Quatre travailleurs sur dix stressés par le coronavirus

Date de publication: 19 oct. 2020

Près de 40% des travailleurs ressentent plus de stress au travail en raison de la crise, selon le groupe Acerta. A l’inverse, trois sur quatre se disent satisfaits des mesures de sécurité.

Acerta

B.J.

On n’a pas fini de parler des conséquences du coronavirus sur le monde du travail. Des conséquences qui, si elles témoignent parfois d’un côté positif via le recours au télétravail (pour autant que celui-ci soit limité et encadré), sont tout de même largement négatives. Parmi celles-ci: le fait que près de quatre travailleurs sur dix ressentent davantage de stress en raison de la crise.

C’est en tout cas ce qu’il ressort d’une enquête menée auprès de près 2.000 travailleurs par le groupe de services RH Arcerta, en septembre dernier. Une partie de ce stress est manifestement liée à l’incertitude quant à l’avenir. La crainte d’un reconfinement, en particulier, est réelle puisqu’un sur cinq craint pour son propre emploi, 18% redoutant une faillite si cela devait arriver.

Malgré tout, la plupart des collaborateurs sont satisfaits de la manière dont leur employeur garantit la sécurité physique au bureau. Au total, 75% des sondés se disent rassurés à ce sujet. Les règles concernant la distanciation et l’hygiène sont donc bien respectées sur le lieu de travail.

«Les collaborateurs sont nombreux à apprécier l’engagement de l’employeur pour leur sécurité physique dans un environnement de travail sûr. Les mesures consistent à se laver les mains, à garder ses distances, à respecter des plans de circulation, etc.», commente Benoît Caufriez, directeur d’Acerta Consult. «Toutefois, la santé de chacun ne repose pas que sur la partie physique. Nous constatons beaucoup d’insécurité et de peur parmi les collaborateurs: pour une personne sur trois, le coronavirus a une influence négative sur le sens du travail, une sur trois craint que des licenciements tombent et une sur cinq a peur pour son propre emploi. Sur le plan mental, les collaborateurs ne voient clairement pas encore l’environnement de travail comme étant sûr.»

Quel impact sur la productivité? C’est apparemment compliqué à mesurer. «Le groupe dont la productivité augmente est aussi important que le groupe dont la productivité diminue. Cela diffère donc fortement d’un collaborateur à l’autre, c’est pourquoi une approche individuelle est nécessaire», poursuit Benoît Caufriez.

«Mais le stress, l’incertitude et la peur sur le lieu de travail ont un effet paralysant. C’est précisément maintenant que la flexibilité et la créativité sont particulièrement importantes. Une partie de l’explication réside peut-être dans l’augmentation de la charge de travail et le fait que la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’estompe. Le dynamisme mental du travailleur est affecté par une combinaison de facteurs environnementaux comme la réduction des contacts sociaux, l’incertitude concernant les écoles, les membres de la famille qui doivent être mis en quarantaine et les règles en constante évolution. Cela fait beaucoup pour un collaborateur.»

Hiérarchie absente

En ces périodes troublées, où les contacts professionnels sont distanciés et le risque de perte des repères important, l’étude montre que le soutien apporté par la hiérarchie aux travailleurs est largement perfectible. Quatre collaborateurs sur dix indiquent en effet explicitement qu’ils manquent de soutien de la part de leurs dirigeants.

D’après Acerta, il ne faudrait cependant pas leur jeter la pierre sans y réfléchir plus avant. «Nous ne devons pas oublier que toute cette situation du coronavirus engendre également de l’incertitude chez les dirigeants. Personne n’y a jamais été confronté auparavant», souligne-t-on chez Acerta. «Comment diriger à distance? Comment obtenir une cohésion d’équipe si votre personnel travaille de son domicile? Pour apporter le soutien mental nécessaire aux collaborateurs, les employeurs devraient mieux encadrer les dirigeants afin qu’ils soient eux-mêmes plus sûrs d’eux. À partir de là, ils peuvent ensuite travailler sur la volonté et la capacité de leur personnel à faire face aux changements en cours.»