2% en 10 ans. Cette croissance seraient due à l’affiliation en masse des employés, des agents de service public et de chômeurs.

Car en effet, les taux d'affiliation plafonnent: quasiment 100 % des ouvriers et 56,5% des employés adhèrent à un syndicat. En Wallonie, la FGTB est dominante, alors que c'est la CSC remporte le plus grand nombre de syndiqués en Flandre. "La Belgique est désormais le seul pays de l’Union européenne dans lequel la syndicalisation est à la fois élevée et stable, voire en progression" a déclaré Jean Faniel, co-auteur de la recherche. Celui-ci a répondu à nos questions.

Pourquoi les syndicats sont-ils tellement présents en Belgique ?

D’après Jean Faniel, il y a plusieurs raisons à cela. "Les syndicats sont très fortement implantés en Belgique, et ce à plusieurs niveaux. Au niveau des entreprises, des délégations syndicales sont implantées presque partout. Il y a une base forte, un réseau militant très dense, très actif et apprécié de leurs collègues. Au niveau sectoriel, les syndicats sont aussi des acteurs incontournables notamment en ce qui concerne la négociation des Conventions Collectives de Travail avec la FEB."

Peut-on parler d'attachement culturel?

La Belgique est attachée à ses syndicats en raison de son histoire. En 1944, le Pacte Social instaure la sécurité sociale et jette les bases du "modèle social belge": notre système de concertation sociale. Les syndicats deviennent par conséquent des acteurs socio-économiques importants, qui siègent dans plusieurs organes de la vie publique belge et qui sont étroitement intégrés à tous les niveaux de la concertation sociale.

Les syndicats occupent par ailleurs beaucoup plus de place dans la vie quotidienne des travailleurs qu'ailleurs en Europe. "En Belgique, le paiement d’allocations de chômage et d’autres allocations passe par les syndicats" rappelle Jean Faniel. " L’augmentation du taux de chômage a donc plutôt poussé les gens à se syndicaliser".

Nos syndicats ont-ils pour autant gagné en influence ?

"Le taux de syndicalisation de la population n’est qu’une manière de mesurer la puissance des syndicats" explique Jean Faniel. "Il en existe d’autres. Si l’on examine les capacités de mobilisation des foules par exemple, on constate qu’elles restent aussi très importantes."

C'est un fait. Mais la précarité, le chômage et le travail à temps partiel continuent d'augmenter... Face aux intérêts des patrons et des entreprises, ne constate-t-on pas un recul des droits des travailleurs? Selon Jean Faniel, quand on en vient à parler de la manière dont les syndicats pèsent réellement sur la vie économique, le jugement doit être nettement plus nuancé.

"Traditionnellement, les syndicats ont été habitués à négocier avec un patron 'physiquement présent'  sur place, qu’ils pouvaient rencontrer en personne. Ils ont donc du mal à faire face à notre économie, qui devient de plus en plus mondialisée (on a pu le voir récemment avec Arcelor-Mittal), mais aussi financiarisée : avant, seule la production comptait, alors qu’aujourd’hui le groupe privilégie ses intérêts financiers. Ce sont des changements profonds, auxquels les syndicats ont du mal à s'adapter."

 

Jean Faniel est docteur en sciences politiques. Il est chargé de recherche au CRISP, dans le secteur socio-politique. Ses principaux thèmes de recherche sont : les syndicats, les mouvements sociaux, les partis politiques belges, les élections en Belgique, le chômage et les politiques de l’emploi.

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