Quels emplois dans ce Hainaut qui ose ?

Dans un tout petit peu moins d'un an, Mons fêtera son titre de Capitale européenne de la culture. Mais dans son sillage, c'est toute la province du Hainaut, cet éternel convalescent, qui se métamorphose. Comment certaines pointures et PME innovantes injectent un nouveau souffle dans la région ? Quels profils recrutent-elles ?

Première province de Wallonie, le Hainaut a mis du temps pour effacer le cliché de la friche industrielle et sociale. Les mines ont vécu, les terrils sont restés. Mais si l'industrie lourde a perdu beaucoup d'emplois, aujourd'hui d'autres secteurs ont pris le relais. Fin 2011, le Hainaut comptait 26 960 entreprises, soit 33,3 % des entreprises wallonnes et 9,8 % des entreprises belges. Biotechnologies, informatique de pointe, centres logistiques... Un tissu de startups, de centres de recherche, de PME et d'entreprises de pointe transfigurent désormais ces espaces qui reviennent à  la vie. La preuve avec Google, et son centre de données basé à  Saint-Ghislain, qui s’impose année après année comme l’un des investisseurs les plus importants du Hainaut. La preuve encore avec Baxter, Microsoft, Thalès, Sonaca ou encore l’Aéropole de Gosselies, le parc Initialis à  Mons et le Tournaisis en Wallonie picarde. La preuve, enfin, par ces centaines de PME actives dans des niches pointues. Beaucoup de ces entreprises exportent leur savoir-faire, leur production et aussi leurs innovations. Certaines travaillent en symbiose avec d'autres pays. Et leurs projets remportent une résonance mondiale.

Le Hainaut est aujourd'hui la première province wallonne en matière d'exportations avec un volume de 12,67 milliards d'euros en 2012. La chimie, l'industrie alimentaire, les machines et équipements et la métallurgie restent les secteurs les plus importants dans les industries manufacturières. Mais pour continuer sur leur lancée, tous ces acteurs économiques se sont rendus dépendants du même carburant : le talent. C'est là  le plus grand paradoxe du Hainaut. Car malgré des signes de relance, le Hainaut reste une province à  la traîne en matière d'emploi. Depuis 2009, son taux de chômage a beau passer sous la barre des 20 % (18,7 % en 2012 contre 24,1 % en 2003), il reste toutefois supérieur au taux wallon (15,8 %). Les extrêmes se trouvant à  Mont-de-l'Enclus (7,2 %) et à  Colfontaine (26,9 %), où en moyenne vingt demandeurs d'emploi se bousculent pour un seul job. Quant au taux de chômage chez les moins de 25 ans, il reste son handicap le plus préoccupant (23,4 %).

En cause ? La sempiternelle inadéquation entre les offres d'emploi, la demande des employeurs et le profil des chercheurs d'emploi. Devenu un terreau fertile aux ingénieurs, aux chimistes, aux scientifiques et aux commerciaux, le Hainaut manque cruellement d'emplois moins qualifiés. Et toutes ces sociétés se retrouvent à  chasser sur les mêmes terres que leurs concurrents flamands, brabançons, liégeois ou bruxellois. Dans le Hainaut comme ailleurs, les métiers ont changé et continuent à  changer. Les forces vives de la région en sont bien conscientes et les acteurs politiques, patronaux et syndicaux ont décidé de ne pas disperser les moyens. Dernier effort en date : le Campus technologique situé sur l'Aéropole et qui s’adresse tant aux jeunes qu’aux personnes qui ont perdu leur emploi. Sa particularité : il réunit les opérateurs de tous les réseaux d’enseignement et de formation sur un même site, dans le but de développer une filière de formation industrielle, du technicien à  l’ingénieur. À quelques encablures, on trouve aussi la Cité des métiers dans le centre de Charleroi, davantage voué à  la dispense de formations de base. Enfin, la formation en alternance telle qu’elle existe déjà  en Allemagne et en France gagne du terrain. Trois fédérations (essenscia, Agoria et la Confédération Construction) ont mis sur pied quatre filières de formation en alternance : biomédical, construction, ingénierie de production et facility management. Sans doute les compétences-clés pour qui cherche un emploi de qualité dans le Hainaut.

Des innovations au naturel

Parmi les pépites locales, le Hainaut accueille Galactic, une société qui emploie 350 personnes à  travers le monde, dont la moitié en Belgique. Sa spécialité : la production de solutions innovantes comme des lactates et de l'acide lactique, des substances naturelles utilisées notamment comme additifs alimentaires, adjuvants pharmaceutiques ou compléments dans la chimie verte et l'industrie. Nous sommes un fournisseur de solutions pour les entreprises surtout agroalimentaires, mais aussi pour les secteurs des cosmétiques ou de la peinture, qui souhaitent remplacer des composants chimiques par des éléments naturels, explique Giovanna Emma, HR Manager.

