Que vaut mon diplôme dans un monde en crise ?

La réponse est heureusement très claire : la valeur du diplôme est plus que jamais préservée. À condition cependant d'adopter une démarche plus proactive qu'en période de surchauffe. Pas question d'attendre que les employeurs viennent à vous : prenez votre sort en main, déterminez votre projet personnel, analysez vos compétences-clés... et vendez-vous !

Ah, cette crise qui n'en finit pas ! De quoi sans doute décourager les plus enthousiastes... et pourtant. La valeur du diplôme n'a jamais été aussi élevée. Le point avec les conseillers des cellules d'aide à  la recherche d'emploi de l'ULB, de l'UCL et de l'ULg.

1. Le marché est-il en panne ?

Rien de catastrophique, répond Élisabeth Waltregny, responsable du suivi des alumni à  l'ULg. Les recruteurs continuent de se montrer très actifs vis-à -vis des étudiants. Soit parce qu'ils souhaitent combler des besoins à  court terme, soit parce qu'ils continuent de miser sur le potentiel à  long terme des jeunes diplômés. 

Le propos est confirmé par Marc Vandeur, conseiller à  la Cellule emploi de l'ULB. Les recrutements se poursuivent bien évidemment, ne serait-ce qu'en raison du besoin de remplacer les personnes sur le départ. Même en période de crise, les entreprises continuent de recruter, souligne-t-il. Notre rôle, dans ce contexte, c'est de bien préparer les étudiants à  un marché qui, c'est vrai, paraît un peu moins porteur. Et aussi de leur ouvrir les yeux sur la réalité : il existe des tas d'opportunités en dehors des « grands recruteurs », qui sont certes les plus visibles, mais ne représentent tout au plus que 30 % du total des emplois potentiellement disponibles.

Du côté de l'UCL, on se montre un peu plus mitigé. Les grandes entreprises restent présentes auprès des étudiants, il n'y a aucun doute là -dessus, commente Philippe Fonck, conseiller au Centre d'information et d'orientation (CIO). Mais les offres d'emploi au sens strict sont, quant à  elles, en diminution sensible, de l'ordre de 25 % depuis le mois de décembre. Un peu comme si les recruteurs restaient en stand-by, dans l'attente d'y voir un peu plus clair à propos de la conjoncture...

2. Les étudiants sont-ils inquiets ?

Nous ressentons une inquiétude ou, à  tout le moins, une attention plus importante aux services que nous proposons, poursuit Philippe Fonck (UCL). Nous avons un millier de places disponibles au sein de nos ateliers dédiés à  la recherche d'emploi et les étudiants y participent massivement. Les futurs diplômés ont manifestement intégré l'idée que la quête du premier emploi n'est pas une tâche évidente et qu'il faut dès lors s'y préparer sérieusement, activement. 

Marc Vandeur (ULB), qui constate lui aussi une volonté plus affirmée des étudiants de se préparer à  cette recherche, y voit une évolution positive, indépendamment de la crise. En caricaturant quelque peu, je dirais qu'il y a trois catégories d'étudiants : ceux qui sont sur du velours parce qu'ils seront diplômés dans une filière en pénurie et seront probablement recrutés avant la fin de leurs études – nous les voyons peu –, ceux qui ont intégré l'importance d'une bonne préparation – nous en rencontrons heureusement de plus en plus – et ceux qui sont insouciants – nous risquons de les récupérer plus tard, lorsqu'ils seront confrontés à  la difficulté de trouver un emploi et se rendront compte qu'ils ont perdu de précieux mois. 

