Que deviendra le marché du travail en 2030?

Économies émergentes, vieillissement de la population, flux migratoires accentués... En 2030, la mondialisation aura totalement redessiné les cartes de l'emploi. À quoi pourrait ressembler le marché du travail des jeunes diplômés dans les vingt ans à  venir ? Quels secteurs seront encore porteurs ? Les emplois qualifiés seront-ils toujours localisés dans les pays développés ?


Alors que l'incertitude sur le climat économique donne des prévisions contradictoires sur l'évolution de l'emploi, l'équation, pour les vingt années à  venir, est connue : d'un côté des pays vieillissants et en voie de désindustrialisation, qui ne pourront affronter la concurrence des nations émergentes qu'en protégeant et en développant leurs capacités humaines, scientifiques, technologiques, pour innover et créer un nouveau type de mondialisation, moins gourmande en énergie, en ressources naturelles et moins inégalitaire ; de l'autre, des pays émergents, forts d'une jeunesse nombreuse et de plus en plus qualifiée, capable de produire, à  bas coût, tout ce qui se consomme sur la planète.

De ce nouvel équilibre mondial vont naître des opportunités fécondes pour ceux, hélas de moins en moins nombreux, à  qui ni l'immigration ni l'émigration ne font peur. C'est ce qui découle d'une étude prospective réalisée à  l'échelle mondiale par le cabinet de recrutement international Hays. En partenariat avec les analystes d'Oxford Economics, le cabinet a élaboré un scénario des mutations du marché du travail d'ici à  2030, qui intègre l'évolution démographique, la mondialisation, et ce que l'on sait des innovations technologiques.

Un basculement démographique

" À l'horizon 2030, la plupart des bassins d'emplois qualifiés seront dans les pays émergents ", affirme d'emblée Mark Brunning, directeur opérationnel en Europe continentale chez Hays. Selon l'enquête, la population en âge de travailler va augmenter de 931 millions de personnes entre 2011 et 2030, et cette augmentation aura lieu exclusivement dans les pays en développement et les pays les moins avancés, tandis que la population active des pays développés va vieillir et diminuer en moyenne de 1 million d'individus. L'étude Hays prévoit une population active en hausse de 241 millions en Inde, de 18 millions au Brésil comme aux États-Unis, de près de 10 millions en Chine, mais en baisse de près de 17 millions en Russie, 13 au Japon, 8 en Allemagne et de 1 million de personnes en France.

En Belgique, la population active est actuellement estimée à  4,4 millions d'individus pour 11 millions d'habitants.Ce ratio est déficitaire par rapport aux pays environnants. " En gardant les mêmes proportions, la force de travail active risque encore de diminuer de 400 000 individus d'ici 2030 ", observe Wilfrid de Brouwer, directeur Belgique chez Hays. " En conclusion : 4 millions de Belges devraient travailler pour 12 millions d'habitants. Ce qui explique pourquoi les cotisations sociales et les taxes sur le travail sont si élevées dans notre pays. "

" L'augmentation de la population active des pays émergents créera de tels besoins que leur propre personnel qualifié sera insuffisant. Les opportunités y seront donc nombreuses pour les jeunes qualifiés venus d'ailleurs ", estime Mark Brunning. Le cabinet Hays souligne en effet que, si le nombre de diplômés est en forte progression en Chine et en Inde depuis dix ans, sa part dans la population active est encore très faible. " En 2005, seuls 12 % des jeunes sortant de l'école en Chine décrochaient leurs diplômes universitaires ", soit trois fois moins qu'aux États-Unis et quasiment quatre fois moins qu'au Royaume-Uni, indique l'étude.

Évolution des marchés de l'emploi

L'équilibre des rapports économiques mondiaux est déjà  en train de changer au profit des pays émergents. Les experts d'Oxford Economics le confirment : ce mouvement va s'amplifier. Dans les pays en voie de développement, de forts investissements en infrastructures attireront les multinationales. Mais malgré l'augmentation de leur population active, le transfert vers des secteurs plus productifs et l'accroissement de la main-d'œuvre qualifiée, " les économies en développement seront freinées par un manque de professionnels expérimentés à  court terme ", observe Mark Brunning.

Quant aux " pays industrialisés, leur marché de l'emploi devrait se structurer en forme de sablier ", poursuit l'expert, " avec toujours d'importants besoins en emplois très qualifiés et en emplois non qualifiés, mais une forte déperdition dans les professions intermédiaires. " Une série de postes seront en effet automatisés.Ils disparaîtront au profit de fonctions non routinières, qui ne peuvent être remplacées par des machines. " La demande pour les postes hautement ou peu qualifiés devrait augmenter alors que les emplois spécialisés se feront de plus en plus rares ", poursuit Mark Brunning. Les flux migratoires auront donc un rôle important à  jouer sur le marché du travail mondial.

Une Europe compétitive ?

Que sait-on de l'évolution en termes de secteurs et de métiers ? Dans les pays industrialisés, la recherche et développement, la recherche pharmaceutique, l'ingénierie aérospatiale, la santé, la finance et les nouvelles technologies garderont le haut du pavé, indique le rapport Hays. En revanche, " la réalité pour les pays nouvellement industrialisés est qu'il leur sera plus difficile de se faire une place dans ces industries bien établies, car l'expérience acquise au fil des années ne peut être concurrencée immédiatement par de la main-d'œuvre bon marché ", précise le document.

En Belgique, l'évolution en marche ces trente dernières années devrait se poursuivre avec un recul de l'agriculture au profit des services. " Pour rester attractive, la Belgique doit inculquer l'esprit d'acquisition et de création d'entreprises, et miser sur ses atouts, comme la recherche et la logistique ", insiste Wilfrid de Brouwer. " Sans quoi, nous risquons un brain drain, l'absorption de nos talents et de nos élites par d'autres pays plus porteurs. Or, trop peu de jeunes sont stimulés à  créer des entreprises locales qui ont des chances de grandir dans les pays émergents. "

Concernant les métiers, la prospective tient franchement de la gageure. La visibilité à  vingt ans est faible, voire nulle dans certains secteurs comme les nouvelles technologies, où le rythme du progrès est déterminant. " Mais ce dont on est sûr, c'est que les besoins en communication, langues étrangères et capacité à  travailler en équipe, en mode “ projet ”, seront de plus en plus importants ", constate Wilfrid de Brouwer. Aux salariés, les auteurs du rapport Hays recommandent d'être prêts à  se requalifier pendant leur carrière et d'accepter d'être mobiles, éventuellement à  l'étranger. Enfin, l'enquête conclut que le véritable tournant à  prendre avec la mondialisation est celui de â€œ l'accentuation des flux migratoires ” régulés par un code international qui reste à  inventer.

Quels changements dans le monde du travail pour 2030?

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