Jusque-là , rien d'anormal. Sauf que la PME, née… dans un garage à  Boitsfort, affiche une croissance hors du commun. Elle possède déjà  une usine à  Milwaukee aux États-Unis et à  Bengbu en Chine, des bureaux commerciaux au Brésil et au Japon, et des succursales en Italie et en Allemagne. Mais notre principale unité de production reste en Wallonie, sur le site de l’ancienne sucrerie d’Escanaffles, dans le Tournaisis, souligne Giovanna Emma. En 2007, Galactic a aussi créé le joint-venture Futerro. Sa mission : mettre au point des bioplastiques d'origine végétale renouvelable et biodégradable. L'acide lactique provenant de Galactic, et la polymérisation du lactide étant assurée par Total. Enfin, en avril dernier, Galactic a inauguré son Innovation Campus, dans les locaux de l'ancien incubateur Eurobiotec, à  Anderlecht, où elle héberge aussi ses bureaux commerciaux. Plus palpitant : Galactic affiche déjà  plusieurs faits d'armes aux résonances internationales. Ses chercheurs planchent par exemple sur des produits très ciblés, dans l'espoir de prévenir, naturellement, les risques de contamination (listeria, clostridium…) et la prolifération des bactéries. Avec le concours de deux universités (ULg et UCL), Galactic a lancé, il y a quelques mois, un produit naturel qui améliore la conservation de la viande, par le biais d’ingrédients exclusivement naturels. Les chercheurs ont étudié les propriétés de plus de 150 extraits naturels riches en polyphénols (antioxydants) avant de sélectionner LA plante aromatique la plus apte à  générer les effets escomptés. L'innovation dans le sang, Galactic renforce aussi sa présence dans le secteur pharmaceutique, notamment en se lançant dans la production de lactate de sodium, destiné aux poches de perfusion. Un procédé maîtrisé jusqu'à  présent par une seule société concurrente.

Côté embauches, par contre, Galactic doit déjouer comme d'autres des problèmes de pénurie. En ce moment, nous avons besoin d'ingénieurs en chimie, d'ingénieurs projet, d'ingénieurs en programmation, d'opérateurs de production avec un bachelor en chimie. Et il n’y a pas un mois sans que l’on n’engage des bio-ingénieurs, précise Giovanna Emma. Pour son siège bruxellois, Galactic recrute aussi des Area Sales Managers avec un profil en biochimie ou en biotechnologie. Nous avons besoin de commerciaux qui peuvent apporter leur know how sur la partie technique, explique Giovanna Emma. Mais ils doivent aussi parler russe et anglais.  Car la PME wallonne veut commercialiser ses produits en Europe de l'Est, au Royaume-Uni et en Irlande. Mais le plus difficile, c'est de trouver des électromécaniciens, parce qu'ils sont rapidement happés par la concurrence, insiste la DRH.

Les chantiers de la gloire

Les problèmes de pénurie ? Verdon, un fournisseur de services industriels situé à  Courcelles qui met au travail quelque 450 personnes par semaine, y est confronté également. Nous sommes dans une région qui compte beaucoup de chômeurs. Il y a donc les ressources humaines, mais pas la qualification dans nos métiers, explique Vincent Dock-Gadisseur, responsable des ressources humaines. Créé il y a trente-cinq ans et relancé voici une décennie par la famille Vergnasco, l'ensemblier industriel, dont la clientèle est majoritairement belge, travaille essentiellement pour l'agroalimentaire, la pétrochimie et la pharmacie, le nucléaire et le secteur de l’environnement (eau). Pour répondre à  des besoins croissants, mais aussi pour pallier une pyramide des âges grisonnante, l'entreprise cherche surtout des ingénieurs de projet, du personnel polyvalent avec des bases en mécanique, en tuyauterie et en électronique, aussi à  l'aise dans un bureau d'études qu'en termes de gestion de projets, confie le DRH.  En ce moment, Verdon cherche à  recruter cinq à  six personnes, voire plus, en fonction des projets. L’entreprise cherche aussi des conducteurs de chantier, des gestionnaires de projets capables de coordonner des projets de grande envergure, en faisant le lien entre le chantier, le bureau d'études, les hommes et les clients, mais aussi des chargés d'affaires de proximité et notamment des soudeurs, des tuyauteurs et des chaudronniers. Nous avons des projets toute l'année. Mais tous nos concurrents s'arrachent ces profils. Ce qui nous amène à  devoir élargir, parfois, notre zone de recrutements, torpille Vincent Dock-Gadisseur.

Pour pallier ces manques, Verdon offre des plans de formation en interne. Mais seuls 30 % à  50 % des jeunes restent jusqu'au bout. Les autres profitent de la pénurie pour monétiser leur première expérience, et leurs acquis pratiques, chez d'autres employeurs. Parfois plus offrants. Pourtant, le DRH ne manque pas de vanter les avantages de sa PME. Nous avons un mode de fonctionnement familial. Nos ingénieurs sont en contact avec tous les membres de l'entreprise. Nous essayons de bien former les gens, de les garder et de leur offrir une carrière. Nous voulons qu’ils se sentent bien chez nous, souligne Vincent Dock-Gadisseur. Et contrairement à  d'autres groupes, où les carrières sont très hiérarchisées, un ingénieur projet peut acquérir beaucoup de polyvalence et de techniques en peu de temps. Notamment grâce à  la diversité des projets et la variété de tâches à  effectuer.

