Quatre jours par semaine, une vraie amélioration ?

Robert Half

« La productivité dépend essentiellement du bien-être au travail, et le sens que chacun trouve dans son travail joue énormément sur le bien-être. » © ROBERT HALF.

L’accord gouvernemental intervenu lundi dernier vise à offrir plus de flexibilité aux entreprises et aux employés. Quel impact sur la qualité de vie des travailleurs et sur l’organisation du travail ?

Joël Poilvache est directeur chez Robert Half, cabinet de recrutement et agence d’intérim.

Pour le ministre de l’Economie et du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS), la réforme du marché du travail permet notamment au travailleur de mieux concilier vie professionnelle et vie privée, en plaçant le salarié au centre des mesures et en partant de ses intérêts. Partagez-vous cette analyse ?

Je crois que les mesures adoptées peuvent effectivement offrir une flexibilité supplémentaire, favorable à cet équilibre entre vie professionnelle et vie privée. On est dans une tendance sociétale où la demande de flexibilité est croissante. Tout le monde ne voudra pas adopter le système, mais certaines personnes seront contentes de pouvoir faire le choix de plus longues journées de travail pour bénéficier d’un jour de congé supplémentaire.

Quel sera l’impact de la semaine de quatre jours au lieu de cinq sur la qualité de vie du travailleur ?

C’est une possibilité qui offre plus de flexibilité aux gens, un échange dans lequel l’employé décide d’avoir des journées de travail plus longues afin de bénéficier d’une journée de liberté supplémentaire pour faire ce qu’il ou elle souhaite, consacrer ce temps à sa famille ou à soi-même. Mais tout le monde n’aura pas la capacité physique ni l’envie de faire des journées de 9 ou 10 heures. C’est très intense et il n’est pas sûr qu’on sera aussi productif pendant autant d’heures que si on les étale sur une semaine complète de cinq jours. On sera peut-être plus fatigué par les écrans ou par un travail manuel, qui est probablement encore plus fatigant. De plus, si on songe à l’aspect santé et aux recommandations de faire de la marche ou des exercices pendant 30 minutes par jour, l’allongement des journées de travail réduira l’occasion de s’y conformer.

Quel est le bénéfice potentiel pour l’employeur d’instaurer la semaine de quatre jours ?

Le bénéfice essentiel pour l’employeur est peut-être dans la capacité de mieux satisfaire certaines attentes de ses employés et de pouvoir offrir cette semaine de quatre jours à celles et ceux qui la désirent. Ça permet aussi d’attirer des candidats pour qui ce serait important. En termes de recrutement de profils de fonctions identiques dans un même secteur d’activité, le fait de ne pas proposer la semaine de quatre jours pourrait représenter un désavantage concurrentiel. Cela dépend évidemment toujours de la situation du marché et de qui propose quoi.

Est-ce que cela demande de grandes adaptations de l’organisation du travail en interne ?

Cela crée certainement des défis importants pour les sociétés. Notamment pour celles qui ont une clientèle et qui doivent pouvoir organiser les mêmes heures d’accès à leurs services. Elles ne peuvent pas tout d’un coup décider de faire travailler tout le monde quatre jours par semaine et de fermer la cinquième journée. Il faudra qu’elles puissent assurer la couverture de tous les services proposés aux clients.

Ce sera peut-être plus compliqué à aménager dans les PME que dans les grandes entreprises, plus structurées.

Pour les PME, organiser la présence au travail et le back-up pour la journée qui ne serait pas travaillée sera sans doute, en effet, plus complexe si les semaines de travail sont réduites à quatre jours. Dans les grandes entreprises, il y a évidemment plus de possibilités de remplacer les personnes absentes.

Quel sera l’impact sur la productivité dans les PME comme dans les grandes entreprises ?

La productivité dépend essentiellement du bien-être au travail, et le sens que chacun trouve dans son travail joue énormément sur le bien-être. Si les employés sont plus motivés à travailler quatre grosses journées par semaine et à avoir une journée de liberté, et que l’on trouve le modèle d’organisation qui le permet, ça va améliorer leur bien-être et leur motivation. Il ne s’agit pas de forcer qui que ce soit à le faire, mais de permettre un choix supplémentaire. C’est une demande qui viendra de l’employé, et l’employeur verra si c’est compatible avec son organisation et décidera de le permettre ou pas.

En dehors de cette semaine de quatre jours, d’autres politiques managériales vous sembleraient-elles plus porteuses pour favoriser le bien-être au travail ?

L’optimisation du télétravail par les entreprises, avec la fourniture d’équipements adaptés, la flexibilité des horaires au cours d’une journée pour pouvoir aller chercher les enfants à l’école, etc., sont des éléments qui peuvent améliorer fortement le bien-être au travail. Il y a aussi la culture de l’entreprise, la reconnaissance du travail de l’employé, la collégialité organisée pour combler le manque de rencontres entre les collègues dans ce modèle hybride… Les entreprises qui parviendront à optimiser ce modèle et à trouver « The best of both worlds » (le meilleur des deux mondes – NDLR) sont celles qui garderont leurs employés à long terme.

Les candidats que vous recevez dans votre cabinet de recrutement sont-ils en demande de la semaine de quatre jours ?

Jusqu’à présent, la demande est peu présente dans le grand public. C’est une nouveauté introduite par le gouvernement. On va voir comment évolue l’état d’esprit des candidats par rapport à cet aspect-là, et on va sans doute plus souvent leur poser la question. Ce qui est certain, c’est qu’actuellement, il y a déjà beaucoup de demande de flexibilité de la part de gens qui voudraient travailler à 4 5 temps. Comment est-ce qu’ils peuvent s’organiser, est-ce que c’est autorisé… Avec la pandémie, il y a aussi une grande demande de flexibilité concernant le lieu de travail. Quelle est la politique de l’entreprise qui engage en termes de travail en présentiel versus télétravail : c’est une question que l’on nous pose quasi systématiquement dans le cadre des recrutements.

 

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