3. Le diplôme seul a-t-il de la valeur ?

C'est probablement l'un des obstacles majeurs auxquels sont confrontés les étudiants : se persuader que le diplôme, seul, ne suffit pas nécessairement pour se trouver une place au soleil. Il est vrai que certains diplômes sont recherchés en tant que tels : les ingénieurs, les informaticiens, les médecins, toutes les filières qui sont dédicacées à  l'exercice d'une profession bien précise, analyse Élisabeth Waltregny (ULg). Mais pour un grand nombre d'étudiants, ce n'est pas vraiment le cas : ils sont davantage recrutés sur la base d'un potentiel, et ce potentiel est non seulement lié à  leur diplôme, mais aussi à  leurs compétences personnelles. Pareille dimension, à  laquelle les recruteurs sont pourtant très attentifs, est manifestement beaucoup plus délicate à  intégrer dans le chef de jeunes diplômés.

Pour certains diplômés dont la formation est plus transversale, dans les sciences humaines au sens large notamment, le travail préparatoire est de facto plus important. Ces étudiants, qui ne sont pas attendus par les recruteurs en raison de leur diplôme – si ce n'est le potentiel généralement associé au fait d'avoir terminé des études supérieures –, doivent se rendre compte que la rencontre entre l'offre et la demande ne s'effectue pas de manière automatique, complète Philippe Fonck (UCL). Cela induit l'obligation de se construire un véritable projet personnel : quelles sont mes aspirations et, compte tenu de celles-ci, quelle est ma valeur ajoutée ? On en revient effectivement à  la question des compétences personnelles, davantage liées à  la personnalité. 

Autrement, il faut « apprendre à  se connaître soi-même ». Cela paraît un bateau et c'est pourtant terriblement complexe pour une jeune fille ou un jeune homme qui se prépare à  offrir ses services à  un recruteur, constate Marc Vandeur (ULB). Notre rôle consiste précisément à  les mettre à  l'aise avec cela, à  les aider à  faire l'inventaire des compétences acquises dans le cadre strict de leurs études, mais aussi à  côté, de par leurs activités sur le campus ou ailleurs, y compris lors de stages à  l'étranger par exemple. Ce dont ils doivent absolument se persuader, c'est que la balle est dans leur camp : ils doivent apprendre à  se vendre. 

4. Comment, dès lors, aborder le marché de l'emploi ?

La plupart des universités et écoles supérieures offrent des services de préparation à  la recherche d'un premier emploi. Certaines facultés disposent elles aussi d'un service ad hoc. Il ne faut vraiment pas hésiter à  faire appel à  leurs services... surtout quand le marché se révèle un peu moins porteur qu'espéré.

Avant tout, il faut se construire un projet personnel. Faire le point sur ses envies, sur le secteur dans lequel on souhaite travailler, en n'oubliant pas toute cette partie du marché de l'emploi qui n'est pas directement visible, dans les PME ou le secteur non marchand par exemple, expose Marc Vandeur (ULB). Ce travail préparatoire est absolument indispensable, car il détermine toute la suite du processus. 

Il faut ensuite déterminer, en fonction de ce projet personnel, les atouts que l'on peut mettre dans la balance, poursuit Élisabeth Waltregny (ULg). En clair, les étudiants doivent passer du virtuel au concret et, surtout, ne pas tempérer leur enthousiasme à  l'idée de séduire l'employeur de leurs rêves. Ils ne seront convaincants que s'ils sont convaincus que le fait d'avoir travaillé sur des projets pendant leur cursus ou d'avoir étudié à  l'étranger peut apporter un plus à  cet employeur potentiel. Nous pouvons, à  ce stade, les aider à  déterminer quelles sont les compétences-clés qui doivent idéalement être mises en exergue. 

La troisième étape consiste à  passer du projet concret à  sa mise en œuvre pratique. Nos services offrent de multiples aides très directes à  la rédaction d'un CV, d'une lettre de motivation, à  la préparation d'un entretien d'embauche, à  l'activation d'un réseau, conclut Philippe Fonck (UCL). Nous proposons aussi des ateliers plus spécifiquement dédiés à  la définition du projet professionnel, à  la réalisation d'un bilan de compétences, entre autres. Et ce, en sus d'entretiens d'évaluation individualisés... 

Benoît July

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