90 embauches chez Voo

Stéphane Moreau est CEO de Tecteo Group et de sa filiale Voo. Nous développons dans le Hainaut plusieurs activités, dont nos plateformes numériques, notre centre de contrôle à  Strepy, nos call centers à  Gosselies et à  Tournai, et nos boutiques. Au total, 110 de nos salariés travaillent en province du Hainaut. Cette année, nous prévoyons d'y accroître nos activités commerciales, marketing et techniques. C'est pourquoi nous souhaitons embaucher 90 personnes pour améliorer la qualité du service au consommateur. Nous voulons participer au maintien d'emplois très qualifiés dans la province, au travers de futurs investissements.

La grande distribution embauche aussi

Le Hainaut reste une province particulièrement touchée par le chômage. Pour autant, la région comptabilise un nombre impressionnant d’entreprises dont la réputation n’est plus à  faire. De l’agroalimentaire à  la grande distribution en passant par la métallurgie, ces employeurs offrent aujourd’hui de belles perspectives d’emploi.

Le Hainaut a un atout enviable : son tissu de PME – dense – et son taux de créations d’entreprises – élevé. Cette dynamique est soutenue par la présence sur le territoire d’acteurs historiques, à  l’image du groupe Colruyt, de Thales, de Technord, de Verdon ou encore de Lutosa. Nous avons beaucoup recruté lors de ces deux dernières années, explique Françoise Bayard, directrice des ressources humaines de Lutosa, géant de la frite surgelée. Nous sommes une société qui embauche tout au long de l’année et nous constituons d’ailleurs toujours une réserve de recrutement. Nous venons de recruter au niveau du département assurance qualité. Nous recrutons aussi au niveau des services techniques : des mécaniciens, des électromécaniciens, ainsi que des profils d’ingénieurs, notamment des bio-ingénieurs. Nous avons également recruté deux responsables commerciaux et nous sommes toujours à  la recherche d’un informaticien. Sur notre site de Leuze-en-Hainaut, qui reste notre site principal malgré notre présence en Flandre, nous occupons quelque 535 personnes, 580 si l’on compte les intérimaires.

Ainsi, le secteur agroalimentaire, relativement épargné par la crise, recrute aujourd’hui des profils très divers. Et à  côté des Lutosa et consorts, de nombreuses petites sociétés ont aussi émergé à  Leuze-en-Hainaut ou à  Mouscron. C’est un secteur important dans le Hainaut, poursuit Françoise Bayard. Ainsi, nous avons été rachetés il y a un an par McCain, mais nous tenons à  garder notre identité : nous voulons nous positionner en tant que Lutosa, avec cette image de belgitude qui est associée à  l’entreprise.

Des perspectives de déploiement

Autre acteur majeur de la région, le groupe Mestdagh, qui emploie quelque 2 600 personnes, est également attaché à  cet ancrage territorial. Nous sommes historiquement implantés dans le grand Charleroi, explique Virginie Levert, chargée de recrutement. Avec la reprise des magasins Carrefour en 2010, nous avons accru notre présence sur des régions un peu plus excentrées, comme Namur, Bruxelles, le Brabant wallon ou Liège. Mais la majorité de nos magasins sont encore situés dans la région de Charleroi. Le groupe Mestdagh, qui travaille en partenariat avec plusieurs agences d’intérim pour recruter le personnel en magasin, explique ne pas être à  l’heure d’une embauche massive. Mais anticipe tout de même un renforcement de ses activités : Notre défi durant les prochains mois sera de pourvoir aux besoins en personnel relatif à  l’extension de nos entrepôts puisque nous sommes en train de doubler la capacité logistique de nos magasins, poursuit Virginie Levert. Nous allons donc avoir besoin de préparateurs de commandes. L’embauche prévue est de 40 équivalents temps plein d’ici fin juin. Et je suis toujours à  la recherche de gestionnaires de points de vente, qui doivent avoir un profil à  la fois de gestionnaire commercial et de people manager. Le recrutement dans le Hainaut est donc loin d’être au point mort : avec des entreprises actives aussi bien dans le secteur de l’aérospatial que de la chimie, de la métallurgie, des machines et équipements, de la grande distribution ou encore de l’industrie alimentaire, de nombreux profils sont attendus pour 2015. Voire avant.

26 960

Nombre d’entreprises présentes dans le Hainaut. Ces entreprises représentent 33,3% des entreprises wallonnes et 9,8% des entreprises belges.

12,67 milliards d’euros

Volume annuel des exportations dans le Hainaut, ce qui place la province à  la première place en Wallonie.

 

Rafal Naczyk et Julie Luong

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